Pourquoi l'Europe a-t-elle besoin des immigrés : une perspective dynamique

Article publié le 11 novembre 2015
Article publié le 11 novembre 2015

Oui à l'immigration, non à l'immigration... Les arguments avancés pour soutenir les différentes thèses sur ce débat sont légion. À travers un modèle mathématique, nous vous expliquons les effets positifs que l'immigration apporte à un pays européen comme l'Italie.

L'Italie compte quelque 60 millions d'habitants. Depuis les années 60, la population a augmenté de 20%. Néanmoins, comme dans de nombreux pays européens, le taux de fécondité y est aujourd'hui inférieur à 2. Cela veut dire que chaque femme susceptible de procréer (en considérant une période de fécondabilité qui s'étend de 18 à 35 ans), et donc chaque couple, donne naissance à moins de deux enfants – plus exactement à 1,4 enfant (source : World Bank).

Avec un tel taux de fécondité, si l'Italie était un système fermé (c'est-à-dire sans flux migratoire), la population diminuerait bientôt de façon rapide et progressive. En nous basant sur les données de la population italienne et la répartition par genre et par tranche d'âge, nous avons construit un modèle mathématique dynamique pour simuler l'évolution de la population italienne dans un système fermé sur les cinquante prochaines années. 

Comme nous pouvons l'observer dans le graphique ci-dessous, en cinquante ans, le nombre d'habitants de la péninsule diminuerait presque de moitié.

En termes purement économiques, en plus du vieillissement de la population – qui aurait un impact dramatique sur les retraites –, une baisse de la population entraînerait une diminution de l'importance économique du pays. En effet, la force productive d'un pays dépend du capital (par exemple les équipements industriels) et du travail (soit les travailleurs et leurs compétences).

Donc, à l'exclusion du progrès technologique qui rend le capital plus productif, si la population italienne venait à diminuer, la production totale diminuerait également.

Pour cette raison, et étant donné le faible taux de fécondité en Italie, un flux migratoire entrant s'avère nécessaire.

En général, les flux migratoires entrants existent lorsqu'un pays est capable d'attirer des ressources humaines en offrant plus d'opportunités que les autres nations avec lesquelles il se trouve "en compétition". Dans le cas de l'Italie, et plus particulièrement du sud de la péninsule, le flux migratoire est généralement sortant vers d'autres pays européens (comme l'Angleterre et l'Allemagne).

Dans son intensité dramatique, la crise des réfugiés syriens et africains représente donc une véritable chance pour l'Italie ainsi que pour les autres pays européens dont le taux de fécondité est en baisse ; elle permettrait en effet de maintenir une capacité productive constante. 

Bien sûr” dira-t-on “mais les immigrés n'ont certainement pas nos capacités, nos compétences !” L'argument est par ailleurs discutable puisque la plupart des réfugiés syriens possèdent un diplôme d'enseignement supérieur ou universitaire, mais imaginons que cela soit vrai.

En admettant un flux migratoire de jeunes capables de procréer (18-35 ans) avec un taux de fécondité égal à deux et une "valeur productive" équivalant à la moitié de celle d'un Italien afin de prendre en considération ces "compétences moins importantes", nous avons essayé d'envisager différents scénarios sur le cas italien. 

Le premier scénario suppose que l'Italie est un système fermé. En partant d'une valeur aujourd'hui fixée à 1, nous observons qu'en cinquante ans le potentiel de production en Italie aura diminué d'au moins 32%, et se situera ainsi à 0,68 en 2065.

Le deuxième scénario imagine un flux migratoire de 250.000 personnes par an (contre 66.000 en 2014). Dans ce cas également, le total des compétences diminue, de manière moins importante cependant, arrivant en 2065 à 0,83 (une diminution de 17%).

Le troisième et dernier scénario admet un flux migratoire identique au précédent. Néanmoins, à la différence du deuxième scénario, les immigrés sont insérés dans un parcours de formation qui, au bout de 5 ans, leur permet d'avoir une capacité productive égale à celle des Italiens. Dans ce dernier scénario, la valeur des compétences reste pratiquement constante.

Évidemment, un modèle comme celui décrit et développé ci-dessus représente une simplification de la réalité. Nombreux sont les facteurs qui peuvent influencer l'évolution d'une population et la productivité d'un pays. En outre, le modèle ne tient pas compte de l'occupation et suppose que tous les immigrés, de même que tous les Italiens adultes, sont immédiatement productifs. Cependant, compte tenu de toutes les suppositions et hypothèses présentes dans cet article, il apparaît clairement à quel point les immigrés constituent une ressource pour le système Italie” et pour la plupart des pays européens.

Celui qui s'oppose à l'immigration et qui refuse d'accueillir les réfugiés, au-delà de faire preuve d'une bien piètre empathie, réfute l'évidence d'une dynamique sociale qui est pourtant claire : nous avons besoin d'eux tout comme eux ont besoin de nous.

Article initialement publié sur : Cafébabel Palerme