Portrait de start-ups viennoises : fragnebenan.at

Article publié le 17 juillet 2014
Article publié le 17 juillet 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Frag­Nebe­nan [ndlt : De­mande à côté] se veut le reflet vir­tuel de l'im­meuble et du voi­si­nage. Protection des don­nées et droit à l'ou­bli in­clus.

Dans les grandes villes, on a l'ha­bi­tude d'avoir très peu, voire pas du tout, à faire aux gens de son im­meuble, et moins en­core à ceux du voi­si­nage. On se salue sur le pal­lier, mais souvent, on ne se re­con­naît plus du tout dans la rue. C'est exac­te­ment cette ex­pé­rience qui a amené Ste­fan Theißba­cher à ré­flé­chir - et Fra­gNe­be­nan était né.

Frag­Nebe­nan se veut le re­flet vir­tuel de l'im­meuble et du voi­si­nage. Pro­tec­tion des don­nées et droit à l'ou­bli in­clus.

On a l'im­pres­sion que les gens ne sont pas intéressés par da­van­tage de contact avec leur voisinage, pour­quoi cela de­vrait-il chan­ger avec cette pla­te­forme ?

Il ne s'agit pas que tout le monde de­vienne meilleurs amis, mais de sor­tir un peu de l'ano­ny­mat, de de­ve­nir ac­ces­sible, de mettre un nom sur les visages. Fra­gNe­be­nan est là pour fa­ci­li­ter le fait d'al­ler vers les autres quand on veut parler de quelque chose ou quand on a be­soin d'aide.

Mais les gens doivent fran­chir un nou­vel obs­tacle : ins­crip­tion, vé­ri­fi­ca­tion, etc. s'ils veulent s'ins­crire sur la pla­te­forme.

Cet obs­tacle est né­ces­saire pour as­su­rer la sé­cu­rité de la pla­te­forme et pour ga­ran­tir qu'il n'y a que des gens qui ha­bitent réel­le­ment dans le voi­si­nage qui échangent sur Fra­gNe­be­nan.

Com­ment est mise en oeuvre la pro­tec­tion des don­nées ?

Nous veillons à être économes en matière de don­nées et ne de­man­dons que le moins de don­nées pos­sibles aux uti­li­sa­teurs. Nous es­sayons de rendre les pa­ra­mètres de confi­den­tia­lité très dé­taillés et trans­pa­rents. De plus, nous ap­pli­quons le droit à l'ou­bli. Les posts ne res­tent pas en ligne pour l'éter­nité, mais ils sont supprimés au bout d'un an. À moins que les uti­li­sa­teurs ne choi­sissent consciem­ment d'ar­chi­ver leurs posts.

Vous avez lancé la pla­te­forme le 30 mai dans le 7ème ar­ron­dis­se­ment, quelle a été l'évo­lu­tion les pre­miers jours ?

Nous sommes ex­trê­me­ment sa­tis­faits de ce lan­ce­ment. Nous avons cher­ché six per­sonnes de notre cercle de connais­sances qui ha­bitent dans le 7ème ar­ron­dis­se­ment et nous avons lancé Fra­gNe­be­nan dans leurs immeubles. Sans mar­ke­ting actif, notre pla­te­forme est déjà uti­li­sée dans main­te­nant plus de trente immeubles après pile quatre se­maines.

Il faut dire que votre équipe n'est pas toute fraîche sor­tie de l'uni­ver­sité, aviez-vous de l'expérience dans le do­maine de la créa­tion d'en­tre­prise ?

Pas vrai­ment. J'ai étu­dié le com­merce in­ter­na­tio­nal et la com­mu­ni­ca­tion, j'ai tra­vaillé au ser­vice com­mer­cial du men­suel Datum, puis au dé­ve­lop­pe­ment de pro­duit et au mar­ke­ting en ligne chez bazar.​at. Cette expérience pro­fes­sion­nelle m'est très utile, mais la créa­tion de sa propre en­tre­prise amène tout de même énor­mé­ment de nou­veaux défis.

Vous êtes une équipe de quatre per­sonnes, com­ment vous êtes-vous trou­vés ?

De ma­nières très dif­fé­rentes. J'ai ren­con­tré An­dreas Förster, notre gra­phiste, par le biais d'une connais­sance, et Mat­thias Müller, notre pro­gram­meur, via Im­pact Hub Vienna. Comme nous vou­lons créer et en­tre­te­nir des contacts étroits avec les or­ga­ni­sa­tions de voi­si­nage, nous avons aussi as­so­cié mon an­cien co­lo­ca­taire, Valen­tin Schmied­leit­ner. Il nous ap­porte de l'ex­pé­rience dans le do­maine des ONG.

