PORA : vers une prochaine révolution ?

Article publié le 23 mars 2005
Publié par la communauté
Article publié le 23 mars 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

PORA, le groupe d’opposition le plus actif en Ukraine a réussi à déclencher la révolution. Mais, comment est-il parvenu à rallier les populations ?

Cheveux longs et Tee-shirt jaune, Vladimir Kaskiv n’a pas vraiment l’air d’un révolutionnaire. C'est pourtant lui, avec une quinzaine de personnes, qui gère l'organisation PORA. Auparavant, comme beaucoup d’autres membres, il s’était battu en 1991 pour l’indépendance de l’Ukraine du joug soviétique.

La seule influence que Vladimir revendique est le livre de Gene Sharp intitulé De la dictature à la démocratie, devenu le vade-mecum des activistes des révolutions pacifiques comme celles de PORA, OTPOR en Serbie ou KMARA en Géorgie. « Notre idéologie rassemble les valeurs libérales qui furent menacées au cours de la récente campagne présidentielle ukrainienne : la liberté d’expression, les droits de l’Homme mais aussi l’indépendance du pays face à toute ingérence étrangère. Nous sommes aussi des patriotes. Le libre marché et le libre échange sont le deuxième niveau de notre combat et proviennent de ces mêmes valeurs libérales », explique-t-il.

Techniques transnationales

Les méthodes de résistance passive s’améliorent au fil des révolutions: « Nous avons créé une banque de données de SMS de nos membres pour faire pression au maximum au même endroit et au même moment. Et nous utilisons Internet pour diffuser nos idées et recruter. Sans ces technologies, assure-t-il, nous n’aurions jamais pu réussir ». L’Ukraine n’est d’ailleurs pas le seul pays où ces nouvelles technologies ont aidé à porter les causes révolutionnaires. Anastacia Bezverkha, responsable du site Internet de PORA, a rencontré Pavol Demes, fondateur du mouvement serbe OTPOR, à Bratislava l’été dernier. Il lui a appris comment tirer profit de ces outil de communication.

Demes, président du German Marshall Fund of the United States (GMF), n’a pas le profil révolutionnaire classique. Ancien conseiller en politique extérieure du président slovaque Michal Kovac, il quitte le gouvernement et participe en 1998, à Bratislava, au renversement du le Premier ministre de l’époque, le populiste Vladimir Meciar. Fort de cette expérience, il forme OTPOR et promeut, depuis son entrée au GMF en 2000, les relations transatlantiques ainsi que l’aide à la construction de démocraties dans les pays de l’est.

Invité en Ukraine, à Uzhgorod, en avril 2004 pour un colloque sur les relations transatlantiques et les pays de l’est, il rencontre alors les membres de PORA pour la première fois. Il les forme à l’action civique lors d’un camp d’été en Crimée, où il passe davantage de temps avec eux.

Pavol Demes affiche des idées très arrêtées sur ces organisations : « Nous ne collaborons qu’avec des mouvements qui respectent les procédures démocratiques et qui sont en accord avec la Constitution de leur pays ».

Il analyse la recette de son succès, celui aussi de PORA. « La communication est essentielle, comme pour les partis politiques qui doivent aussi trouver les couleurs et le logo qui porteront leurs idées. Les ONGs doivent travailler avec tous les médias capables de véhiculer leur message : Internet est primordial parce qu’il touche tout le monde ; les téléphones portables et notamment les SMS sont également des outils fondamentaux pour créer un contact avec les jeunes, les mieux équipés en ce domaine. Car la jeunesse joue un rôle essentiel. L’activisme urbain est aussi une question de discipline, d’organisation. Enfin, pour que le processus non violent dispose d’une force suffisante, le patriotisme doit être intimement lié à ces mouvements ». Pour autant, peut-on parler comme certains le font, de manipulation de l’opinion ?

A cette question Pavol Demes répond par la négative : « Ce qui se passe aujourd’hui peut arriver dans n’importe quelle société post-communiste. Les gens ressentent l’injustice, l’inégalité. Et ce sont toujours les jeunes et la société civile qui ont joué un rôle majeur. Ce n’est pas quelque chose d’implanté et cela ne peut pas être importé de l’extérieur ».

Champion de la liberté

Décoré en février comme « champion de la liberté » avec d’autres personnes éminentes d’Europe de l’est par George Bush, de passage à Bratislava où il rencontrait le président russe Vladimir Poutine, Pavol Demes illustre à lui seul les ambiguïtés de ces révolutions.

Certes, un mouvement irrépressible et contagieux est né. « Nous avons créé un nouveau type d’activisme politique et une nouvelle génération d’activistes. Certains veulent vraiment continuer leur activité, avoir une influence et ainsi ancrer davantage la démocratie », affirme ainsi Anastacia, toujours un œil sur l’ordinateur. Que faut-il penser de ces « créations » ? La plupart de ces mouvements n’ont pour l’instant jamais eu de projets clairs après les élections. Ils se dissolvent une fois les « révolutions » terminées. Mais PORA réfléchit à une autre formule, orientée uniquement vers l’extérieur et la propagation de son savoir-faire... Une autre révolution ?