Pologne : les institutions européennes comme si vous étiez

Article publié le 14 août 2015
Article publié le 14 août 2015

Malgré l’effort de simplification sur leurs rôles, les institutions européennes sont toujours considérées comme des grosses machines éloignées des citoyens. Alors pourquoi ne pas se mettre à la place de ceux qui y travaillent au quotidien ? C’est ce qu’ont fait une soixantaine de jeunes européens à Varsovie, lors de la deuxième édition du Model European Union (MEU) Warsaw.

En ce premier jour de séminaire, l’ambiance est décontractée à l’université de Varsovie. Fraîchement débarqués de dix-huit pays différents, les 54 jeunes sont répartis en ateliers. Le premier sur la prise de parole en public, le deuxième sur l’art de la négociation. De quoi mettre en jambe pour les trois jours qui vont suivre. Mais la préparation a débuté bien avant. Pour participer à cet événement, les jeunes sélectionnés doivent préparer leur rôle. Membres du Parlement européen, du Conseil de l’Europe, lobbyistes, journalistes, interprètes… Ici, on ne vient pas défendre ses opinions ou son pays, mais bien se mettre dans la peau d’un fonctionnaire européen.

Joue-là comme Martin

Entre deux ateliers, je croise les jeunes qui assureront la présidence du Parlement. Susi, autrichienne, et co-présidente, n’en est pas à son premier MEU. L’an dernier, elle a participé à celui de Strasbourg en tant qu’interprète, puis a ensuite assuré le rôle de membre du Parlement deux fois. « J’étudie pour devenir interprète et l’Union européenne est un des plus grands pourvoyeur d’emploi dans ce domaine. C’est pour cela que je m’y suis intéressée et ai saisi l’opportunité d’y participer à Strasbourg. »

Si la plupart des participants sont étudiants en droit, relations internationales, études européennes, l’événement est ouvert à tous. Ewa, polonaise, est étudiante en sociologie. « J’étais curieuse de savoir comment ça marche. C’est intéressant, même si mes études n’y sont pas directement liées. Pour moi la politique nationale est décevante, je trouve cela plus intéressant au niveau européen. C’est la première fois en fait que je m’intéresse vraiment à la politique. De plus, en Pologne, la société n’est pas très diversifiée, et je ressens un manque contact avec d’autres cultures. Au niveau européen, on peut rencontrer des personnes d’autres pays, et pour moi c’est important. »

« Il faut beaucoup d'expérience »

Le deuxième jour, les choses sérieuses commencent. Costumes pour les garçons, tailleurs pour les filles, les jeunes jouent leur rôle à fond. Jacek Safuta, Président du bureau d’information du Parlement européen en Pologne, est venu ouvrir la cérémonie. Sans langue de bois, il rappelle que ce genre d’événement est important particulièrement aujourd’hui alors que l’existence même de l’Union européenne est questionnée. « L’Europe ce n’est pas seulement les eurocrates, le coût de la bureaucratie, mais l’ouverture des frontières, la liberté de circulation. » Il espère que cet événement encouragera les jeunes à voter aux prochaines élections en 2019, « auxquelles nous pensons déjà. »

Après son discours retenti l’hymne européen. Tout le monde se lève, on s’y croirait ! Puis les débats commencent. Les membres débattent sur l’usage des OGM. Si certains traînent sur Facebook et attendent probablement impatiemment l’europarty de ce soir, d’autres prennent leur rôle à coeur et se positionnent dans les débats.

Pendant la pause café, je m’incruste dans le bureau des interprètes. Ils sont en charge de traduire les discussions en polonais, en allemand et en anglais en simultané. Marta, polonaise, étudie l’anglais et le français. Elle souhaite devenir interprète. Elle a souhaité participer au MEU pour gagner en expérience et voir si les sujets européens l’intéressent suffisamment pour envisager une carrière dans le domaine. C’est aussi le cas de Dorota, qui vient d’être diplômée, et qui ajoute que pour être recruté au niveau de l’Union européenne, « il faut beaucoup d’expérience. »

Les débats se poursuivront pendant trois jours, entrecoupés de moments plus informels pour permettre aux jeunes d’échanger sur leur culture et leur vision de l’Europe. Ayant repris la route, je n’ai pas assisté à tout. Mais Hanna, organisatrice, m’a affirmé que l’événement était un succès, chacun jouant son rôle avec de plus en plus de confiance et d’aplomb.

Rapprocher les jeunes citoyens des institutions, l’ambition de BETA

À l’origine de cet événement, il y a BETA – Bringing Europeans Together Association – une association créée en 2008 par neuf jeunes européens en Allemagne. Aujourd’hui, elle compte 250 membres dans toute l’Europe, la plupart étudiants. Leur nom est tout aussi ambitieux que leur objectif : développer l’identité européenne sur la base de la pluralité, la tolérance et la coopération entre les individus. Le Model European Union est leur principal axe de travail. Le premier s’est tenu en 2007 au Parlement européen à Strasbourg. Petit à petit, les participants, séduits, ont dupliqué l’initiative dans leur pays d’origine. Les membres de la branche polonaise de BETA se sont d’ailleurs rencontrés à Strasbourg deux ans plus tôt.

Pour Alexander, qui en est membre, ce que montre cet événement, « c’est que tous les pays européens ont des objectifs communs, et que la seule différence qui existe entre eux est la langue. »

La plupart des participants, quelles que soient les raisons de leur participation, semblent être des Européens convaincus… Bien qu’il y ait quelques exceptions. Benjamin, allemand et membre de BETA Europe m’explique qu’il a déjà croisé un eurosceptique lors d’un événement précédent. Mais sa vision des choses avait changé, affirmant finalement lors de la soirée de clôture que « l’Union européenne peut faire quelque chose pour nous. »

Mais Benjamin est d’accord sur le fait qu’il serait intéressant d’attirer des étudiants d’autres filières, voire des jeunes qui n’étudient pas à l’université. Si les portes de ces événements leur sont déjà ouvertes, il est toutefois plus difficile rentrer en contact avec eux. « C’est difficile d’approcher les jeunes qui ne sont pas à l’université ou à l’école, car on s’appuie sur leurs rôles de relais. Mais s’il y a d’autres options, pourquoi pas. Je ne vois pas le problème d’ouvrir cet événements à d’autres. C’est quelque chose sur lequel nous allons travailler les prochaines années. » 

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Cet article a été publié sur le site d'Europe next door, un projet pour un tour d'Europe à la rencontre des jeunes européens dans 28 pays différents.