Plaidoyer égoïste pour le maintien de Tegel

Article publié le 16 janvier 2012
Publié par la communauté
Article publié le 16 janvier 2012
Sébastien Vannier L’aéroport berlinois de Tegel va fermer. C’est nul. Mais mon petit plaidoyer subjectif et dénué de toute justification raisonnable pourra-t-il provoquer un revirement de situation ? Rien n’est moins sûr. Le 2 juin arrive. Tous les jours un peu plus vite. Pas que j’étais pas informé, mais c’est comme ça, je ne m’y fais pas.
Ce jour-là, cette nuit-là pour être précis, l’aéroport de Tegel va fermer ses portes coulissantes. Ça me fait particulièrement ch… et je vais vous dire pourquoi.

Tegel_1 Foto: Günter Wicker (Photur), Berliner Flughäfen, 2008

D’abord, parce que c’est la première chose que j’ai vu de Berlin lors de ma première visite. C’était une époque où j’étais jeune. Où la France était championne du monde de foot et où la gauche était au gouvernement en France et en Allemagne (ouais, ouais, j’en vois déjà qui calculent. Ça fait loin, c’est tout). Pas que je sois nostalgique, mais quand même, c’était ma première fois. A Berlin.

GD pour Grand Deux : Tegel, c’est mon aéroport. On oublie Tempelhof que je n’ai jamais vraiment connu qu’une fois hors service. Moi, ich bin ein Weddinger. Wedding (prononcer védïng), c’est le quartier pas boboisé du Nord de la ville. Donc, les avions, j’en vois passer une palanquée par jour. En me penchant un peu, je pourrais dire si le mec à la cravate du 23F a pris un gâteau sucré ou salé. Si la concordance des temps et du trafic est à son optimum, il me faut 18 minutes, record à battre, pour aller à l’aéroport. Quand tu es à la bourre pour partir (pfff, moi, jamais !), ou complètement crevé pour revenir, c’est quand même assez génial. Et non, mes murs et mes tympans ne sont pas fissurés par le bruit.

PT pour Point Three : Tegel est un aéroport à taille humaine. ça veut rien dire, mais je le dis quand même. Pas d’interminables couloirs (je vise personne, suivez mon regard) pour rejoindre le Hall 2D et le Hall 2F qu’est en théorie juste à côté. Pas des heures d’attente pour avoir des sueurs froides que ton bagage, il arrive pas. Q pour quatrièmement : en plus, c’est quand même l’aéroport français de Berlin, Tegel. Je suis pas nationaliste pour un sou, mais quand tu vas chercher des potes français et que tu passes en bus devant la « Rue Aristide Briand » ou le cinéma « L’Aiglon », ca facilite la transition quand même. Pas comme l’autre aéroport où la première affiche que tu vois, c’est « kriminelle Ausländer, raus ! ».

Tegel_2 Foto: Günter Wicker (Photur), Berliner Flughäfen, 2008

On y arrive à l’autre aéroport. Parce que c’est bien beau de faire une éloge complètement subjective sans avancer un seul argument raisonnablement potable, mais autant continuer en tapant gratuitement et toujours sans preuve qui tienne la route sur le dos des adversaires.

Schönefeld ? Une blague, vous dis-je. D’abord, Schönefeld, c’est le terminus d’un S-Bahn. Et ceux qui connaissent Berlin comprendront : le terminus d’un S-Bahn, c’est la fin du monde. Comme Erkner. Ou Heningsdorf. Des noms qui sonnent comme des légendes urbaines. Tout le monde connaît parce que c’est marqué sur les panneaux dans les gares, mais personne n’y ai jamais vraiment allé. Donc Schönefeld, c’est au bout du monde. Surtout quand tu viens de Wedding. Si tu as une concordance des temps et du trafic sub-optimal, c’est 1h45 de trajet. Et quand tu as fait cette expérience paranormale de mettre plus de temps pour faire Berlin-Berlin que Paris-Berlin, tu entres dans une profonde dépression spatio-temporelle. Puis, moi, je dis « quand le trafic marche bien ». Ca, c’est une question de définition. Parce que pour aller à Schönefeld, on sait qu’il va y avoir une embûche. Un petit Pendelverkehr de derrière les fagots. Un câble volé sur la voie. Bref, la vie normale du S-Bahn.

Vous rigolez, mais imaginez la situation : Visite venue de France. Avion d’une compagnie à bas prix dont je ne citerais pas le nom. Donc, horaires pourris. Disons, arrivée à 22H40 à Berlin. Retard compris (quoi, quel retard, mais non), 23h15. « Dis, tu viens me chercher ? ». Vous faites 3h de trajet, le S-Bahn est en panne et en grève, le U-Bahn, c’est arrêté, vous vous prenez un double-Ersatzverkehr en ippon dans les gencives et en plus, il pleut. Vous passez un week-end de merde car vous avez pas dormi, vous avez attrapé la crève à attendre le bus et vous rayez votre ami de votre liste Facebook. Et oui, c’est ça la réalité brutale de Schönefeld. Quoi, j’exagère ?

SXFLowCost_alternative.jpg Günter Wicker (Photur), Berliner Flughäfen, 2006

Et puis, vous y croyez vraiment que ce sera prêt le 3 juin, vous ? Moi non, mais de toutes façons, je suis de mauvaise foi, vous l’aurez compris. Parce que c’est Berlin, parce que c’est Schönefeld, ça va foirer, je vous le dis. La piste sera trop courte, les escalators trop raides, les sièges trop lounge et la tour de contrôle trop de travers, les portiques de sécurité pas assez larges. Bref, je le sens.

Et puis quoi ? Qu’est-ce qu’on fera d’un nouvel aéroport vide, nous ? Du cerf-volant en roller ? Du char à voile électrique ? Des élevages de rennes domestiques ? Un terrain de yogging (c’est du yoga-jogging) ?

Donc, les gars, déconnez pas, je suis sûr qu’on peut s’arranger. Jusqu’au 2 juin, on pourra bien trouver une solution. Allez, je vous offre 100 Miles Air Berlin et on oublie tout.