Pourquoi on tue des occidentaux?

Article publié le 23 février 2002
Publié par la communauté
Article publié le 23 février 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

"C'est terrible ce qui s'est passé à New-York, mais...". J'entend trop souvent cette phrase dès lors qu'une discussion s'engage sur les causes du terrorisme qui a frappé les Etats-Unis.

L'article publié par Cafébabel et intitulé "Oeil pour oeil fait de tous des aveugles" ne déroge pas à cette règle. En substance, son auteur (David Tross) nous dit qu' "à moins que le gouvernement américain ne commence à accepter que les origines de la terreur exercée contre son peuple sont la pauvreté et l'impuissance créées par sa propre politique, le terrible cycle de la violence se rééditera". C'est donc selon lui (et avec lui un nombre incalculable d'auteurs, d'intellectuels et de citoyens européens) l'impérialisme économique, politique et culturel des Etats-Unis qui a nourri un sentiment de colère exacerbé dans les pays pauvres et qui a conduit aux attentats du 11 Septembre 2001. C'est ce qui se passe en Irak, en Palestine et ailleurs qui a conduit à l'horreur New-Yorkaise. Une réaction des pauvres face aux (mauvaises) actions des riches, en somme. Avec tout le respect que je dois à son auteur, cette théorie, même s'il elle n'est pas invraisemblable, n'est pas n'est conforme aux faits.

L'Amérique aux mains sales

Certes, les Etats-Unis cherchent depuis plus de cinquante ans à s'imposer comme première, voire unique puissance mondiale. Certes, l'histoire de la politique étrangère américaine est maculée de sang : celui des leaders renversés en Amérique Latine, en Afrique, et en Asie au nom d'une lutte anticommuniste qui avait souvent bon dos ; celui aussi d'innocents dont le seul tort fut de se trouver dans le mauvais pays au mauvais moment (je pense notamment aux Irakiens, mais aussi aux civils innocents Japonais, Vietnamiens, Français, Allemands et bien d'autres encore morts sous les bombardements américains). Certes, tout cela est horrible et en totale contradiction avec l'idéal de justice que devraient porter les états démocratiques, quelque soit l'utilité de la realpolitik chère à Henry Kissinger.

Les raisons de la haine

Cependant, il est faux de dire que les attentats contre les Twin Towers sont le fait des peuples des pays du Tiers-Monde, réagissant à l'expansionnisme américain. Ces actes terroristes ne sont pas non une plus " réaction " due à une énième politique de déstabilisation fomentée depuis Washington. Il ne faut pas se voiler la face, les raisons qui ont poussé Ben Laden à créer, organiser, et mettre en action le réseau Al Qaida sont claires, il les a données, les répète et les répètera tant qu'il le pourra. Les Américains, tout comme les Européens, les "Occidentaux" en général, et même certains musulmans non waabites, sont considérés par " Ben Laden and Co. " comme des païens, des impies, des adversaires de l'Islam. Leurs soit-disantes " valeurs " sont en totale contradiction avec l'Islam. Leur politique est une agression contre les Musulmans du monde entier. Leur présence au Moyen et au Proche-Orient est une provocation, une insulte à l'Islam. Il faut donc repousser ces barbares impérialistes, comme les moujahidins ont repoussés les assauts des envahisseurs communistes athées. Et même mieux : il faut aller les frapper chez eux.

L'Islam contre les aggresseurs et non les pauvres contre les riches.

Ces thèses constituent la motivation première des membres d'Al Qaida. Il ne s'agit en aucun cas d'une guerre des pauvres contre les riches : les peuples des pays "sous-développés" ne se sont pas soulevés, il n'y a pas d'entente internationale entre eux. Ceux qui la mènent croit mener une guerre sainte, instiguée par une organisation qui est en réalité extrêmement riche, dotée d'une structure internationale et de moyens extraordinaires. Bien entendu, cette version de l'Islam n'est que très minoritaire parmi le milliard de musulmans que compte la planète. Cependant il ne faut pas nier son existence, car elle est assez puissante pour tuer. Et si le fanatisme religieux qui pousse les terroristes à croire qu'ils mourront en martyrs et seront donc accueillis par Allah au plus haut des cieux peut nous faire trembler, ce n'est pas une conséquence de la politique étrangère américaine. Dès qu'ils le pourront, ces fous de Dieu - qu'on met décidément à toutes les sauces - frapperons en Allemagne ou en France (par exemple), deux pays dont on ne peut pas dire qu'ils mènent une politique impérialiste en Palestine, au Royaume d'Arabie Saoudite ou au Pakistan. Et lorsque ces pays (ou d'autres encore) seront frappés, ce ne sera pas une quelconque réplique à leur politique étrangère envers les pays musulmans. Ce sera pour tuer des hommes et des femmes que l'on peut voir soit comme des civils innocents, soit comme des infidèles méritant la mort, selon que vous soyez un extrémiste islamiste waabite ou non.

Plutôt que les bombes

Dès lors, si les Etats-Unis et leurs alliés ont une guerre à mener, c'est contre le fanatisme islamiste issu de la tendance waabite, venue notamment d'Arabie Saoudite ou du Koweït, et qui se propage à une vitesse impressionnante dans nombre de pays pauvres. La méthode est simple : au nom de la solidarité islamique internationale, ces pays financent en totalité ou en grande partie des programmes de construction, de travaux publiques, d'assainissement, de construction de mosquées, etc dans des pays pauvres où l'Islam est bien implanté En échange de ces " cadeaux ", il faut devenir un " meilleur musulman ", et donc par exemple " ne pas saluer les femmes ", qui seront " toujours couvertes à partir de maintenant ". Et ainsi le prosélytisme waabite radicalise progressivement des régions et des pays entiers, au Moyen-Orient, en Asie-Pacifique et en Afrique. Il n'est pas surprenant, dès lors, de retrouver en Afghanistan des combattants Pakistanais, Saoudiens, Tchétchènes, Soudanais, ou Kosovars. C'est contre la propagation de cet Islam radicalisé et fermé que les Occidentaux doivent lutter, notamment par la diffusion et l'implantation d'une culture européenne résolument tournée vers le pacifisme et l'interculturalisme. Car sans le désengagement progressif des pays européens hors des ex-pays colonisés, l'Islamisme n'aurait pas eu sa place dans le monde musulman.