Paysage de campagne.

Article publié le 10 avril 2008
Article publié le 10 avril 2008
La vie politique italienne à quelques jours des élections législatives Strasbourg, le 8 avril 2008 Par Guillaume Delmotte et Véronique Strobel Ambassade d'Italie. Sur la première page de son site Web on peut lire un appel aux italiens résidant en France à aller voter. Il en est de même sur celui du Consulat général d'Italie situé à Paris.
Cette initiative s'ajoute aux campagnes radiophoniques diffusées régulièrement et rejoint l’appel de Walter Veltroni à user du droit de vote et à ne pas s'abstenir : „Les personnes qui s'abstiennent ne pourront pas se lamenter ensuite si les choses avancent dans un certain sens“ : a déclaré le 1er avril le leader du Parti démocrate (PD).

(Crédit photo: Miss Strobel)

L'avenir de la péninsule va une nouvelle fois se jouer au cours d'élections législatives anticipées qui auront lieu les 13 et 14 avril prochains, à la suite de la chute du gouvernement Prodi le 25 janvier dernier (Voir notre précédent article : L’Italie à nouveau en crise) La campagne électorale a été émaillée de quelques faits marquants qui contribuent au climat « anti-politique » qui règne en Italie : l’affaire Alitalia, les interventions concomitantes de l’Eglise et du patronat, etc. Par ailleurs, les enjeux politiques de ces élections sont importants car c’est une recomposition des forces politiques que l’on observe aujourd’hui en Italie, qui accentue la bipolarisation de la vie politique.

L’affaire Alitalia : les aléas du « patriotisme économique » à l’italienne

Au cours de la campagne, un débat particulièrement vif s’est instauré: celui sur l'affaire Alitalia. La compagnie aérienne italienne en déficit avait reçu une offre de rachat de la part du groupe Air France-KLM. L’offre fut tout d'abord acceptée sous le gouvernement Prodi, à condition toutefois d'opérer quelques négociations entre le groupe et les syndicats italiens, mécontents des 2100 suppressions de poste annoncées si le rachat devait avoir lieu. Mais les péripéties ne se sont pas arrêtées là. Après la chute du gouvernement, il y a eu un ralentissement dans les négociations et les politiques se sont déchirés sur la question. Berlusconi a annoncé que s'il revenait au pouvoir, il n'accepterait pas l'offre d'Air France-KLM. Il aurait même une solution plus patriotique grâce à la compagnie italienne Air One et deviendrait alors le sauveur de l'entreprise italienne. Une référence qui ne semble pas plaire à l'opposition qui juge la proposition d'Air France-KLM la meilleure qui soit. C'était sans compter sur le revirement du groupe franco-hollandais. Le 2 avril dernier, Jean-Cyril Spinetta, PDG de celui-ci, a tout simplement retiré son offre, à la suite de discussions avec les syndicats italiens. L'alternative proposée par l'entreprise de la péninsule, Air One, ne convenait plus et aurait dû être négociée à long terme. Un temps dont ne dispose pas Alitalia qui a besoin d'une solution rapide. Walter Veltroni, le candidat du Parti Démocrate, a souhaité voir s'arrêter les interventions de la part des politiques dans cette affaire. Des actes qui, selon lui, n'auraient pas joué en faveur de l'entreprise italienne. Reste à voir ce que deviendra la compagnie de vol italienne et comment interférera cette affaire dans la politique du gouvernement qui verra le jour après les prochaines élections.

Un climat « anti- politique »

L’Eglise catholique, par la voix notamment du secrétaire général de la Conférence épiscopale italienne (CEI), Giuseppe Betori, est intervenue pour dénoncer la classe politique, coupable à ses yeux de se transformer en oligarchie incapable de proposer des visions politiques fortes. Malgré cette pauvreté de contenu politique, elle a affirmé apporter son soutien aux candidats représentant ses propres valeurs, « non négociables » selon elle (« L'Eglise et le patronat italiens dénoncent le système électoral et la classe politique », Le Monde, 23 mars 2008). Cette intervention directe de l’Eglise dans le débat politique fait écho, sur le plan de la critique de la classe politique, à celles de représentants du patronat italien (La Cofindustria) mais aussi de la presse italienne, qui déplorent en chœur l'absence de choix réel de la part des citoyens et la transformation des partis politiques en simples machines électorales. D’une certaine manière, le modèle berlusconien d’entreprise politique (lorsque le « Cavaliere » lança Forza Italia dans les années 1990, comme on lance une nouvelle marque de savonnettes) a été largement repris. Cette avalanche de critiques a même obligé le Président de la République, Giorgio Napolitano, à intervenir (Le Monde, 23 mars 2008), dans la mesure où celles-ci présentaient le risque d'accroître la désaffection, voire la défiance de l’électorat italien vis-à-vis de la classe politique.

Vers un nouveau paysage politique

Au-delà du résultat lui-même, il y a des changements en cours au sein de la vie politique italienne, qui ne peuvent pas être masqués par les mouvements d'opinion « anti- politiques » que l'on observe. La stratégie des « grands » partis est bel et bien d'aboutir à une stabilisation du paysage politique en faisant émerger un duopole : au centre-gauche, le Parti démocrate, né de la fusion des Démocrates de gauche et des centristes de La Marguerite, et au centre-droit, Le Peuple de la liberté, tentative d'unification des droites italiennes (essentiellement Forza Italia et l’Alliance nationale de Gianfranco Fini, ainsi que quelques autres petites formations, tel le vieux Parti républicain italien), sous la bannière de S. Berlusconi. Ces entreprises laissent notamment sur leurs marges La Gauche Arc-en-ciel, née du refus d'une partie de la gauche (néo-communistes, écologistes, démocrates de gauche hostiles à la fusion avec les centristes) de se fondre dans un parti du centre, indéterminé sur le plan idéologique et qui abolirait toute référence à la gauche historique. Ce divorce à l'italienne marque une rupture par rapport aux élections précédentes, dans la mesure où la coalition qui avait porté Romano Prodi au pouvoir, « L'Unione », rassemblait tous les partis de la gauche, de Refondation communiste à La Marguerite. Quelle sera l'issue de ses restructurations ? Le duopole va-t-il l'emporter ? Une grande coalition entre le Parti démocrate et le Peuple de la liberté – spectre qu’agite la Gauche Arc-en-ciel – devra-t-elle se former compte tenu du mode de scrutin qui, rappelons-le, n'a pas été modifié par rapport à 2006 ? Le divorce entre les deux gauches est-il consommé ? Réponses, au moins partielles, dans quelques jours...