Porno sur smartphone : vibrations érotiques

Article publié le 10 mai 2012
Article publié le 10 mai 2012
Les sites pornos sont les plus visités au monde. Par n'importe qui, et notamment de plus en plus de femmes et d’enfants. Accessibles et gratuits, même sur téléphone, ils tendent à influer sur notre corps, à changer les habitudes de notre société et notre mode de vie sexuelle. Réalité ou simples théories apocalyptiques ? La version porno 2.0 passée au crible.

« L’unico Belsito è Youporn » (« Le seul beau site web est Youporn ») : c’est ce que l’on pouvait lire sur la banderole qu’agitaient des militants de la Ligue du Nord, le 10avril dernier à Bergame, lors du rassemblement annuel de leurs « Notte delle scope » (« Nuits du grand débarras »). Est-ce un simple jeu de mots avec le nom de leur trésorier accusé de vol ? Ou doit-on y voir le signe que ce mouvement politique qui a toujours fait de la virilité et du « celodurismo » (argot à rapprocher de la « conquête sexuelle » -Ndlr) son fond identitaire, se soit résigné au « plaisir solitaire » et à l’autosatisfaction ?

Est-ce que vous vous imaginez William Wallace, héros de Braveheart et fier dépositaire de la culture celtique, faire joujou avec son « outil » devant Xvideos ou Youporn ? Et pourquoi pas, même lui. En fait, selon les estimations, et contre toute hypocrisie, les sites pornos sont vraiment les plus cliqués au monde, juste derrière Google et Facebook (qui peut d’ailleurs dire combien ils sont à taper « tits » sur Google ou à rechercher des photos « hot » de leurs ami(e)s sur Facebook ?). Sachez que Xvideos, le premier site porno mondial avec ses 4,4 milliards de connexions par mois, est 10 fois plus visité que le New York Times et trois fois plus que la CNN. La durée moyenne de navigation sur ces sites est elle aussi édifiante : environ 15minutes par jour, contre 4,8 minutes passées sur les sites d'information traditionnels. Bref, le temps qu’il faut pour ...

Est-ce que vous avez remarqué les boucles d'oreille de la jeune femme ?

On ne devient pas aveugle, mais impuissant

La gratuité et la facilité d'accès sont les principales caractéristiques qui ont fait le succès du porno 2.0 – en bonne entente avec la pornographie traditionnelle, trop chère et pas assez rentable - mais sont aussi la cause de phénomènes inquiétants. Au premier rang desquels, l'abaissement radical du seuil de l'âge moyen des visiteurs. On évalue désormais à 4 sur 5, les garçons (et filles) d’environ 16 ans regardant régulièrement des films pornographiques sur Internet. Et ça n'est pas rassurant. Pourquoi ? D’après l'étude menée par le professeur Carlo Foresta, de l’Université de Padoue, « une exposition permanente à la pornographie, en particulier chez les jeunes, entraînerait une perte de la réalité sensorielle (en plus de la perte d’affectivité) et conduirait donc à un risque d’éjaculation précoce et d’impuissance. »

Le dommage, explique l'expert, « est physique et non psychologique: la saturation érotique, en effet, stimule continuellement un neurotransmetteur chargé de déclencher le plaisir sexuel du corps, la dopamine. La conséquence est que le corps ne parvient plus à réagir à sa production. Éprouver du plaisir devient difficile, voire impossible. » Si vous avez vu Shame, le dernier film de Steve McQueen, vous devez vous souvenir que le héros (en dépendance sexuelle) n’arrive plus faire à l'amour à une partenaire « normale » (qui ne soit pas prostituée ou actrice porno).

Ceux qui s’adonnent au sexe partout, même sur Android

Si, comme nous le disait Rocco Siffredi sur cafebabel.com, dans la pornographie « les images deviennent de plus en plus extrêmes et le sexe toujours plus compétitif », on peut aisément comprendre combien il devient de plus en plus difficile de se confronter au sexe véritable, étant donné que le seuil du plaisir se radicalise toujours plus. Comment pourrait-on alors être surpris que davantage de femmes deviennent accros à la pornographie ? Selon Google Analytics, la moyenne des visiteurs de sites pornos donne 68% d’hommes pour 32% de femmes, une part en progression lente mais constante par rapport à 2008. Bon, il n’est pas dit qu'elles le font pour se masturber, ou pour remplacer du vrai sexe qui serait manquant. Nous sommes d'accord, « la stimulation visuelle agit plus facilement sur l’homme que sur la femme, laquelle a davantage besoin d'éléments contextuels », mais il n’est pas moins vrai que les femmes aiment beaucoup se masturber (7 sur 10 reconnaissent le faire régulièrement, tout en vivant en couple) et même devant un film porno. Elles l’ont toujours fait, seulement avant elles ne le disaient pas ? Ok. Mais faisons tout de même attention : il y a un an déjà, un client sur trois s’adressant au Quit Porn Addiction (le plus grand centre de consultation sur le porno en Angleterre) était une femme.

Selon le BusinessWeek, un autre élément important propice à l'expansion de l'industrie du porno 2.0 est la propagation des smartphones, tablettes et autres écrans larges. En un mot, la portabilité. Les images, en l’occurrence pornographiques, et toujours plus extrêmes comme on le disait, nous accompagnent maintenant partout. Si on le veut, on peut en profiter à n’importe quel moment de la journée. Et les effets pourraient ne plus être secondaires. N’est-il pas choquant, par exemple, que 19% des utilisateurs de smartphones, trouvent le sexe sur Android (ne me demandez pas comment on fait) comparable à un véritable rapport sexuel ?

C’est donc le moment idéal pour parler du « crime parfait », tel que l’écrivait le philosophe Baudrillard. Dans un monde où tout doit déborder d'images, d'informations, et de virtuel, il n'y a qu'un seul et unique cadavre : la réalité.

Photo : Une (cc) susan belle/flickr; Texte : (cc) zelluloid/flickr ; Vidéo: voglioscendere/youtube