Pologne : quand Kaczynski jouait le parti de la séduction

Article publié le 4 novembre 2011
Article publié le 4 novembre 2011
Peu de temps avant les élections législatives polonaises du 9 octobre dernier, le chef de l’opposition, Jaroslaw Kaczynski, semblait n’avoir aucune chance de les remporter.
Quelques semaines avant le scrutin, il a subitement progressé dans les sondages en grande partie grâce à la nouvelle orientation de la campagne de Droit et Justice recentrée sur sept jolies candidates qui donnèrent une toute autre image de sa politique.

Le Premier ministre, Donald Tusk, déclarait alors avec un certain énervement : « Désormais tous les scénarios sont possibles. Plate-forme civique et Droit et Justice peuvent tous les deux gagner. » En effet, un dernier sondage créditait Plate-forme civique, le parti au pouvoir, de 33,1% des voix contre 28,1% au parti social conservateur, Droit et Justice, de Jaroslaw Kaczynski.

Élections polonaises: Jaroslaw Kaczynski, le candidat hamster

L’institut polonais Homo Homoni fut le premier à annoncer un résultat très différent de celui des autres instituts de sondages qui avaient toujours placé Donald Tusk largement en tête. Au mois d’août, l’institut CBOS, avait placé Tusk en tête avec 36% alors que Kaczynski n’obtenait que 20% des intentions de vote. Le national catholique Kaczynski était alors perçu comme un candidat sans projets, anti-européen et que l’on ne pouvait pas prendre au sérieux. Le traumatisme du crash de l’année précédente qui avait entraîné la mort tragique de son frère le rendait incapable de mener une campagne électorale. En outre, depuis longtemps, il s’était séparé des personnalités marquantes de son parti qui l’avaient accompagné lors de la campagne de l’élection présidentielle. D’emblée, il apparaissait comme un opposant affaibli

L’Angelina Jolie de Droit et Justice

Selon les experts, la remontée de Droit et Justice dans les sondages fut le résultat d’une campagne électorale qui sut donner une nouvelle image du parti. Dans les semaines précédant le scrutin, sept jolies jeunes femmes ont été volontairement placées sur le devant de la scène électorale et prirent leurs marques dans différentes circonscriptions. La candidate Sylwia Lugowska expliquait : « Nous voulons briser le stéréotype selon lequel Jaroslaw Kaczynski ne serait entouré que de vieux fonctionnaires. » Cette jeune fille de vingt-trois ans a débuté à Lodz, ville du centre de la Pologne et a rapidement fait carrière. À dix-neuf ans, elle adhérait à Droit et Justice. Elle est aujourd’hui porte-parole du groupe parlementaire. Cette pédagogue fut rapidement la favorite des médias. Sa ressemblance avec l’actrice personnalisant Lara Croft a fait d’elle l’Angelina Jolie du parti. Onet, le plus gros portail en ligne polonais, a titré : « C’est la plus belle composante du parti. »

Pas mal pour un mec qui vit encore chez sa mère.

Elle fit sa première apparition médiatique, fin juin, lors du congrès du parti. Les regards des patriarches se fixaient sans arrêt sur elle. Cette image a particulièrement étonné les représentants de presse polonaise qui étaient eux-mêmes sous le charme. Jusqu’à maintenant, Kaczynski qui vit encore chez sa mère, n’était pas associé à l’image de jolies jeunes femmes. Il est, par ailleurs, très inhabituel qu’un Polonais de sa génération n’ait pas d’épouse.

La nouvelle image de Kaczynski : « Cool et jazzy comme Droit et Justice »

Jusqu’à maintenant, Kaczynski qui vit encore chez sa mère, n’était pas associé à l’image de jolies jeunes femmes.

Mais ce n’était qu’un élément de la campagne électorale, particulièrement destiné à toucher les jeunes électeurs. Un nouveau slogan accompagnait cette nouvelle tactique : « Cool et jazzy comme Droit et Justice ». Les sondages ont rapidement montré que cette stratégie fonctionnait. Droit et Justice marquait beaucoup de points en ciblant les jeunes entre 18 et 24 ans allant jusqu’à dépasser Plate-forme civique dans cette tranche d’âge. D’après un sondage de l’institut d’études de marché Millward Brown SMG/KRC de mi-septembre, 29% des jeunes se prononçaient en faveur du parti de Kaczynski, contre seulement 27% pour Tusk.

Traditionnellement, en Pologne, le taux de participation aux élections est faible et difficile à anticiper. Dans ce contexte, les voix des jeunes et des nouveaux électeurs allaient être décisives. Les appartenances politiques ne sont pas très stables et des pronostics précis, comme en Allemagne, sont impossibles. Sergiusz Trzeciak, conseiller indépendant en stratégie et en image, estime que les électeurs indécis représentent entre 10 et 30% de l’électorat. « Parmi eux se trouvent aussi, très souvent, des jeunes particulièrement sensibles à la candidature de femmes aussi jolies, confie-t-il. Il n’est pas exclu que Droit et Justice ait gagné ainsi quelques points en plus qui furent décisifs. »

Désormais, les spécialistes étudient avec attention la nouvelle tactique du parti : « Je suis le chef de groupe, le meneur, parce que je suis entouré de femmes jeunes et belles. » C’est ainsi que la psychologue Zofia Milska-Wrzosinska analyse la campagne de Kaczynski. « Ces filles se rassemblent autour de moi et, grâce à moi, elles vous deviennent accessibles, interprète-t-elle. De telles méthodes sont également utilisées dans le show-business pour produire l’image d’un chef de groupe. Par exemple, par l’éditeur de Playboy, Hugh Hefner ».

L’auteur de cet article, Sébastien Becker, est membre du Réseau pour la couverture médiatique de l’Europe de l’Est (Netzwerk für Osteuropa-Berichterstattung n-ost).

Photos : (cc)PiS; Video (cc)trueiswhere/YouTube