Post-punk : Liars de rester inclassable

Article publié le 22 octobre 2012
Article publié le 22 octobre 2012
A la veille de leur concert parisien de juin dernier, les trois garçons de Liars – aussi impressionnants que sympathiques – lèvent le voile sur l’énigmatique sixième volet de leur épopée. Rencontre avec un groupe fascinant, avec qui l’on parle cabane au fond des bois, Britney Spears et Radiohead, sur fond de précisions grammaticales.

C’est au début des années 2000, à l’heure où le rock bouillonne dans une Grosse Pomme meurtrie que l’on découvre Liars. Le trio composé d’Angus Andrew (chant, guitare), Aaron Hemphill (basse) et Julian Gross (batterie) nous livrait alors l’une des plus passionnantes démonstrations de post-punk avec They Threw Us All in a Trench and Stuck a Monument on Top. Une décennie plus tard et six albums au compteur, les trois Américains, adeptes du brouillage de pistes, s’offrent un (nouveau) virage, cette fois-ci électronique. Interview.

cafebabel.com : WIXIW est votre sixième album en douze ans. Comment avez-vous abordé son écriture ?

« Nous sommes justement en pleine discussion avec Britney Spears » Liars bluffe.

Angus Andrew : WIXIW a marqué une réelle rupture avec nos précédentes habitudes de travail. Nous nous sommes isolés avec Aaron dans une minuscule cabane dans les bois pour y composer. Cela nous a obligé à confronter nos idées dès le départ, à partager nos réflexions : c’était à la fois stimulant et bien plus compliqué, car il a fallu négocier, apprendre à exposer nos idées au lieu de foncer tout de suite dans la direction voulue ! Mais au final, savoir que tout le monde est dans le même navire et en accord avec ce que tu proposes est bien plus rassurant…

cafebabel.com : Cela a été plus douloureux ?

Angus sur la pochette : "Quand Aaron nous a montré ce symbole, on a immédiatement ressenti sa force. On a été séduits tant visuellement que dans la manière qu’il avait de le prononcer. « Wish you » renvoie à quelque chose de simple, d’universel et de commun mais à la fois indéterminé, ouvert."AA : Au début oui, car il a fallu se former techniquement, lire des manuels de logiciels pour apprendre à maîtriser les machines et leurs sons. Sans compter sur l’incertitude qui entourait ce projet. Cet album représentait un défi pour nous, nous allions pénétrer dans cet immense « royaume » qu’est la musique électronique, un lieu que nous ne connaissions pas forcément. Nous nous demandions comment nous allions nous intégrer et nous y sentir à l’aise.

cafebabel.com : Justement, comment ce virage sonique a-t-il été amorcé ?

AA : Plusieurs raisons nous ont menés à l’électronique. C’est une voie que nous n’avions jamais explorée et que nous avions envie de découvrir, voir quel résultat nous pouvions obtenir en utilisant d’autres instruments que ceux que nous avions l’habitude de manier. Travailler sur ordinateur nous a beaucoup plu, on s’est surtout sentis comme des enfants dans un magasin de bonbons : tous ces instruments au bout de nos doigts !

Aaron Hemphill : Le but avec l’électronique était en quelque sorte de nous mettre en danger, de ne pas nous servir des outils avec lesquels nous nous sentions le plus à l’aise.

cafebabel.com : C’est quelque chose que vous recherchez à chaque nouvel album, la mise en danger ?

AA : Nous essayons à chaque fois d’essayer de nouvelles choses. Ce qui est amusant c’est que l’expérimentation a une définition différente pour chacun. Pour nous, cela peut aussi consister à écrire quelque de plus « traditionnel », de plus commercial, comme un titre pour Britney Spears. Pour nous, c’est de l’expérimentation totale !

cafebabel.com : C’est un indice pour votre prochain album… ?

AA : Nous sommes justement en pleine discussion avec elle. Nous avons écrit quelques titres pour son prochain album (rires).

cafebabel.com : Plus sérieusement, les médias, et notamment une radio américaine, Radio NPR, a sur son site, qualifié WIXIW de « meilleur album de Radiohead depuis Kid A ». Vous êtes d’accord avec cette référence ?

AH : Nous les respectons et les apprécions en tant que musiciens, mais leur son n’a jamais été une influence. Ce qui nous plaît chez eux, c’est leur implication, le fait que la musique leur soit si importante. Je pense que le fait de produire un album très électronique après un volet très rock peut amener à de telles comparaisons… mais nous n’avons jamais voulu faire un album labellisé Kid A !

cafebabel.com : On reconnaît pourtant à chaque album la griffe « Liars ». Comment la définiriez-vous ?

AA : C’est une même référence à des sentiments très intimes, comme la tension, l’anxiété, la peur, la nôtre ou celle des autres.

cafebabel.com : La pochette de l’album est à ce propos très sombre et énigmatique. Pouvez-vous nous en dire plus sur le titre ?

« Cet album représentait un défi pour nous, nous allions pénétrer dans cet immense «royaume» qu’est la musique électronique»

AA : C’est un titre qu’Aaron (ndlr : le bassiste) avait donné à l’une des chansons sur laquelle il travaillait. Quand il nous a montré ce symbole, on a immédiatement ressenti sa force. On a été séduits tant visuellement que dans la manière qu’il avait de le prononcer. « Wish you » renvoie à quelque chose de simple, d’universel et de commun mais à la fois indéterminé, ouvert. On peut souhaiter le meilleur comme le pire à quelqu’un, et c’est cette incertitude qui nous intéressait.

L'énergie et la lévitation ont aussi été de grandes sources d'inspiration pour Liars.

cafebabel.com : Après avoir parcouru New York et Berlin, Los Angeles, avez-vous une idée de votre prochain terrain d’expérimentations ?

AA: Nous n’avons réalisé que très récemment que nous étions restés assez longtemps à Los Angeles pour y composer deux albums, et que c’était, inconsciemment, le rythme que nous avions suivi dans chaque ville : deux albums à New York, deux à Berlin, deux à L.A. Il est peut-être possible que l’on ait fini avec L.A. (rires) !

AH : Parfois nous ressentons le besoin d’être à un endroit où l’on serait mis en danger, parfois plutôt là où l’on serait complètement exempt de toute influence extérieure. Je ne crois pas qu’une ville saine soit toujours meilleure qu’un lieu plus agressif. Tu peux avoir besoin à un moment donné de danger, c’est assez instinctif pour l’écriture. Une fois que l’on saura quelle direction prendra le prochain album, on saura un peu plus où l’on sera, à Fidji ou à Baltimore.

Photos : Une et visuel © courtoisie du site officiel d'IVOX music (Une © Zen Sekizawa) Texte : © courtoisie de la page Facebook de Liars Vidéos : themutechannel/YouTube