Prévoir l’avenir : quelle stratégie européenne ?

Article publié le 3 juin 2003
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Article publié le 3 juin 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Comment faire entrer la notion de durabilité dans les esprits et les stratégies européennes ? Penser global, agir en Europe...

« La durabilité est une notion qui me donne des fourmis dans les jambes », selon Monsieur Hans Peter Dürr, titulaire du prix Nobel dit « alternatif », dans des termes exprimés au cours de la conférence IPPNW (les médecins internationaux contre la guerre atomique) à Berlin. Il joue ainsi avec les mots et avec la traduction en allemand du terme sustainability - ability to sustain qui dans sa variante anglaise contient un dynamisme plus fort. En allemand, on emploie également l’expression « faculté de prévoir l’avenir ». A première vue, ce terme a un contenu insignifiant mais il est pourtant au coeur de toutes les discussions, débats, conflits et perspectives de notre société - ou plus exactement de la Société mondiale.

La définition proposée et maintes fois citée par la « Commission Bundland » 1987 est fondamentale pour la signification actuelle du terme : « le développement durable est un développement qui satisfait les besoins actuels sans pour autant risquer de compromettre ceux des générations futures ». Deux éléments déterminants de cette « durabilité» se sont entre temps imposées : d’une part la prise de conscience de l’interaction et des changements dans les stratégies de développement survenant dans les domaines économiques, sociaux et écologiques ; d’autre part l’élément de justice entre les générations.

« Etre davantage que posséder : le développement durable associe à la fois un style de vie relativement plus modeste mais socialement enrichissant qui ne soit pas une charge pour les générations futures et ne se fasse pas au détriment des pauvres dans les pays en voie de développement. » (Prof. Josef Sayer). Cette perspective d’évolution a-t-elle une chance d’être acceptée par les Européens ?

L’esprit de Rio peut-il éveiller l’enthousiasme ?

En 1992, le principe du développement durable était à l’ordre du jour politique de la Communauté internationale : le sommet mondial des Nations Unies à Rio de Janeiro a permis la rédaction de l’ « Agenda 21 » et de la « Déclaration de Rio ». Au cours de ce processus l’Union européenne s’est engagé à élaborer des stratégies en faveur du développement durable jusqu’au sommet de Rio +10, à Johannesburg (1).

Les efforts entrepris par l’Union européenne dans le cadre de l’ONU pour répondre à ses obligations, se manifestent par des documents nombreux et de nature variable, plus ou moins obligatoires ou applicables. L’article 2 du traité instituant la Communauté européenne place le développement durable en tête des missions confiées à l’Union Européenne : « le rôle de l’Union Européenne consiste à la promotion d’un développement durable dans un contexte économique qui soit harmonieux, équilibré et durable ».

Depuis le Conseil européen de Göteborg en 2001, une stratégie de l’Union Européenne en faveur du développement durable a été élaborée. La diversité des développements positifs en Europe aurait pu aveugler les Européens face aux nombreuses menaces possibles. La Commission souhaitait faire face à ce danger. D’après ses constatations, « Tout le monde n’a pas les moyens de saisir les nouvelles opportunités économiques et [certains pays] prennent le risque de rester en retrait. Par ailleurs, les individus ont conscience de la pression qui existe sur l'équilibre écologique de notre planète ».

Les craintes face aux tendances alarmantes évoquées dans ce texte se sont entre temps répandues et amplifiées - les images et les gros titres sur la peste chez la volaille, la maladie de la vache folle et les inondations nous viennent aussitôt à l’esprit . Pourtant on sait moins qu’un européen sur six vit dans la pauvreté.

On devrait proposer une stratégie en trois volets qui comporterait des propositions d’ordre générales, des mesures spécifiques (comme par exemple l’amélioration de système de transport et l’usage des ressources naturelles ou utilisations optimales des énergies renouvelables) et une stratégie d’exécution et de contrôle.

Croissance et durabilité

« La table ronde sur le développement durable » (janvier 2003) présente les nouvelles technologies en la matière. Un comité composé de 13 membres devrait élaborer un rapport jusqu’en automne 2003 sur les bienfaits de l’écologie future sur le commerce en Europe. La Convention ne fournit pas actuellement ce type d’analyse et de manières d’agir. Cependant, cette prise de position devrait être inscrite dans la future Constitution non seulement dans le préambule mais aussi dans l’article 37 des droits fondamentaux.

