Portugal importera des prisonniers de Guantanamo pour aider Obama

Article publié le 12 décembre 2008
Article publié le 12 décembre 2008
Le Portugal a été le premier pays de l’UE à mettre ses prisons au service des besoins d’Obama pour clore le chapitre noir dans l’Histoire des Droits de l’Homme que constitue Guantanamo.
En un geste qui pourrait aussi lui servir pour avoir la conscience tranquille et rénover son image internationale, les portugais ont voulu être les premiers, et on n’écarte pas la possibilité que d’autres pays européens fassent de même.

Luís AmadoIl est en jeu qui sera l’interlocuteur politique européen d’Obama : le Parti Populaire européen ou les Socialistes européens. Le ministre des Affaires Étrangères du Portugal, Luis Amado, prend l’initiative en premier : le Portugal, annonce-t-il, accueillera des prisonniers de Guantanamo pour aider Obama à fermer cette prison illégale sur le territoire cubain.

Le Portugal avait besoin d’un lifting diplomatique

C’était l’ancien premier ministre conservateur portugais, José Manuel Durão Barroso –aujourd’hui Président de la Commission européenne- qui avait embarqué le Portugal dans la liste noire des pays qui avaient impulsé la guerre en Irak en 2003, aux côtés de Bush, Blair et Aznar, et contre l’avis des experts de l’ONU ou la volonté même des Nations Unies, tout en provoquant une division eu sein de l’UE sans précédents historiques.

Tout le monde veut devenir l’interlocuteur d’Obama en Europe

Ceci dit, cette passe diplomatique peut aussi se lire en clef politique européenne. On connait qu’au Parti Populaire européen, avec Joseph Daul, leur chef de file au Parlement, à la tête, maintient de puis des mois d’intenses relations avec les équipes de travail de Barack Obama pour les convaincre qu’à l’échelle politique euro-atlantique l’interlocuteur de confiance du démocrate nord-américain soit le parti populaire européen et non pas les socialistes, comme cela aurait pu paraître plus naturel.

La stratégie de Gordon Brown

Gordon Brown

En fait, le principal allié des populaires européens dans cette stratégie c’est es le premier ministre britannique, le travailliste Gordon Brown, dont l’intérêt immédiat à l’échelle européenne n’est pas que les socialistes européens gagnent les élections, mais plutôt qu’ils soient les deuxièmes derrière le PPE et que les Tories (conservateurs britanniques) se séparent –tel qu’ils l’ont déjà annoncé- du PPE avec les tchèques du ODS. Ceci lui permettrait de transformer les travaillistes britanniques en délégation parlementaire charnière dont aurait besoin le centre droite européen pour approuver ses projets de réforme européennes et lui octroierait une prééminence politique à l’échelle européenne comme jamais il en a profité. C’est pourquoi son activité de médiation entre les États Unis et l’Europe est devenue frénétique ces derniers mois : il veut compter pour la droite et assumer un rôle de chef chez les socialistes.

La réponse des socialistes européens

Vu ce panorama, les socialistes doivent profiter de la moindre occasion pour récupérer l’initiative aux yeux de Barack Obama et des électeurs qui pourraient aller voter en juin 2009 en cherchant le parti qui ressemble le plus à Obama. Du coup, dans tous les activités officielles du parti Socialiste européen on répète sans arrêt le slogan “Yes we can” de la campagne d’Obama. Maintenant, ce geste très médiatique de la part d’un gouvernement européen socialiste va dans la même direction. À ne pas écarter que d’autres gouvernements socialistes, comme celui de Zapatero en Espagne, annoncent la même mesure que les portugais. (photos: prison de Guantánamo: habacuc / Flickr; Luis Aamado et Gordon Brown: Union européenne)