Pologne : Décider c'est gagner !

Article publié le 27 janvier 2003
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Article publié le 27 janvier 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Apre négociatrice sur la Constitution européenne, la Pologne fait une entrée difficile dans l'UE. Le sommet de Naples ce week-end s'annonce difficile pour elle.

« Un géant économique un nain politique » : voilà un des clichés le plus fréquemment répétés au sujet de l'Union européenne. Comme l’image est négative, et qu’aucun politicien raisonnable n'opterait pour un retour en arrière –une désintégration- économique, l’approfondissement de l'intégration politique est inévitable. La Constitution préparée par la Convention européenne nous rapproche plus que le traité de Nice d’une union politique. Mais la dissidence de l'Espagne et de la Pologne contre le changement de la pondération des votes au Conseil signifie qu'un compromis sera nécessaire. Celui-ci n’apparaîtra pas durant le sommet de Naples ce week-end : les deux gouvernements considèrent les propositions italiennes à venir seulement comme une base pour de futures négociations. Mardi dernier, après des consultations à Madrid, le ministre des affaires étrangères polonais Wlodzimierz Cimoszewicz a indiqué que l'accord final ne serait conclu à Bruxelles qu’au plus tôt en décembre et même probablement encore plus tard.

Le fédéralisme à l’aide !

Les difficultés de « la prise de décision sur comment prendre des décisions » montre le besoin d’une meilleure intégration politique. Bien que cette fois nous soyons face à un problème intérieur plutôt que de relations extérieures, la situation est identique à celle du début d’année. L'Europe n'étant pas parvenue à élaborer une position commune sur l'Irak, les Etats-Unis ont pu agir unilatéralement, et comme il s’avère, imprudemment. L’absence de toute position européenne commune a nui non seulement à l'Allemagne et à la France, qui ne sont pas parvenues à bloquer l'invasion américaine, mais également aux pays qui se sont joints aux Etats-Unis. Le Royaume-Uni, la Pologne, l'Espagne et l'Italie ont aujourd'hui moins d’influence en Irak qu'ils n’en auraient eu s'ils avaient agit avec la même force mais au nom de l'Union.

La vision d'une Europe fédérale forte à l’intérieur et à l’extérieur n'ignore pas la réalité des conflits d'intérêt. Ceux-ci sont normaux. Aux Etats-Unis, la Floride productrice d’oranges a des intérêts différents de l'Illinois producteur d’acier. Si Bush décide de maintenir les tarifs sur l'acier et de lancer la guerre commerciale avec l'Europe, seul un de ces états sortira gagnant de la situation, aux dépens de l'autre.

Le même principe s’applique aux petits pays. Les intérêts des agriculteurs sont différents de ceux des consommateurs de produits agroalimentaires. Les mineurs réclament des politiques différentes des petites entreprises. Ces conflits ne peuvent en aucun cas être évités, et il n'est pas vrai – comme le prétend le gouvernement polonais- que le système de Nice les limite mieux que les propositions de la Convention.

« Nice ou la mort ? »

Pourtant, le slogan « Nice ou la mort » est devenu très populaire parmi les politiciens polonais, dans la majorité sociale-démocrate comme dans l’opposition libérale et conservatrice. Selon le gouvernement polonais le système de vote conçu à Nice devrait être maintenu intact, afin de donner à la Pologne de meilleure chance de former une minorité de blocage. Pour bloquer quoi ? Mystère.

D’où la lettre signée à la mi-Octobre par plus de 300 professeurs, étudiants, et entrepreneurs,

exprimant leur soutien à une Europe fédérale et leur mécontentement à l’égard de la position têtue de notre gouvernement. Et toute la réaction que cela a suscité, c’est une autre lettre ouverte précisant que la Convention avait travaillé d’une façon anti-démocratique, et réutilisant l’argument éculé selon lequel la Pologne avait adhéré à l’Europe de Nice, et qu’elle s’en tiendrait là.