Precarious Europe : le magazine présent sur tous les fronts

Article publié le 3 juillet 2015
Article publié le 3 juillet 2015

« A generation's experiences » : voici le slogan de cette toute nouvelle start-up journalistique lancée, il y a six mois, par trois freelances, en Europe du sud. Malgré la mauvaise impression due au terme « précarité », Niki Seth-Smith, l'une des fondateurs, est enthousiaste. Depuis Athènes, la jeune britannique nous parle des modes de vie précaires et des nouveaux mouvements politiques de gauche.

cafébabel : Comment vous est venue l'idée de Precarious Europe ?

Niki Seth-Smith : Nous sommes trois à former le coeur de la rédaction. Yiannis Baboulias et moi-même sommes basés à Athènes et Jamie Mackay vit à Florence. Avant de déménager, nous travaillions pour Open Democracy à Londres. Des personnes de différents pays contribuent également au projet en tant qu'éditeurs. Nous souhaitions collecter des idées neuves et intéressantes de la part de la génération des 16-35 ans qui, aujourd'hui, se tourne vers ces nouveaux partis et mouvements émergeants, qui vont majoritairement de l'avant. Ce seront eux qui dicteront la voie à prendre pour l'Europe et pour l'Union européenne en crise à l'avenir. La sphère médiatique a besoin d'une plate-forme confectionnée par des jeunes de toute l'Europe, qui offre une stabilité et paye décemment. Les médias de masse traditionnels ne sont pas adaptés aux buts qu'ils visent tandis que les nouveaux médias sont souvent synonymes de travail non rétribué, essentiellement de la part du « précariat » jeune. Nous avons monté une sorte de start-up pendant 6 mois et avons obtenu un financement pour cela. Actuellement, nous sommes à la recherche de financement supplémentaire pour la seconde étape.

cafébabel : Où est implanté Precarious Europe ?

Niki Seth-Smith : C'est le truc justement. Nous ne sommes pas vraiment implantés quelque part. Yiannis et moi-même travaillons depuis Athènes. Nous gardons également contact avec Open Democracy via un partenariat organisationnel. Pour le moment, ce sont eux notre entité juridique. Nous n'avons pas encore notre propre cadre juridique. Cela dépend plutôt d'où les journalistes et éditeurs se trouvent. Nous sommes plutôt transeuropéens.

cafébabel : Pourquoi avoir déménagé à Athènes ?

Niki Seth-Smith : Il y a de multiples raisons. Bien évidemment, l'une des raisons les plus évidentes est que nous souhaitions couvrir les élections en Grèce (en janvier 2015, ndlr). J'étais en Écosse pour le référendum sur l'indépendance (le 18 septembre 2014, ndlr) avant de venir à Athènes. Nous avons couvert les deux référendums d'un point de vue très générationnel. La Grèce est en quelque sorte au bord du gouffre en termes de précarité. De ce fait, les jeunes Grecs doivent essentiellement faire face au travail précaire, à l'emploi et aux conditions de logement. Au cours de ces cinq dernières années, ceci est malheureusement devenu le lot de la majorité de la population. D'une certaine façon, la précarité des jeunes finit par devenir la précarité de tous. C'est un phénomène qui est beaucoup plus présent dans le sud de l'Europe que nulle part ailleurs. Donc, oui, cela était important pour nous d'être à Athènes.

cafébabel : Cameron a prévu un référendum sur un éventuel « Brexit » avant la fin de l'année 2017. N'était-ce pas important aussi d'être présents pour les élections britanniques de 2015 ? 

Niki Seth-Smith : Certes, mais vous pouvez écrire un papier sur les élections britanniques d'un point de vue grec. C'est ce que nous avons fait.

cafébabel : Vivez-vous, vous aussi, une vie précaire ?

