Pour les générations futures

Article publié le 4 décembre 2002
Publié dans le magazine
Article publié le 4 décembre 2002
Interview du Dr.Krystyna Rejman, du Département Organisation et Economie de la Consommation de l'administration polonaise, recueillie par notre rédaction Polonaise.

En discutant avec les gens,on s'aperçoit qu'il y a beaucoup d'informations contradictoires en ce qui concerne l'avenir de la Pologne au sein de l'Union Européenne.

C'est une Krystyna Rejman pleine d'espoir et d'optimisme qui a bien voulu nous accorder cette entrevue.

café babel : Dr.Rejman, êtes-vous pour ou contre l'accession de la Pologne à l'Union Européenne?

Docteur Krystyna Rejman : Je suis pour et l'ai toujours été car pour moi, les changements survenus en Pologne nous placent depuis longtemps sur la "voie de l'Union".

La Pologne représente un marché important et constitue en outre un énorme potentiel à elle seule. Si nous accédons à l'Union Européenne (UE), et non par exemple à l'Association de Libre-Echange Nord Américaine (ALENA), c'est parce que nous sommes en Europe et que c'est dans ce cadre géographique précis qu'il nous faut gérer nos affaires.

cb : Que pensez-vous que la Pologne ait à perdre ? Qu'est-ce qui vous préoccupe particulièrement ?

KR : Nous devons apprendre à travailler avec des limites et avec des réglementations bien précises. Le Portugal et l'Espagne ont eu quelques difficultés à s'accoutumer à ce mode de fonctionnement mais y sont finalement parvenus en en retirant de gros bénéfices. Les Polonais ont peur de perdre leur spécificité nationale. Afin d'éviter ce genre de situation, il est nécessaire d'adopter une politique culturelle et sociale réfléchie.

cb : Mais alors comment convaincre les agriculteurs d'accéder àl'UE?

KR : Les agriculteurs représentent approximativement 25% du salariat polonais. Certains d'entre eux ont des exploitations modernes et s'en sortent très bien, mais il y a aussi les autres, ceux qui essayent tant bien que mal de survivre.

Les résultats du sondage national sur l'agriculture effectué en 1996 par le Bureau Central des Statistiques montrent que seuls 54% des agriculteurs produisent de la nourriture destinée au marché. Les 46% restants correspondent aux exploitations dont les propriétaires se verront contraints de demander des pensions agricoles ou bien alors de chercher du travail dans les PME d'autres secteurs de l'économie tels que l'industrie et les services.

Au sein de l'Europe des 15, le secteur tertiaire emploie en moyenne 66% de personnes, chiffre qui s'élève à 51% en Pologne.

Les agriculteurs qui travaillent sans lien avec le marché sont ceux qui pâtiront le plus de notre accession à l'UE. Il nous faut cependant garder à l'esprit que le prix à payer, si cher soit-il, contribuera à garantir l'avenir des générations futures.

cb : Et que peut apporter la Pologne aux pays de l'UE?

KR : Tout d'abord une nourriture de qualité. De nombreuses entreprises travaillent et produisent selon les normes de l'UE, possèdent des garanties et des systèmes de contrôle de qualité. Nos récoltes sont certes parfois inférieures de plus de moitié à celles des pays de l'UE, mais cela est compensé par le fait que nos matières premières ne sont pas additionnées de substances chimiques destinées à en améliorer la qualité.

Notre avantage c'est que nous sommes proches de la nature.

L'adaptation aux normes de l'UE n'est qu'une question de temps. Ce dont nous avons réellement besoin, c'est de personnes compétentes et bénéficiant d'un haut niveau d'instruction qui puissent nous servir de spécialistes, ainsi que d'une meilleure facilité d'accès à l'information, l'éducation et la formation.

cb : Avez-vous quelque intuition quant au résultat du referendum en ce qui concerne l'accession de la Pologne à l'UE?

KR : Le résultat du referendum dépend de l'efficacité avec laquelle sera menée la campagne pour l'Union Européenne. Les Polonais ont simplement besoin d'arguments valables pour infléchir ou non leur opinion en faveur du referendum. Ils décideront d'eux-mêmes et j'espère qu'ils diront oui.

En guise de conclusion, ajoutons que les professeurs des universités agricoles européennes seraient sans doute surpris par l'excellence des équipements de certaines exploitations polonaises.

Près de Gröjec par exemple se trouve une ferme où l'on fait pousser des pommiers et des pruniers. Les machines utilisées pour trier, emballer et conserver ces fruits au frais, ne manqueraient sans doute pas non plus de faire forte impression de par leur modernité.

De telles exploitations prouvent que l'agriculture polonaise sera sans nul doute capable de s'adapter à l'évolution des structures et des techniques.