Pêcheurs, ne tirez pas sur le facteur

Article publié le 5 août 2008
Article publié le 5 août 2008
il est des préjugés tenaces qui tiennent à l'évidence des images : les pêcheurs manifestent, souffrent, il y a forcement un responsable: l'Europe. Passons rapidement sur un fait oublié: si le pétrole est cher (principale cause de leur difficultés), il le serait beaucoup plus sans un euro fort. C'est un fait, l'euro réduit ( et c'est là sa mission: la stabilité des prix) le cout du carburant.
Même s'il reste élevé, il l'aurait été bien davantage avec le franc ou la peseta.

Mais tout cela ne dis rien du principal élément du problème que nous perdons de vue: pourquoi les quotas existent-ils ? A quoi servent ils ?

il est étonnant qu'il faille rappeler un fait aussi trivial: les quotas de pêches sont nécessaires en raison de l'épuisement des ressources en poisson des zones de pêches européennes continentales.

il est tout à fait possible d'adopter une politique "libérale" et supprimer tout quota : en moins d'une génération, il ne resterait plus aucun pécheurs, car il ne resterait plus aucun poisson.

Les adeptes du complot auront vite fait de dénoncer les pêcheurs "industriels" en les opposant aux "petits pêcheurs". Peut être, quoique la réalité contredise ce rousseauisme récurrent .

Mais admettons.

Faut il alors renoncer à 10 000 emplois industriels pour en sauver 100 ?

L'employé d'un bateau-usine "vaut" il cent fois moins que celui du marin pécheur ?

Avant l'instauration d'une politique commune de pêche, les pêcheurs français ou espagnols , poussant de plus en plus loin sur les mers "territoriales" de l'autre pays, se retrouvaient souvent en conflit physique. En clair ils se cognaient dessus à coup de rames pour défendre "leur" zone. En l'absence de règles, le tribalisme agressif reprend vite ses droits, quelquesoit l'époque et le lieu.

C'est précisément là ce que cherche à éviter l'UE par des règles qui mettent un frein draconien au libéralisme lorsque c'est nécessaire. La politique de pêche est littéralement "anti-libérale".

Il n'y a pas de remèdes miracle. L'UE ne fait que gérer au mieux des ressources qui s'épuisent et tous se sentent frustré. L'UE fait le "sale boulot", en apportant les mauvaises nouvelles, mais elle ne les crée pas.

Pour filer la métaphore : tirer sur le facteur ne change rien à la mauvaise nouvelle.