Pour l'ins­tant, Fra­gNe­be­nan est-elle votre ac­ti­vité pro­fes­sion­nelle prin­ci­pale ou se­con­daire ?

Deux membres de mon équipe in­ves­tissent pour le mo­ment 20 heures, et un membre 10 heures par se­maine. J'y tra­vaille à plein-temps.

La dé­ci­sion de s'in­ves­tir à plein-temps dans le pro­jet n'a-t-elle pas été dif­fi­cile, sur­tout d'un point de vue fi­nan­cier ?

J'avais quitté mon an­cien em­ploi car je vou­lais évo­luer pro­fes­sion­nel­le­ment et faire un long voyage avant cela. En fait, j'avais prévu de me mettre en­suite à la re­cherche d'un nou­vel em­ploi - mais l'idée de FragNebenan m'est venue entre-temps. Etant donné que j'ai n'ai ni fa­mille à nour­rir, ni obli­ga­tions financières sup­plé­men­taires, j'ai dé­cidé de prendre le risque et de faire, dans le pire des cas, une ex­pé­rience ex­trê­me­ment en­ri­chis­sante.

Comment perecevez-vous le soutien à la création d'entreprise ? Quelque chose vous manque-t-il ? Que trouvez-vous particulièrement utile ?

J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de soutien. De la part d'Impact Hub Vienna, de la chambre de commerce et de Mingo, un service de la Ville de Vienne, qui met à disposition un coaching gratuitement. Le Hub, surtout, nous a beaucoup aidés. Nous y avons gagné une bourse de lancement "Social Impact", et nous avons reçu gratuitement un espace de travail, du coaching et un mentor - c'est surtout le point de vue extérieur lié à tout cela qui m'a été très précieux.

Avez-vous fait des demandes de subventions ?

Mingo et la bourse du Hub était en fait déjà de petites subventions, et en plus de cela nous venons de recevoir une réponse positive de la subvention "Impulse XS" d'Austria Wirtschaftsservice Gesellschaft [ndlt : service économique de l'Autriche chargé de l'encouragement économique et du financement des entreprises]. Nous avons réuni le capital de départ par nos propres moyens, car nous ne voulions pas que la mise en oeuvre de notre idée dépende du succès d'une demande de subvention. Une demande de subvention implique bien sûr beaucoup d'efforts, mais cela vaut le coup d'essayer. Parce que cela vous force aussi à préciser votre idée.

Quels sont vos prochains objectifs ?

Nous nous sommes fixés quelques objectifs. Nous voulons par exemple mettre en contact dix voisins par immeuble et cent personnes par voisinage. D'ici la fin de l'année, nous voulons atteindre les 5000 utilisateurs et démontrer ainsi que notre concept fonctionne.

Mais pour l'instant, il faut d'abord se concentrer sur le 7ème arrondissement. Evoluer ici et apprendre comment on monte une communauté et comment notre plateforme est utilisée dans les faits. Et puis nous testons en ce moment quelles sont les méthodes de marketing que nous avons élaborées qui fonctionnent le mieux. Avec les connaissances que nous avons réunies aujourd'hui, nous voulons investir d'autres arrondissements d'ici deux mois au plus tard.

Quels conseils donnerais-tu à de futurs créateurs d'entreprise ?

Surtout, il ne faut pas avoir peur de parler de son idée. C'est comme cela que l'on reçoit beaucoup de retours et dans mon cas, c'est ainsi qu'ont suivi les premiers contacts importants. Il faut aussi savoir à tout prix replacer correctement les critiques et ne pas se laisser décourager tout de suite par des retours négatifs. Il y a un moment où l'on doit simplement avoir confiance en soi et se lancer dans la réalisation. Tout cela crée alors rapidement sa propre dynamique. Ce qui m'a beaucoup aidé, c'est que j'ai trouvé le premier membre de mon équipe au bout de peu de temps. Ainsi, j'ai pu échanger régulièrement avec quelqu'un qui croyait aussi au projet - et je n'ai plus eu besoin de sans arrêt "détourner à d'autres fins" les rendez-vous avec mes amis.

As-tu une histoire de voisinage amusante à nous raconter ?

Une amusante, malheureusement pas, mais une sympa, oui : avant FragNebenan je ne connaissais personne de mon immeuble et je n'ai fait connaissance de mes voisins qu'au cours du projet seulement. Après le lancement, j'ai invité mes collègues de l'équipe à dîner chez moi, pour trinquer à la naissance de la plateforme. En commençant à cuisiner, j'ai remarqué que je n'avais plus de pommes de terre. Le supermarché était déjà fermé. Mais pas mon voisin.