"Privilégier l'économie sur l'écologie nous ferait perdre sur les deux tableaux"

Article publié le 5 juin 2009
Publié par la communauté
Article publié le 5 juin 2009
Le blog Electorallemand suit pour le magazine français L'Express la campagne européenne en Allemagne. En coopération avec Café Babel dans le cadre du projet EU Debate 09, le blog de Café Babel Berlin reprendra certains articles d'Electorallemand. Aujourd'hui : Les médias et l'Europe Le rôle des transports pour l’environnement, c’est son domaine.
Député pour Berlin au parlement européen, Michael Cramer est le porte-parole des Verts à la commission Transports à Bruxelles. Cycliste averti, il se déplace depuis 30 ans sans voiture et s’indigne contre les absurdités des politiques de transport dans son pays et en Europe.

Sébastien Vannier : quels sont les défis qui se présentent à l’Europe en matière de transports pour le mandat à venir

Michael Cramer : nous avons déjà atteint beaucoup d’objectifs concrets dans la dernière législature, comme le permis de conduire européen, l’euro-vignette ou dans le transport de fret. Mais nous devons travailler à notre politique de transports au niveau européen pour combattre le changement climatique. Pour cela, il faut tout simplement prendre en compte les coûts réels pour que les différents types de transports soient sur un pied d’égalité, ce qui n’est actuellement pas le cas entre l’avion et le train par exemple. Les transports absorbent énormément d’argent qui pourraient être mieux investis pour faire baisser les émissions de CO2.

SV : Est-il plus facile pour les Verts de peser sur le Parlement européen que sur le Bundestag ?

MC : Oui car nous n’avons pas le même format majorité/opposition. Il n’y a pas cette même obligation de vote de la fraction. Les socialistes français par exemple sont extrêmement fiers de leurs centrales nucléaires. Les socialistes allemands sont au moins aussi fiers d’être sortis du nucléaire avec les Verts. Comment les obliger à voter ensemble sur ce sujet ? C’est une chance pour un parti comme le nôtre car nous pouvons convaincre des collègues dans les autres fractions.

SV : comment est l’ambiance avec vos collègues Verts français ?

MC : Les Verts sont LE parti européen. Personnellement, j’ai été dans de nombreux pays pour le projet Iron Curtain Trail pour établir une piste cyclable le long de l’ancien rideau de fer. Il y a quelques semaines encore, j’étais en France pour participer à un congrès sur « Les Dissidents » avec ma première présentation en français.

SV : L’Allemagne a toujours, notamment en France, l’image d’un pays vert mais, la politique sur les transports, notamment les voitures, apparaît paradoxale. Comment l’expliquer ?

MC : Je suis exactement du même avis. L’industrie automobile allemande se met elle-même sur la touche car les voitures du futur seront d’un tout autre genre. L’Allemagne est toujours le seul pays sans limitation de vitesse, ce qui explique ces grosses voitures polluantes. C’est absurde. Les fabricants ne le voient toujours pas et ils reçoivent encore le soutien du gouvernement. L’Allemagne commet une faute en voulant sauver maintenant à tout prix les emplois actuels dans l’industrie automobile. En investissant mieux, de nouveaux emplois seront garantis dans le futur. Il y a deux défis à relever : celui de l’économie et celui de l’écologie. Si on tente de ne régler que le premier, alors nous sommes sûrs de perdre sur les deux tableaux.

SV : Qu’est-il possible de changer dans les transports en commun ?

MC : il faut mettre fin aux privilèges des compagnies aériennes. Pour les transports de fret par camions ou les transports de personnes par avion, les prix sont bien trop bas. Mais qui paye en réalité ? Les contribuables européens et le climat. Aujourd’hui, il est moins cher de prendre l’avion pour aller à Majorque que de prendre le taxi pour se rendre à l’aéroport. C’est complètement fou. La situation du train en Allemagne et en France sont différentes, ce qui fait que la SNCF est beaucoup moins cher que la Deutsche Bahn. Mais la France se concentre sur son TGV et délaisse ainsi ses lignes régionales par rapport à l’Allemagne.

SV : Pour suivre votre exemple, comment peut-on se déplacer pendant 30 ans sans voiture ?

MC : Berlin permet grâce à un excellent système de transports en commun de pouvoir le faire. Quand j’étais à la chambre des députés de Berlin, je parcourais les 9 km tous les jours en vélo. Je dois bien avouer que, depuis que je suis à Bruxelles, mon bilan écologique personnel est complètement sabordé. J’ai pris plus l’avion en cinq ans que dans toute ma vie auparavant. Mais toujours dans le cadre de ma fonction et j’ai toujours inscrit mes vols sur la plate-forme Atmosfair pour rembourser de ma poche l’équivalent des émissions de CO2.

Sébastien Vannier

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