Politiques en Europe : danse avec les stars 

Article publié le 31 août 2016
Article publié le 31 août 2016

[OPINION] Selon la phrase célèbre de l'ancien secrétaire d'État à la Justice britannique Michael Gove, les citoyens en ont « marre des experts », et les campagnes politiques à travers le monde sont dominées par des personnages dont la personnalité prévaut sur leurs idées politiques. Faisons-nous face à une crise de la démocratie ? 

Quand on suit les campagnes politiques récentes telles que le référendum pour le Brexit ou l’élection présidentielle américaine, une question se forme dans notre esprit : qu’est-il arrivé à la démocratie ?

En plus d’offrir un sombre aperçu de l’ordre mondial actuel, il semble que la pratique de la démocratie, habituellement acclamée, soit arrivée à un tournant. Au lieu de se concentrer sur les faits, la rhétorique et de véritables solutions, les campagnes ressemblent désormais à un concours de popularité basé sur qui a porté quoi, qui a serré la main de qui et, le plus important, qui a fait la déclaration la plus ridicule. Les électeurs s’engagent dans une chorégraphie périlleuse avec leurs stars politiques.

En dehors du fait que la notion de démocratie est minée par une émission de téléréalité politique, il semble également qu’il y ait une véritable transition du « besoin de démocratie » vers le « besoin d’une démocratie correcte ». En d’autres termes, les personnes d’inspiration libérale craignent que les électeurs votent pour les mauvais acteurs politiques. Faisons-nous face à une crise de la démocratie ?

D'après l’auteur belge David Van Reybrouk, les élections nuisent à la démocratie. Dans son article récent pour le quotidien britannique The Guardian, il affirme que « ces dix dernières années, on a observé à travers le monde une augmentation considérable des appels à un leader solide qui ne doit pas se préoccuper du parlement et des élections » – et que la confiance envers les gouvernements et les partis politiques a atteint « un niveau historiquement bas ».

Le besoin d’un leadership fort et de moins de démocratie explique pour beaucoup l’intérêt pour les défenseurs du Brexit comme Nigel Farage ou l’ascension de Donald Trump, mais des nuances apparaissent également en Europe du sud-est. L’année dernière, la Grèce a tenu un référendum à la lumière d’un nouvel accord financier avec la Troïka. La campagne « OXI » est devenue synonyme de déception générale envers la prétendue solidarité européenne, trouvant de l’empathie chez des groupes similaires dans d’autres pays européens. La confiance envers le gouvernement précédent – tout comme celui actuel – était épuisée, et toute la sphère politique avait réclamé une position plus ferme sur l’implication de Bruxelles.

La méfiance de l’UE croît aussi dans toute l’Europe, et particulièrement en Serbie. Dans une étude récente menée par l’Institute for European Affairs (Institut des affaires européennes – INEA) basé à Belgrade, il est apparu clairement qu’une grande partie du processus d’intégration de l’UE ne reflétait pas la cohésion : 51% des jeunes Serbes pensent que leur pays devrait arrêter l’intégration.

Ce changement d’idéologie politique rend la tâche difficile pour les Balkans. Lorsqu’on voit des pays perçus comme « prospères » tels que le Royaume Uni se ruer vers les restes de l’ancien ordre libéral, cela envoie un signal aux nouveaux États membres pleins d’espoir qui montre que, en réalité, l’UE ne fonctionne pas comme elle le devrait. Comment l’UE peut-elle toujours affirmer qu’elle est le nec plus ultra politique quand son processus démocratique s’est transformé en une sorte de Mon Incroyable Bruxelles ? Les élections ne peuvent pas être de simples élections, mais plutôt un véritable débat avec des arguments qui incluent les inquiétudes et les requêtes des électeurs de toute la sphère. Cela semble simple ? Ça l’est. En fait, c’est une téléréalité, la télé en moins.