Pierre Schellekens : « Les innovations écologiques en Suède donnent de l’espoir »

Article publié le 24 juillet 2009
Article publié le 24 juillet 2009
Depuis le 1er juillet 2009 et pour six mois, la présidence du Conseil de l'Union européenne est assurée par la Suède. Elle prend le relai de la République tchèque avant de passer la main à l'Espagne. Pierre Schellekens, la voix officielle de l’UE à Stockholm, met en avant les points forts de son pays.

Avec ses deux mètres de haut, Pierre Schellekens, 37 ans, en impose. C’est dans le quartier boisé et calme d’Odengatan, à Stockholm, que l’ancien membre des Young Moderates, délégué européen en Suède depuis le mois de mars, a accepté de répondre à nos questions. A l’horizon : la présidence européenne de la Suède de juillet à décembre 2009.

La dernière présidence européenne de la Suède remonte à 2001, juste avant les attaques du 11 septembre à New-York. Comment la Suède et l’Europe ont-elles changé entretemps ?

Depuis 2001, la coopération européenne dans les domaines de la justice et des affaires étrangères s’est considérablement renforcée. S’il entre en vigueur, le traité de Lisbonne marquera une étape décisive vers la « communautarisation » dans ces domaines. Cependant, je ne pense pas que les attaques du 11/09, pourtant tragiques, aient marqué un grand tournant dans l’histoire de l’Europe. L’UE a avancé dans un nombre considérable de domaines : nous avons pris une orientation internationale sur la question du changement climatique, renforcé nos politiques communes sur l’étranger et la sécurité, approfondi davantage l’intégration économique et préparé le canevas d’une politique énergétique commune. Parmi ces changements, certains sont sans aucun doute indirectement liés à la lutte internationale contre le terrorisme, mais ils sont d’abord nés du savoir qu’une coopération européenne rapprochée bénéficierait à l’Europe aux niveaux politique et économique.

La Suède est souvent citée en bon exemple notamment sur les questions écologiques. La présidence suédoise va-t-elle donner des orientations claires à la politique européenne sur ce thème ?

La politique environnementale domine à présent l’agenda européen. Le paquet climat et énergie adopté en décembre 2008 a donné le ton à ce que la conférence de Copenhague devra accomplir en décembre prochain : se mettre d’accord sur une réduction des émissions de particules ; ce qui nous mettra sur la voie d'une économie à faible émission de CO2.

« Je ne pense pas que les attaques du 11/09 aient marqué un grand tournant dans l’histoire de l’Europe »

La Suède reprend à présent la présidence et, en collaboration avec la Commission, elle représentera la position de l’UE lors des négociations internationales sur le climat. Mais bien que la politique en la matière soit efficace à grande échelle et grâce à une législation commune, il existe des cas concrets où un seul Etat membre peut montrer l’exemple en appliquant des solutions pratiques. Comme le système suédois de chauffage des quartiers, les maisons passives ou l’isolation de l’habitat. Ces innovations donnent de l’espoir aux autres.

(8 July 2009 Crown copyright/ Downing Street/ Flickr)

La Suède est un petit pays. Pourquoi ses partenaires européens voudraient-ils le suivre ?

L’UE est une association d’Etats membres, ce n’est donc pas la règle du plus fort qui est appliquée. A maintes reprises, l’histoire de l’intégration européenne nous enseigne que lorsqu’un Etat membre, ou une institution, a une idée constructive, lorsqu' il est à même de construire des alliances autour de cette idée, et a une stratégie claire, cet Etat peut fixer l'agenda et prendre des initiatives de grande portée.

Des Etats membres plus petits se sont trouvés dans une meilleure position pour démontrer le potentiel des institutions européennes communes. Pour citer un exemple concret, la Suède a contribué à éveiller les consciences quant aux risques de santé liés aux substances chimiques dangereuses. Avec la collaboration d’autres pays européens, elle a joué un rôle important dans la demande d’une nouvelle législation qui a conduit au règlement Reach (Enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques). 

La Suède a beaucoup à offrir lors de sa présidence, mais que peut-elle gagner dans le processus d’intégration politique et économique européen ?

L’UE est une structure politique servant à résoudre des problèmes communs, avec une expérience impressionnante en la manière. Les priorités de la présidence suédoise (par exemple le changement climatique, la crise financière, la politique d’immigration, la question de la Baltique) ne peuvent être examinées en profondeur qu’au niveau européen. 

Ainsi, pour la Suède, comme pour d’autres Etats membres, il est impératif de progresser sur les questions qui sont au cœur des préoccupations de nos concitoyens. Sans une coopération européenne efficace, ce n’est pas possible. La présidence suédoise fait face à de nombreux défis, en premier lieu les questions institutionnelles. Le gouvernement suédois est bien préparé et il est prêt, au moyen d’une présidence fructueuse, à réaffirmer son soutien pour une UE plus forte.

Pierre Schellekens en un coup d’œil.

Il a grandi à Anvers (Belgique) et à Gothenburg (Suède)

Il a étudié les sciences sociales à l’Université de Gothenburg et a fait sa maîtrise au Collège d’Europe, à Bruges.

En 1996, il a rejoint la Commission européenne.

Sa formation environnementale : il a travaillé dans le domaine des affaires maritimes et en tant que chef de Cabinet adjoint du Commissaire Stavros Dimas (Commissaire européen pour l’environnement, 2004-2008), et Margot Wallstrom (vice-présidente de la Commission européenne), qui l’aurait encouragé à prendre son poste actuel à la présidence.

Il est marié, a deux enfants, et parle quatre langues.