Petit pays, Grand Bruxelles

Article publié le 11 juillet 2008
Article publié le 11 juillet 2008
Article écrit par Maxim Vanden Borre Après le centre de Londres et le Luxembourg, Bruxelles est la troisième région la plus riche d'Europe. Pourtant la Région de Bruxelles-Capitale a un des taux de chômage les plus élevés de l'UE. Bruxelles, capitale belge et européenne, est un pôle d'attraction qui bénéficie à l'ensemble du pays.
La « marque internationale » Bruxelles vaudrait même une véritable fortune: 540 milliards de dollars. Chaque jour, 200 000 personnes viennent de l'extérieur de la ville pour y travailler. Mais ces navetteurs sont taxés selon l'endroit où ils habitent, leurs revenus viennent donc gonfler le PIB bruxellois sans profiter à la ville elle-même (ce qui explique la richesse de la périphérie bruxelloise).

Bruxelles est directement victime de la concurrence des régions limitrophes. Le très sérieux magazine économique Trends-Tendances titrait le mois dernier « Menace sur Bruxelles » en annonçant qu'en dix ans, un quart des entreprises avaient quitté la capitale. Une étude de l'Université libre de Bruxelles montre en effet que de très nombreuses entreprises partent s'installer en Wallonie, ou, pour la plupart, en Flandre. Ce sont les facilités pour l'implantation d'entreprises (en matière de fiscalité ou d'obligations légales) en périphérie qui poussent souvent à la décentralisation.

Toutefois cet exode ne serait pas si grave si nous n'étions pas en Belgique! Car toutes les grandes villes connaissent ce phénomène de métropolisation. Pour y répondre, la logique a toujours été l'élargissement des compétences et des frontières de la ville. Logique qui fait cruellement défaut à une ville surréaliste comme Bruxelles! Car la ville est figée dans son carcan communautaire. Elle n'est pas considérée comme une région à part entière, elle est limitée à un lieu de tensions entre les communautés.

Selon Mieke Vogels, présidente des écologistes flamands, ces frontières, tracées en d'autres temps, ne conviennent plus. « Il faut sortir des vieux modèles du XIXéme siècle. Bruxelles doit s'insérer dans le réseau des régions urbaines et des eurégions qui maillent l'Europe. Et devenir un véritable pôle de développement, comme la communauté urbaine de Lille qui s'étire jusqu'à Courtrai, en faisant fi des frontières d'Etat et de langues. » (Le Soir, 11 juin) .

Car beaucoup d'autres capitales ont déjà gérer avec succès de telles métropolisations. La patronne du « Government Office for London » reconnaît que, sans la création d'un Grand Londres, la ville n'aurait jamais obtenu l'organisation des Jeux Olympiques de 2012. En France, l'Assemblée nationale se penche sur 30 propositions qui visent la création d'un Grand Paris. Tandis que Bruxelles reste spectatrice impuissante de l'essor de sa voisine Lille, dont la communauté urbaine s'étend sur 85 communes.

La patronne des Verts flamands insiste: « Bruxelles est bien plus grande que ses actuelles dix-neuf communes. Et elle a besoin d'espace, ne fût-ce que pour préserver les 50% d'espaces verts qui recouvrent son territoire. » En effet, une étude de l'Université catholique de Louvain affirme qu'au minimum 31 communes font « économiquement et géographiquement partie de l'agglomération bruxelloise. ». Alors que les géographes de l'université flamande KUL l'estime même à 62 communes!

Le refinancement et l'agrandissement de Bruxelles sont indispensables. Le statut de la ville est aujourd'hui sur la table des négociations fédérales dans le cadre d'une probable réforme de l'Etat. Mais certains élus flamands semblent tout faire pour éviter que la « tâche d'huile francophone » ne s'étende autour de la ville. Car Bruxelles est bien située en Flandre, mais composée d'une très large majorité de francophones (le recensement linguistique étant interdit, le chiffre exact est inconnu). Les Flamands de la périphérie craignent donc que l'expansion de la ville aille de pair avec une « francisation » de leur territoire. Certains tentent déjà d'interdire l'usage du français dans les écoles, les plaines de jeux et sur les monuments commémoratifs. Le bourgmestre (maire) d'Overijse va même jusqu'à inciter sa population à dénoncer les commerces dont les enseignes ne sont pas exclusivement en néerlandais.

Pourtant, si l'on en croit Luc Willame, président de la Société régionale de développement bruxellois, les politiques flamands sont conscients de l'enjeu: « Ils ont compris l'intérêt d'avoir une grande agglomération bruxelloise porteuse. Ils mesurent les risques collatéraux à laisser la capitale s'étioler économiquement. » Par contre, du côté wallon, Luc Willame observe que « Des ténors politiques régionaux n'ont toujours rien compris et montent sur leurs ergots quand on ose leur dire que la capitale de la Wallonie, c'est Bruxelles... ». Les plus réticents ne sont donc pas toujours ceux que l'on croit.

Du Nord au Sud du pays, des voix s'élèvent pour réclamer une solution pour Bruxelles. Il faut cependant éviter que la ville ne se limite à une monnaie d'échange et que l'intérêt des Bruxellois se perde en route. Car n'oublions pas que, contrairement à ce que pensent la majorité des Flamands, ce sont en grande partie les Bruxellois qui paient pour les chômeurs wallons.

Maxim Vanden Borre