Pologne : la folle semaine des femmes et de l'IVG

Article publié le 8 octobre 2016
Article publié le 8 octobre 2016

Ces dernières semaines, les Polonaises ont manifesté comme jamais contre le projet du gouvernement d'interdiction quasi totale de l'avortement. Le hashtag « CzarnyProtest » (« Protestation noire ») s'est propagé dans toute l'Europe au cours de la semaine. Jusqu'à porter les femmes du pays en véritables héroïnes. Récapitulons.

Vendredi 23 septembre, le Sejm (la Chambre Basse du Parlement polonais, ndlr) vote un projet de loi qui vise à interdire le droit à l'avortement, projet qui avait été suggéré au printemps par un groupe d'ONG anti-avortement.

Le projet présente des amendements à la loi polonaise déjà très sévères contre l'avortement, en enlevant les trois exceptions pour lesquelles l'avortement était autorisé auparavant (le viol, la malformation du foetus et la mise en danger de la vie et de la santé de la mère) et incrimine à la fois les femmes qui subissent l'avortement ainsi que les médecins qui les aident dans cette démarche.

432 députés expriment leur vote sur le projet. 267 d'entre eux sont pour, dont 230 qui viennent du parti conservateur au pouvoir, Droit et Justice (PiS). 154 députés votent contre. Résultat : le projet est accepté et passe en relecture devant la Commision de Justice et des Droits de l'homme.

Lundi 3 octobre, environ 100 000 personnes dans plus de 60 villes polonaises, principalement des femmes, se mettent en grève et protestent contre la mise en vigueur de cette loi très dure.

Ce mercredi, vers 15h, la presse annonce que la séance de la commission aurait lieu à 17h le même jour (selon la loi parlementaire, toute réunion de cette sorte est supposée être annoncée trois jours à l'avance). Au moment où cette information est diffusée sur les réseaux sociaux, des femmes commencent à organiser une nouvelle manifestation devant le Sejm, tandis que certains membres d'ONG citoyennes décident de faire valoir leur droit de pénétrer dans le bâtiment et de participer à la séance de la commission.

Toutefois, à l'entrée du bâtiment, ils se voient refuser l'accès. Les autorités les laissent finalement entrer après que des députés de l'opposition font pression sur le président de la Commission, Andrzej Matusiewicz.

Le vote de la Commission est chaotique et chargé d'émotions. Les députés présents votent en faveur du rejet du projet restrictif sur l'avortement. Même les députés du PiS votent contre alors qu'ils supportaient le projet avec ferveur, même pas une semaine avant.

À la suite de la séance de commission, une séance parlementaire est mise en en place mercredi 5 octobre, à 23h. Le débat est très instructif, mais il se révèle aussi très peu concluant.

Le tout dernier vote sur la nouvelle loi sur l'avortement a lieu le jeudi 6 octobre, au matin. Désormais, 352 sont contre (186 de PiS), 58 sont pour, 18 s'abstiennent.

Lors de son discours public qui suit le vote, la première ministre Beata Szydło affirme que le gouvernement continuera à s'efforcer de protéger la vie à chacune de ses étapes, mais, désormais en :

1. Mettant en place un programme d'aide sociale pour les familles qui décident d'avoir des enfants handicapés/des enfants ayant des troubles (peu importe ce que cela signifie).

2. Garantissant une partie du budget de 2017 pour la mise en oeuvre de ce programme.

3. Organisant une campagne afin d'éveiller les consciences quant à la protection de la vie humaine durant toutes ses étapes.

Chapeau, les Polonaises.

Malheureusement, nous avons gagné une bataille mais pas la guerre. L'église catholique a depuis exigé du PiS qu'il change la loi, non pas pour pénaliser les femmes et les médecins, mais pour continuer à interdire l'avortement en cas de malformation du foetus.