Pologne : une tragédie qui tourne à la débâcle politique

Article publié le 22 avril 2009
Article publié le 22 avril 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

21, 23, 13 : ces trois nombres sont aujourd'hui bien connus en Pologne. Non, ce ne sont pas les résultats du loto, mais bien le bilan de la tragédie qui a eu lieu à Kamien Pomorski. Un incendie déclenché dans la nuit du 12 au 13 avril, a fait 21 morts. Parmi elles, 13 enfants. Et toujours 23 disparus.

Ce refuge pour SDF et personnes défavorisées, situé dans la ville de Kamien Pomorski dans le Nord-Ouest de la Pologne, abritait 77 personnes. La nuit du dimanche 12 avril 2009, peu après minuit, un incendie éclate. Le bâtiment est plein, c’est très vite l'affolement, les cris et les pas dans les escaliers. Certains sautent par les fenêtres ou dans les arbres, d'autres jettent leurs enfants par les fenêtres dans les bras des passants. Lorsque les pompiers arrivent, on pense que l'incendie sera rapidement maîtrisé, mais ils restent pourtant impuissants. Impossible de rentrer dans le refuge car le hall principal est en feu et le bâtiment menace de s'effondrer. Les secouristes commencent à dresser des échelles contre les murs des toilettes et de la cuisine, ce qui aux yeux des témoins, est une mauvaise manœuvre.

Cette nuit-là a choqué la Pologne. D'autant plus que la lumière n’a pas été faite sur certaines choses. D’abord, le nombre de personnes inscrites au centre était de 77 personnes, mais le nombre réel d'habitants est inconnu. En effet, de nombreux résidents auraient pu être absents en raison des vacances de Pâques. Aujourd'hui, 54 personnes ont pu être sauvées, 23 sont encore portées disparues et 21 corps ont été retrouvés dont 13 enfants. Le sort de deux est encore inconnu, certains corps n'ont pas été identifiés et les tests ADN sont en cours.

Rien n’était aux normes

« Le second mystère, le plus terrifiant d'ailleurs, est la cause de l'incendie, que les médias polonais ont baptisé la torche de feu »

Le second mystère, le plus terrifiant d'ailleurs, est la cause de l'incendie, que les médias polonais ont baptisé la « torche de feu ». Les pompiers ne sont pas parvenus à éteindre le feu car il était très fort et violent et qu'il s'était déclenché dans le corridor, qui se trouvait au cœur du bâtiment. La cause probable serait les défauts du circuit électrique de l'édifice, mais la piste criminelle n’est pas exclue. Des témoins ont expliqué qu'une femme avait été expulsée du refuge et qu'elle avait menacé de brûler le bâtiment ainsi que la mairie. Il semblerait également que l’état technique de cet ancien hôtel laissait à désirer et que la municipalité ne s'occupait guère de la maintenance.

Selon le rapport préliminaire datant du 16 avril et rédigé par la commission chargée d'enquêter sur cette tragédie, le bâtiment était insalubre, le hall principal contenait de nombreux matériaux inflammables et les sorties de secours étaient bloquées. Comme l'a expliqué Grzegorz Schetyna, le ministre de l'intérieur polonais, les pompiers ont fait ce qu'il y avait de mieux à faire car ils sont parvenus, tout de même, à sauver des vies.

Bisbille à la tête de l’Etat

Le premier ministre polonais Lech Kaczynski et le premier ministre Donald Tusk se sont rendus sur les lieux de la tragédie. Ils ont proposé de l'assistance aux victimes et leur ont promis de s'occuper de la situation. Le président a également décrété un deuil de trois jours du 14 au 17 avril. Une décision présidentielle que Tusk n’approuvait pas mais qu’il n'a pas révoqué pour autant. On lui impute également de ne pas avoir informé le président quand il a eu connaissance du drame. Lorsque l'on lui demande d'expliquer son comportement, le premier ministre change de sujet et évoque le bien-être des victimes.

La nation entière est émue par l'incendie et plusieurs villes du pays envoient de l'aide à Kamien Pomorski. La ville de Szczecin a proposé d'accueillir les victimes. Le ministère des finances a également dégagé un million de zlotys pour venir en aide aux victimes. La commission spéciale chargée de l'enquête établira les détails de l'incendie dans un rapport qui devra paraître dans un mois.