Piers Faccini et Vincent Ségal : sur le do de l'amitié

Article publié le 16 octobre 2014
Article publié le 16 octobre 2014

Cafébabel a rencontré Piers Faccini et Vincent Ségal au siège de Sony Music à Paris, ville où le chanteur anglo-italien et le violoncelliste français, alors jeunes, se sont croisés pour la première fois il y a 25 ans. Songs of Time Lost est un disque « un peu bâtard », résultat d’une histoire d’amitié sincère et déclaration d’amour universelle et intemporelle à la musique. 

Un disque, une amitié sincère et une vraie passion, celle pour la musique. Ainsi pourrait se résumer le partenariat qui a mené à la sortie de l'album Songs Of Time Lost, ou tout simplement la rencontre entre Piers Faccini et Vincent Ségal.

Qu’est-ce qui unit un chanteur anglo-italien ayant grandi en France et un violoncelliste globe-trotteur qui a collaboré avec de nombreux artistes différents ? « Nous sommes partis de ce qui nous attirait l’un vers l’autre amicalement », répond le grand bavard Vincent Ségal, qui rompt la glace en se remémorant cette soirée parisienne vieille de 25 ans lorsque les deux hommes, alors étudiants, faisaient connaissance à une fête. 

« Ce que nous avons fait est le fruit d’un parcours de 25 ans et vient d'un rapport très fort avec le passé », ajoute Piers Faccini. Il ne pouvait y avoir d’autre explication au titre évocateur d’un album qui met le temps perdu en musique. « Le titre d’un album doit avoir une signification multiple, quelque chose de poétique auquel on ne peut donner une seule interprétation », poursuit le chanteur anglo-italien. « L’amitié est quelque chose qui se construit dans le temps et ce disque est un assemblage de moments, de réflexions et de souvenirs liés au passé et au temps. »

La musique, ramification ancestrale

Amitié et complicité, mais aussi un véritable amour pour la musique au-delà des langues et de la barrière des genres. En effet dans Songs of  Time Lost, le timbre inimitable de Faccini et le violoncelle de Ségal naviguent entre la folk et les accords blues, tout en passant par la chanson napolitaine et la tradition créole du maloya. À ce propos, dans un de ces interludes philosophiques auquel le duo se laisse aller durant notre discussion, Piers cite son collègue et ami parlant de « ramification » et décrit les genres musicaux comme les branches d’un même arbre : « les musiciens et écrivains sont tous reliés par une sorte de ramification ancestrale ».

Et si l’album évoque différents lieux - d’un voyage dans le Missippi de John Hurt et Townes Van Zandt à la tradition populaire de Naples ou la cuture créole de la Réunion d’Alain Péters - c’est d’un endroit magique dans le sud du Massif Central que tout provient : les Cévennes.  C’est sur ce territoire, entre un cellier et une chapelle romane, au milieu d’un paysage merveilleux, que Piers Faccini et Vincent Ségal ont rigoureusement enregistré en acoustique toutes les pistes de l’album. « Pourquoi aller nécessairement dans un studio à Paris, Londres ou Rome lorsqu’on peut tout enregistrer dans un endroit où on est tranquille, où l’on peut ouvrir les fenêtres et faire entrer la lumière ou recevoir la visite de notre famille, le tout dans un cadre fantastique ? », interroge le natif de Luton.

Les Cévennes correspondent en effet au lieu idéal, ni trop silencieux, ni trop bruyant, où l’on peut trouver l’inspiration et se concentrer. « Lorsqu’on jouait dans les rues de Paris on cherchait un endroit relativement calme, où il n’y aurait pas trop de passage, mais tout de même une certaine animation. Un lieu trop calme ça met mal à l’aise, un  lieu trop fréquenté c’est trop bruyant, c’est gênant », renchérit Vincent.

«Il faut toujours accepter l’idée d’une rencontre entre musiciens »

À la fin, notre conversation tourne au bavardage amical, voire même à la leçon d’histoire de la musique lorsque sont évoqués les maîtres qui ont inspiré le parcours du chanteur anglo-italien ou lorsque Vincent, musicien touche-à-tout qui a collaboré avec des artistes du calibre de Sting, Elvis Costello, Keziah Jones et tant d’autres, partage avec passion ses anecdotes singulières. Alors que le violoncelliste baroudeur se rappelle avec enthousiasme d’une expérience personnelle à São Paulo au Brésil, la différence entre rencontre musicale et destin se fait ténue. « Je voulais visiter le musée, mais il était fermé, c’est ce que j’ai écrit sur Facebook et Marcel Pratto m’a invité à prendre le café chez lui. » Puis les deux hommes se sont mis à jouer et un disque est né. « Il faut toujours accepter l’idée de rencontrer des musiciens », tel est son précepte. Dans la bouche d’un artiste qui marche, au sens propre du mot, violoncelle sur le dos, la maxime prend tout son sens.

« Je suis un bâtard, il n'y a rien à faire » 

Une des particularités de Songs of Time Lost est ce mélange du blues et de folk avec un parcours musical original qui embrasse aussi la tradition populaire napolitaine. Iesce sole, Cicerenella ou encore Villanella di Cenerentola et Dicentello Vuje ne sont pas des choix innocents pour un artiste né de père napolitain, qui est revenu à ses origines et a épousé une Napolitaine. « Étant fils d’immigré, j’ai grandi avec la nostalgie de l’Italie », confesse Piers. « Cette nostalgie romantique qui parfois t’empêche de voir les mauvaises choses », poursuit-il dans un italien impeccable, où l’on décèle un léger accent napolitain. « Souvent je me sens comme un chien de races mêlées », ajoute-t-il, avant de trouver les bon mots : « Je suis un bâtard, il n’y rien à faire ».

Songs of Time Lost est d’ailleurs un disque « un peu bâtard », où chaque morceau est le résultat d’un long parcours de recherches, le fruit d’une amitié sincère ainsi qu’une déclaration d’amour universelle et intemporelle à la mère : la musique.

Écouter : Piers Faccini et Vincent Ségal - Songs of Time Lost (Sony Music -2014)

Voir : le 1er décembre au Café de la Danse à Paris