Phil Hogan, le commissaire défenseur de la PAC qui n'aime pas l'écologie...

Article publié le 2 octobre 2014
Article publié le 2 octobre 2014

Le probable futur commissaire européen à l'agriculture a réussi son oral haut la main, jeudi 2 octobre. Il a convaincu les eurodéputés en promettant une simplification administrative de la politique agricole commune et la sauvegarde des normes sanitaires européennes. Mais s'est attiré les foudres des verts en admettant avoir besoin de conseil sur les insecticides.

Au moment même où Pierre Moscovici était interrogé par la Commission des affaires économiques et monétaires, un autre candidat affrontait les députés européens : l'Irlandais Phil Hogan, ancien ministre de l'environnement, nommé commissaire européen à l'agriculture par Jean-Claude Juncker.

Ce poste peut sembler technique et inintéressant, mais il est en fait très stratégique. Si Hogan est confirmé, il sera en effet en charge de la politique agricole commune (PAC). Ce programme représente environ 40% du budget de l'UE et concerne les 25 millions d'agriculteurs que comptent les États membres. « 5% de l'ensemble de l'emploi européen », a précisé l'Irlandais dans son discours introductif.

« Pour une PAC simple, efficace et flexible »

Son engagement principal, en conséquence, est de simplifier la PAC. « Lutter contre la lourdeur administrative est pour moi une priorité. Je vais lancer un examen complet [de cette politique] sous cet angle », a-t-il déclaré.

Il a aussi promis de sauvegarder les normes sanitaires européennes lors de la négociations des acocrds commerciaux internationaux, comme le célèbre TTIP. « On ne sacrifiera pas nos normes », a-t-il répété. Il est aussi monté dans l'estime des eurodéputés français, en assurant qu'il ne cèdera pas face aux États-Unis sur la question des noms de domaine en « .vin » - qui pourraient être autorisées par l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN).

Seul accroc lors de l'audition : une série de questions dérangeantes, posée par deux eurodéputés irlandais, et concernant des affaires en cours en Irlande. Phil Hogan a notamment aidé des électeurs de sa circonscription à postuler à la compagnie des eaux irlandaise lorsqu'il était ministre de l'environnement. Il est aussi accusé par une autre députée européenne irlandaise, Nessa Childers, d'avoir empêché le placement en logement social d'une famille de gens de voyage.

Et l'écologie, on en parle quand ?

Sur le fond, l'audition de Phil Hogan a tout de même révélé un (très) gros défaut : son manque d'intérêt total pour les questions écologiques. Il n'a annoncé aucune nouvelle mesure sur ce thème, et s'est contenté de faire l'éloge des précédents règlements et directives européens.

Questionné par les députés, il s'est dit « pragmatique », et a affirmé qu'il fallait promouvoir une agriculture durable, « parce que nous n'avons pas le choix. » Questionné sur l'agriculture biologique et la sylviculture, il y voit surtout une opportunité pour « la croissance et l'emploi. »

Enfin, lorsqu'une députée lui a demandé s'il compte interdire totalement les néonicotinoïdes – des insecticides polluants, dont l'Union européenne a fortement limité l'usage –, il admis ne pas avoir été briefé récemment sur le sujet. « Hogan admet ne rien connaître aux néonicotinoïdes et à la biodiversité ! », se sont exclamés les écologistes sur leur compte twitter.

L'audition a été suivi d'un vote informel, durant lequel les écologistes, la gauche anti-capitaliste et les eurosceptiques du groupe « Liberté et démocratie » se sont opposés à la nomination de Phil Hogan. Mais peine perdue : 31 députés ont voté en faveur de l'ex-ministre irlandais, et seulement 11 contre lui.