Plus de femmes, moins de crise

Article publié le 21 novembre 2011
Article publié le 21 novembre 2011
Par Clémentine Délisse « La femme dans le domaine scientifique est un facteur d’innovation et d’efficacité. » Une idée défendue par les féministes ? Non, C’est un fait! Un fait scientifique, basé sur des preuves tangibles et des recherches approfondies sur les sexes.
Voilà peut être le moyen le plus efficace d’attirer l’attention sur le respect de l’égalité des genres par les institutions européennes: parler en terme de profit ! Bien joué ! « Innovation, efficacité, productivité », c’était là le fer de lance du « Sommet Européen des Genres » qui s’est déroulé à Bruxelles les 8 et 9 novembre.

La Commission se demande comment améliorer sa compétitivité ? Des chercheurs engagés lui répondent en mettant en avant l’égalité des sexes dans la recherche. Ils se sont efforcés de démontrer que l’égalité des sexes et la diversité sont des éléments clés pour assurer la qualité de la science.

Le problème reste entier

Certes, il y a des lois sur la parité, des quotas dans certains conseils d’administrations ou sur des listes électorales. Mais en réalité, ces directives peinent à être mises en application. Les mentalités changent très lentement. Ainsi, malgré que les femmes soient majoritairement plus instruites et diplômées que les hommes, et qu’elles constituent plus de la moitié des actifs, elles sont plus touchées par le chômage, les contrats à temps partiels et les bas salaires.

Hors, il est temps que l’Europe retire les fruits de ses investissements en augmentant la participation et le rôle des femmes dans la recherche et l’innovation. Le nombre de femmes présentent dans les niveaux d’études supérieures est un avantage. Savoir profiter de ce capital humain pour augmenter le talent, l’expertise et la créativité, c’est ça le futur de l’innovation. Comme le démontre par exemple le tableau annuel sur l’égalité entre les sexes

(publié récemment par le Forum Economique Mondial), réduire le fossé entre les genres est directement lié à l’augmentation de la compétitivité économique. Qu’on se le dise.

Malgré une nette amélioration ces dernières années, quelle que soit l’ampleur de la féminisation de la base, celle du sommet résiste. De plus, il y a cette tendance à se satisfaire du tiers de représentation alors qu’on parle de parité. Des efforts restent à faire.

Ce sommet était l’occasion de réunir des leaders dans la recherche et politiques scientifiques. Le but était de débattre et comprendre comment la question des genres peut avoir un impact dans la recherche et l’innovation au niveau européen.Plus de 400 intervenants (associations, groupes scientifiques, politiques) se sont exprimés lors de différentes sessions portant sur des thèmes interconnectés. La place de la femme dans le domaine des sciences et du leadership, le capital humain, l’avantage intellectuel, l’efficacité de groupes de travail mixtes, etc.

L’expérience norvégienne

Une délégation norvégienne était notamment présente pour partager son avancée dans la matière. C’est en effet au nord qu’il fait le plus « bon vivre » quand on est une femme.Pour Henriette Westhrin, ministre norvégienne de l’égalité et de l’inclusion sociale, la recherche sur les genres a été essentielle au développement d’une politique cohérente et ciblée sur l’égalité des sexes en Norvège.Tous les niveaux de la société sont régis par une législation supportant cette égalité des sexes. Le pays en a fait une tradition en utilisant des actions et des quotas pour atteindre cet équilibre. Il se classe actuellement dans le top trois des pays où la parité entre les sexes est la mieux respectée.

L’une de ces actions pour encourager la balance entre les genres a été de créer, en 2007, un prix pour l’égalité entre les sexes. Il récompense, à hauteur de 225 000 euros, la qualité des efforts dans ce domaine de groupes ou communautés. L’argent gagné doit de nouveau être investi dans des activités concernant l’égalité des sexes. Ainsi, de nombreuses universités sont mises en compétition et la parité dans leur corps professoral devient un challenge. L’effort se décline aussi dans les idées apportées pour encourager les filles à s’investir dans des études scientifiques ou informatiques. Le résultat de ce travail de longue haleine c’est que, en Norvège, les hommes semblent beaucoup plus en phase avec la diversité au travail que leurs

homologues européens.

Les femmes parlent aux femmes…

Il est à regretter cependant que lors de ce sommet, l’impression générale était que les femmes parlent aux femmes. A part les norvégiens peut-être, nul doute que les trop rares représentants du genre masculin présents devaient se sentir quelque peu déconcertés. Ce rassemblement inédit de femmes professeurEs ou directrices de recherches en nanotechnologies, physiciennes de renom et autres postes prestigieux faisait croire l’espace d’un instant à un retournement de situation. Mais ce n’est qu’un sommet. Si le contraste frappe, c’est que le sujet est sérieux.