Pour dépasser le scénario de la « fourmi allemande qui paie pour la cigale grecque »

Article publié le 14 mai 2010
Article publié le 14 mai 2010
Haro sur « les agitations nationalistes et l’ignorance économique » ! S'écrient les présidents des mouvements européens de Berlin et d’Athènes dans un manifeste commun pour l’Europe signé le 5 mai dernier. Voici ce qu’ils ont à dire sur la bouée financière de 750 milliards d’euros jetée sur la tête des Grecs qui se noient.

La spéculation contre la monnaie européenne qui dure depuis des mois n'est pas seulement un défi fiscal et monétaire immense, c'est aussi une véritable menace qui pèse sur le processus d’intégration européenne mis en place par le trait progressiste traité de Lisbonne. Ces dernières semaines, plusieurs moments dans le débat sur la crise financière grecque et l'action de soutien enclenchée par les États membres de l'UE aidés par le FMI (Fonds Monétaire International), ont révélé un degrés inquiétant de préjugés nationalistes ainsi qu'une incroyable ignorance concernant l'interdépendance des économies européennes. surtout dans l’analyse des interdépendances économiques de la zone euro. Malheureusement, les engagements solennels des politiciens des deux pays pour une intégration européenne restent superficiels.

« Mots d’ordres nationalistes de bas étages »

Nous, présidents des Mouvements Européens en Allemagne et en Grèce, mettons en garde contre l'utilisation des erreurs du passé et de la crise financière actuelle pour des attaques polémiques basées sur « les fourmis allemandesqui paient pour les cigales grecques ». Une partie des médias allemands ont oublié leur fonction première d’information et d’éducation pour diffuser des idées reçues nationalistes et des informations économiques erronées. Cette agitation superficielle a déjà laissé sa marque dans les sondages d'opinions.

Selon les présidents allemand et grec du Mouvement Européen, les médias grecs et allemands mettent de l'huile sur le feu de la crise

Même chez les politiques, certains députés ont essayé de faire la une des journaux en utilisant des idées superficielles comme la vente par la Grèce de leurs monuments anciens ou de leurs îles pour éponger leur dette. Pas étonnant que ces slogans nationalistes provoquent une vague d’indignations et de réactions du même acabit dans l’arène grecque. Cette graine de nationalisme anti-Européen tend les relations gréco-allemandes et pourrait s’étendre rapidement aux autres pays connaissant la crise financière, et par conséquent détruire les fondements idéologiques de l’UE. Nous en appelons donc aux acteurs politiques mais aussi aux médias à agir en accord avec l'idée européenne.

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Nous appelons les acteurs européens, quels que soient leurs vues sur l'introduction de la monnaie unique, de prendre des actions concrètes et rapides. Ne remettons pas les discussions à demain : les processus de mise en place sont longs, les tergiversations et autres hésitations sont les racines de la spéculation financière et accélèrent les dommages économiques et financiers. Cet appel s'adresse aux gouvernements de l'Union Européenne, mais aussi aux députés nationaux et aux eurodéputés qui traitent actuellement les plans d'action nécessaires au retour à une situation équilibrée.

Le temps presse pour l'Europe

Nous appelons les décideurs politiques nationaux et européens à enfin entreprendre les réformes de fond nécessaires concernant les marchés financiers internationaux, pour faire suite aux mesures de stabilisation court-termiste de l’euro. Ces étapes ne sont pas nouvelles puisqu’elles ont été annoncées depuis un nombre incalculable de sommets européens et de G20, et ce depuis le début de la crise en septembre 2008.

L’euro est la base de la force économique interne du marché unique composé de 500 millions de personnes. Mais si la spéculation sans limite des fonds d’investissements, banques d’affaires et autres agences de cotation n’est pas régulée strictement par les marchés, alors les mesures proposées pour la zone euro et pour le pacte de stabilité de l’UE n’amèneront qu’à étendre le nombre des victimes de la spéculation. Les États membres de l’UE, plus encore ceux de la zone euro, ont en commun un destin politique et économique. La vérité, c'est que l’Allemagne, la Grèce et tous les autres pays de l’UE ont tous perçus des avantages politiques et économiques inextricablement interconnectés grâce à l’intégration européenne. C’est pourquoi tous les responsables politiques en Europe doivent réformer le cadre politique des marchés financiers. Ils ne devraient pas saluer les sirènes nationalistes claironnées par les médias, mais plutôt brandir le drapeau européen de la vérité et de la rationalité économique !

Manifeste: ©Dr.Dieter Spöri et Michalis Angelopoulos, présidents du Mouvement Européen en Allemagne et en Grèce

Phoso: Une ©HikingArtist.com; article: ©Cornell University Library