Pleins feux sur la fin de la présidence française de l’Union européenne

Article publié le 10 janvier 2009
Publié par la communauté
Article publié le 10 janvier 2009
Le début de la présidence française de l’Union européenne avait donné lieu à une grande festivité populaire avec un feu d’artifices près d’une Tour Eiffel scintillant de bleu en juillet dernier.
Le rideau tombe sur la fin de cette présidence active avec une exposition nocturne dans la nef illuminée du Grand Palais, exposition kaléidoscope consacrée aux arts numériques – photographies, films, graphs, papiers peints vidéographiques…. Si la présidence a été très active sur le plan diplomatique, quelle trace culturelle le pays de l’ « exception culturelle » laisse-t-il ?

Dans la nuit, des images…

Au milieu des marchés de Noël attirant chalands et autres touristes, le Grand Palais, gratuitement, se pare d’images chaque soir, de 17 heures à 1 heure du matin, jusqu’au dernier jour de la Présidence française, le 31 décembre.

En hors d’œuvre, le visiteur déguste la commande passée à Charles Sandison, artiste étranger, d’une œuvre originale, intitulée Manifesto.

L’idée, faire défiler et redonner du mouvement au texte de la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne. La culture, œuvre politique ?

Puis, vient le cœur de l’exposition. Le visiteur se retrouve plongé sous la nef du Grand Palais avec des écrans ça et là, des images qui défilent, des œuvres qui déroutent tant par l’absence de parcours traditionnel (l’œil du spectateur parcourt l’espace de haut en bas, de gauche, à droite…) que par leur signification. Ainsi, avec l’œuvre du Japonais Ryoji Ikeda, Data.tron déroulent des chiffres à une vitesse impressionnante jusqu’à en donner le vertige, comme pour signifier les programmes numériques qui forment la base du travail technologique. Avec la création numérique, des personnages à l’écran interagissent même avec les mouvements des visiteurs.

 

Le XXIe siècle sera numérique ou ne sera pas

Autre format, les films, comme celui de Fabien Giraud. The Straight Edge met en scène une sorte de transe collective  sans musique, en hommage à une tribu californienne des années 70.

Alors que le XXIème siècle est numérique, cette exposition intrigue, fascine, passionne, mais parfois aussi dérange voire rebute des visiteurs qui ne se reconnaissent peut-être pas dans

cet univers artistiques pour initié et en tout cas peu commun

dans les expositions du Grand Palais.

Si les formats et les images peuvent interroger, les thèmes, au final, restent assez traditionnels : le corps et la machine, le temps, la société et ses peurs, la nature et la technologie…On retrouverait même un parallèle avec les cabinets de curiosités de l’Europe des siècles précédents ainsi qu’avec la vocation première du lieu : abriter l’Exposition Universelle de 1900.

Une présidence qui a tout fait pour laisser sa marque de fabrique

Parmi les grands chantiers de la Présidence française de l’Union Européenne, la PAC, l’immigration, le Développement Durable, l'Europe de la défense. Pari réussi et salué dans différents pays européens car l’Union a pu parler d’une seule voix. Fier d’être Président de l’UE en plus de la France, Nicolas Sarkozy n’entend d’ailleurs pas abandonner le leadership qu’il a acquis ni s’éclipser de la scène européenne de si peu.

Laurent Grasso, Eclipse

Quid de l’ « exception culturelle française » dans une Europe à 27 ?

Certes, dans une Europe fragilisée par des « non » successifs, la priorité de la France n’était pas là. Pour autant, le pays de l’exception culturelle ne pouvait faire l’impasse sur le sujet culturel, quitte à faire passer ce sujet au second plan en termes de communication.

Or, en fait, à y regarder de plus près, la culture a réellement eu son mot à dire en six mois de présidence. Et justement pas une culture seulement française, ce qui explique que l’événement de clôture fasse la part belle aux artistes non seulement européens mais également étrangers issus de Studio National des Arts Contemporains à Tourcoing. Et son directeur artistique, Alain Fleischer, de se réjouir, « grâce à l’attraction populaire du Grand Palais et à sa gratuité, ces œuvres vont pouvoir sortir du cercle fermé de l’art contemporain et toucher un large public ».

La France a ainsi mis à l’honneur le patrimoine et la culture de ses 26 partenaires : 27 livres, 27 spectacles, 27 concerts radiophoniques, 27 expositions, 27 graphistes pour l’Europe, 27 réalisateurs européens à Bordeaux, 27 panoramas culturels… Parmi toutes ces initiatives, on pourra citer par exemple tournée de la Comédie Française dans 10 pays, un projet cinématographique en tandem avec l’Italie intitulé « Roma/Paris – France/Italie »… Tout ceci contribue à faire de la France la pionnière de la célébration d’une culture européenne. Et Renaud Donnedieu de Vabres, ambassadeur chargé de la dimension culturelle de la Présidence française de l’UE de souligner avec force que le projet a visé «  à rassembler les Européens, non à les séparer du reste du monde »  tout en prenant bien soin de valoriser la diversité même de la culture européenne.

Si des visiteurs ont pu être dérouté par le projet innovant et visionnaire, restent toujours le symbole des étoiles qui, tel le drapeau européen, éclairent la nef du Grand Palais. Un symbole compréhensible par tous.

Anne-Laure Aucher