Niki Seth-Smith : [rires] De nouvelles expériences et initiatives de la part des jeunes, c'est super. Ils ont toutes les expressions qui font le buzz mais il faut aussi une part d'ethos dans son approche, se concentrer sur les détails pratiques et la façon dont les gens vivent au quotidien. Je travaille dans mon appartement à Ahtènes et Jamie travaille depuis chez lui à Florence. Nous avons des histoires de journalistes qui nous écrivent. Au lieu d'excuses récurrentes sur le retard pris sur un article, ils nous décrivent vraiment leurs situations dans de longs e-mails au sujet de leur charge de travail, leurs conditions de travail précaires et le fait qu'ils n'ont pas été payés pour un autre travail. C'est intéressant d'avoir ce genre d'échange honnête grâce à notre plate-forme.

cafébabel : D'autres discours laissent entendre que notre génération (Y) aime travailler de la sorte, en tant que travailleurs free-lance, sans limites ni hiérarchie. Pensez-vous que c'est stupide ?

Niki Seth-Smith : Non, je ne pense pas que ce soit stupide. C'est un aspect sur lequel les gens se penchent en termes de nouvelles habitudes de travail et, simultanément, dans la sphère politique. Le rejet de la hiérarchie au sein des partis politiques semble faire partie du rejet de la hiérarchie, également présent, dans le milieu des affaires. Tous deux sont positifs sur le long terme. Néanmoins, il y a évidemment des problèmes pragmatiques qui surviennent et que nous devons surmonter afin de créer de nouveaux modèles.

cafébabel : comment définissez-vous la précarité en 2015 ?

Niki Seth-Smith : C'est très complexe. Par exemple, notre projet a été inspiré par la lecture du livre de Guy StandingThe Precariat. Bien évidemment, il y a toujours eu un précariat basé sur le logement et le chômage. Il y a toujours eu de l'immigration. Aucune de ces tendances n'est nouvelle. Bien que nous nous concentrions sur la précarité de la jeune génération et ce à quoi pourrait ressembler un futur politique mené par notre génération, la précarité n'est pas l'apanage de la jeunesse. Nous vivons dans une époque où la précarité liée au logement, à l'emploi et à l'immigration devient la norme. Et cela touche particulièrement la jeune génération qui grandit avec cette norme. 

cafébabel : Quelles sont les conséquences de cette nouvelle norme dans la vie de tous les jours ?

Niki Seth-Smith : Si on analyse cela en profondeur, des effets psychologiques apparaissent en premier lieu. De nouvelles formes d'anxiété et de dépression surviennent ensuite. Les gens sont partagés entre le chômage et le fait de se sentir complètement débordés et stressés. Et dans la vie au quotidien, je ne sais même pas par quoi commencer.

cafébabel : Precarious Europe a été lancé dans le cadre des dernières élections en Grèce et est soutenu par une fondation marxiste. Est-ce que votre magazine a une empreinte politique ?

Niki Seth-Smith : Nous avons particulièrement traité l'ascension de Syriza et nous nous pencherons sur Podemos dans les prochains mois. Nous avons également couvert avec beaucoup d'intérêt la nouvelle gauche en Pologne. Mais nous n'avons pas de ligne politique. Nous sommes soucieux de donner la parole aux politiques qui nous semblent être en phase avec notre génération.

cafébabel : Lorsque l'on lit la première publication de Precarious Europe, vous semblez plutôt soutenir Syriza...

Niki Seth-Smith : Nous apportons notre soutien à Syriza dans le sens où le parti politique écoute la jeunesse.

cafébabel : Quelle est la position de votre magazine au regard du prochain plébiscite en Grèce ce dimanche ?

Niki Seth-Smith : Elle est en phase avec notre soutien pour plus de démocratie en Europe. Nous pensons que l'organisation d'un référendum a été la bonne décision à prendre (sur le dernier programme d'austérité imposé par l'UE, ndlr) pour permettre au peuple de décider. Mais Precarious Europe n'a pas de position en faveur du oui ou du non.