Pourquoi j'ai voté Non au #Greferendum

Article publié le 6 juillet 2015
Article publié le 6 juillet 2015

Je suis née au Canada de parents grecs. J'ai grandi aux États-Unis et, lorsque j'ai eu 13 ans, ma famille a déménagé en Grèce. De 13 à 43 ans - soit 30 ans - j'ai vécu dans un pays que j'ai appris à aimer. Pour sauvers ses valeurs, j'ai voté « Non », le 5 juillet dernier.

De Mina Theofilatou

J'ai étudié, travaillé, voyagé, me suis mariée (deux fois) et ai eu deux enfants ... le tout sans jamais tricher ou voler ou en arrachant aux autres leurs droits ou privilèges. J'ai travaillé avec passion, je suis devenue indépendante financièrement et me suis bâti une carrière dans la profession que j'avais choisie. Et j'en suis arrivée à un point où j'étais fière de ma vie et des principes qui m'avaient accompagnée en chemin. J'ai alors transmis ces principes à mes enfants.

Puis le Premier ministre Georgios Papandreou et son PASOK (Mouvement socialiste panhellénique), qui n'a de socialiste que le nom, sont arrivés, affirmant comme tout le monde s'en rappelle que « l'argent existe », avant de remporter les élections de 2009. Mais quelques mois plus tard, le 23 avril 2010, il annonçait au peuple grec, depuis l'île reculée de Kastelorizo (une image que je n'oublierai jamais), qu'il n'y avait plus d'argent et que pour éviter de faire faillite nous allions recevoir une aide financière de la part du FMI.

Un an et demi plus tard, Papandreou perdait la tête du gouvernement et était remplacé par un Premier minister non élu, Papadimos. Et ainsi commençait la destruction de la démocratie ... Après les élections de 2012, Samaras, anciennement « anti-memorandum » (contre les accords de prêts entre la Grèce, l'UE et le Fonds monétaire international, nda), s'est rallié à d'autres hommes politiques, eux aussi connus pour être anti-memorandum, bien qu'avides de pouvoir, qu'ils soient de partis encore plus à l'extrême droite (Adonis Georgiadis du LAOS) ou de « Gauche » (Fotis Kouvelis). Ensemble ils se sont attaqués à la destruction de la société, avec la bénédiction de la Commission européenne, de la BCE et du FMI.

De plus, j'ai vu mon salaire réduit de 40% (tout comme mon mari, mais lui est au chômage depuis 7 mois maintenant). Au coeur d'un marché mort, même la plus petite chance de gagner un revenu supplémentaire grâce à des traductions a disparu. C'est pourtant un travail que j'ai exercé en toute légitimité pendant des années (avec tous les documents nécessaires, la TVA, etc ...) avant de devenir enseignante. À 45 ans, je ne pouvais plus me payer l'appartement dans lequel je vivais avec ma seconde famille, nous avons donc dû emménager chez mes parents.

Nous avons reconnu la chance que nous avions d'avoir une maison dans laquelle on pouvait s'installer, alors que beaucoup d'autres dans notre situation n'avaient pas ce « luxe » et se sont retrouvés à la rue. Nous nous sommes vite habitués à notre nouvelle situation et avons continué nos vies, en travaillant toujours aussi dur et en restant honnêtes ... mais notre colère envers les « leaders », qui nous avaient conduits à cette situation humiliante de compromis incessant - toujours avec la bénédiction de la CE, de la BCE et du FMI - faisait rage.

Je me suis renseignée, j'ai lu des livres, et j'en suis arrivée à ma propre conclusion. Dimanche, j' voté un « Non » furieux.

Après tout ce qu'ils m'ont volé, nos soit-disant « amis » veulent maintenant me prendre ma dignité. C'est la seule chose qu'il me reste, et je refuse de la leur livrer, et je me fiche de savoir si cela veut dire que nous serons bannis de l'UE ou de l'Eurozone. La seule chose qu'ils ne peuvent pas faire c'est nous jeter hors de l'Europe. La géographie et la culture pèsent plus lourd que les hypocrites de la (dés)Union européenne, qui piètinent les droits fondamentaux de l'Homme et ses idéaux dans le pays même qui a donné son nom au continent.

La plupart des médias nous bombardent, ainsi que le monde entier, d'images de gens faisant la queue aux distributeurs de billets afin de retirer leur 60 euros quotidiens autorisés par le contrôle des capitaux, afin de nous convaincre du tragique de la situation actuelle de la Grèce. Ce que je sais moi, c'est que voir des gens faire la queue pour des repas gratuits est encore plus tragique, et cela fait des années que ça dure ... Ces gens-là n'en ont que faire des limites sur les retraits, purement et simplement parce qu'ils n'ont rien à retirer. Ce n'est sans doute pas la première fois dans l'histoire que les Grecs ont du faire face à une situation difficile, et la route du « Non » ne sera pas une partie de plaisir.

Mais nous le devons à nos ancêtres, qui n'ont jamais hésité à répondre à l'appel de la démocratie, de la liberté et de la souveraineté nationale encore et encore. Nous le devons à nos enfants, qui portent sur leurs épaules le poids de la dette dès le jour de leur naissance dans un pays rongé par l'injustice et une austérité cruelle. Et nous le devons aux victimes de la crise qui, ayant cédé au désespoir, ont mis fin à leurs jours. Nous traverserons des moments difficiles mais nous aurons la tête haute au nom d'une noble cause.

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Mina écrit en grec et en anglais sur Agrypno Coma