Playlist : l'Angleterre cherche son hymne national

Article publié le 18 janvier 2016
Article publié le 18 janvier 2016

Les Anglais se révoltent, et ils le font savoir en chanson. La Chambre des Communes se penche sur la possibilité d'organiser un débat populaire relatif au choix d'un hymne national anglais, chanté en même temps que l'hymne britannique : God Save the Queen. L'occasion pour cafébabel de faire quelques suggestions.

En se servant de la règle méconnue des 10 minutes, laquelle permet à des députés de proposer des motions à débattre au Parlement - le député de gauche Toby Perkins a proposé de créer un hymne national anglais, en plus du célèbre chant britannique « God Save the Queen ».

Pour le contingent athéiste ou républicain, le choix de l'hymne a toujours été source de problèmes. Ce n'est pas non plus sans controverse dans le nord, où un vers proclame haut et fort que nous devons « écraser les frondeurs écossais ». Pas étonnant d'entendre « Flower of Scotland » pour l'équipe d'Écosse lors de la plupart des événements sportifs internationaux. 

Pourtant, en dépit du fait qu'il contient certaines des pires rimes de l'histoire (Est-ce que « glorious » rime réellement avec « over us »?) l'hymne national britannique est encore joué avant les matches, également pour l'équipe nationale d'Angleterre.

L'argument de Toby Perkins appelant à traiter la question de façon publique s'adresse à l'esprit national, à la fois en Angleterre et ailleurs. « [Chanter God Save the Queen] non seulement nous ôte la possibilité, nous Anglais, de rendre hommage au pays qui est représenté, souligne t-il, mais cela provoque aussi un ressentiment auprès des autres îles britanniques, qui ont le sentiment que l'Angleterre s'est approprié l'hymne. »

Même si la controverse semble principalement concerner les événements sportifs, celle-ci intervient durant une période de considération politique dévouée à la piété anglaise, avec des politiques telles que « Des votes anglais pour des lois anglaises » qui sont débattues au Parlement. En tant qu'Anglais traditionnellement moins-que-patriotique, je suis désireux d'explorer une liste différente d'hymnes potentiels.

 Sur la terre verte et plaisante d'Angleterre

Historiquement, la chanson que l'on attribue le plus à un éventuel hymne anglais est « Jerusalem », dont les paroles sont tirées d'un poème datant du dix-neuvième siècle, écrit par William Blake. Aussi convenable et pleine d'inspiration que puisse être la chanson, toute cette histoire d'épées, de flèches et de lances ne semble pas véritablement être en adéquation avec le citoyen anglais moderne : « Apporte-moi mes chaussons et une bonne tasse de thé », semble convenir davantage.

Si vous cherchez quelque chose d'un peu plus moderne – et qui se rapproche de l'image puérile et traditionnelle de la terre verte où l'on se sent bien - ne cherchez pas plus loin que la chanson classique « The Village Green Preservation Society » du groupe The Kinks. En dépit du fait que Ray Davies semble ignorer que Donald Duck est Américain, la checklist poétique souffle à travers des décennies de culture anglaise dans un appel patriotique galvanisant (quoique convenablement mesuré). Même si Dieu ne pouvait pas sauver Sa Majesté, il sauverait certainement beaucoup d'autres choses.

Compte tenu du fait que la discussion parlementaire sera essentiellement focalisée sur les événements, il apparaît logique de verser dans le « beau jeu ». En ce qui concerne le monde du foot, j'opterais pour « Three Lions on a Shirt », comme l'ont chanté en 1998 David Baddiel et Frank Skinner, deux comédiens d'une cinquantaine d'années légèrement gauches. Cela effleure cette notion oh tellement anglaise de l'optimisme purement aveugle face à une défaite certaine. Chanter à pleins poumons les mots « thirty years of hurt, never stopped me dreaming » au début des matches de Coupe du monde ne servirait pas uniquement à s'excuser dignement (cela fait maintenant 50 ans que l'Angleterre a gagné sa dernière Coupe du monde, ndlr), cela serait également une grande preuve de modestie en comparaison à d'autres hymnes.

Le football n'est pas le seul domaine où la gloire ancienne de l'Angleterre est appelée à excuser ses échecs actuels. Je parle, bien entendu, du concours de l'Eurovision. Pourrait-il y avoir une manière plus catégorique de mettre un terme au débat sur l'hymne que la chanson « Making your Mind up » qui a apporté la victoire au groupe Bucks Fizz's en 1981?  Célèbre pour sa performance risquée, on y voit deux artistes féminines portant des robes, lesquelles sont volontairement raccourcies au milieu de la chanson. Oubliez le Haka. Comme ce serait fabuleux si, avant chaque début de match, l'équipe nationale anglaise de rugby paradait sur le terrain, les joueurs vêtus de robes pailletées, qui seraient ensuite déchirées d'un geste sensationnel par leurs coéquipiers ? Malheureusement, le fait que l'Angleterre participe au concours avec le reste du Royaume-Uni exclue probablement cette possibilité.

Cependant, mon choix de prédilection pour l'hymne national se porte sur les Monty Python, ces géants si adorés de l'humour anglais. Quelle meilleure chanson pour résumer toute la philosophie anglaise - d'un amour niaiseux à la détermination aveugle de l'esprit Blitz démodé - que cet appel immortel à l'optimisme : « Always Look on the Bright Side of Life » ? Il se pourrait que tu aies passé une sale journée, il se pourrait même que l'on t'ait crucifié, mais ça ne va pas t'empêcher de te mettre autour d'un piano et de jouer un bon vieux morceau. Joue-nous quelque chose, Brian...