La Comité économique et sociale européen a critiqué en février 2003 la lenteur de l’application des stratégies de l’Union européenne sur le développement durable. La question est de savoir si les objectifs de la croissance économique (la stratégie de Lisbonne) sont en harmonie avec les principes de la durabilité et de la préservation des ressources. Mais il faut encore attendre pour savoir si cette contradiction sera débattue et écartée au niveau de l’Union Européenne ou si les stratégies progressistes ne joueront qu’un rôle lors de la conférence internationale de Johannesburg.

Une appréciation générale des différents programmes et actions sur les capacités de l’avenir est difficile à définir. Le développement durable ne représente pas un objectif majeur pour l’Union européenne. L’élaboration du rapport ne semble toujours pas prendre en considération la coopération économique comme étant une priorité :

- Si l’Union Européenne ne veut pas seulement être une communauté économique mais aussi une communauté de valeurs,

- Si les objectifs et les perspectives évoquées dans les différents discours sont exacts,

- Si il existe une certaine concordance entre le sens donné au mot progrès et la manière dont les sociétés vont se développer lors des générations futures ;

alors les stratégies sur le développement durable ne doivent pas être que pure théorie. Et ne doivent pas se restreindre à une dimension réduite de l’écologie.

Penser globalement, agir européen

Il parait évident qu’il ne suffit pas de concrétiser « les idées sur la durabilité » au niveau européen et d’en faire une figure de proue. Dans ce cas précis, la devise maintes fois citée dans l’Agenda 21 « penser globalement, agir localement » devrait être remplacée par la formulation « penser européen et agir au niveau national, régional, communal ». Cependant, c’est justement au niveau national que la politique n’est pas souvent mise en oeuvre en appliquant des « réparations hâtives ». Les solutions proposées à long termes et qui sont souvent au départ très coûteuses ne se concilient pas avec les priorités à court termes des électeurs et c’est pour cela qu’elles ne sont pas non plus d’un grand intérêt pour les politiciens. Cependant, les partis modernistes n’écartent pas pour autant les programmes contenant des idées de développement durable - et démontrent la crédibilité de cette notion.

Y a-t-il vraiment au niveau Européen plus de chances de concrétiser ce concept à l’origine décrit comme étant idéaliste ? Est-il normal que l’Union européenne vote discrètement une telle stratégie pour imposer des aides financières élevées, mais ne tienne pas le public au courant ? Serait-il souhaitable que les gouvernements nationaux aient le droit de rejeter après coup les responsabilités sur l’Union européenne pour certaines réglementations et que des solutions concrètes soient trouvées et appliquées ?

Cette politique peu explicite menée par l’Union Européenne, reposant sur les commissions d’experts et de spécialistes, peut avoir ses avantages. Lors de l’application, il est cependant nécessaire d’avoir les informations suffisantes sur la politique.

Cependant pour mener à bien la stratégie énoncée précédemment, cela suppose que la proximité citoyenne joue dès le départ un rôle déterminant. A travers les différentes campagnes d’information, les citoyens ont du prendre note des nombreux avantages, même s’ils sont difficiles à estimer. Les citoyens doivent avoir une raison valable pour respecter et appliquer cette manière de vivre « durable » et il doit exister des réponses claires à leurs appréhensions et préoccupations (par exemple la création d’un nouveau marché de l’emploi pour l’énergie renouvelable).

Ces changements dans les habitudes de consommation et ces concessions doivent être motivée par une vision européenne dans une perspective commune. Le succès de petits projets « durables » - tel que l’Agenda 21- devrait être diffusé à l’échelle européenne par les médias. Cette initiative permettrait de renforcer les idées et souhaits déjà existants et de promouvoir un éventail de petits projets.

Coalition des partisans du développement durable

La politique mondiale actuelle accorde d’avantage d’importance aux questions de sécurité qu’au concept relaté ci-dessus. Si les personnes qui se sont engagés vers une solution pacifique en Iraq et ont manifesté dans les rue s’enthousiasment pour les idées avancées dans le concept du développement durable, si ceux qui admettent qu’une société durable offre les fondements pour la paix, alors cela constituerait une contribution supplémentaire et majeure pour éviter des guerres dans le futur.

De nombreux petits groupes ainsi que des ONG puissantes nous prouvent que la création d’un tel mouvement ne doit pas être seulement une utopie. Il ne faut pas renoncer à ces objectifs même s’ils paraissent idéalistes, car - si on reprend les termes de Dürr, « les réflexions pessimistes à elles seules détruisent l’espoir en un avenir meilleur ».