Pavillon Arts et Design à Paris : le design est-il un art ?

Article publié le 19 avril 2010
Article publié le 19 avril 2010

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

« Quelles sont les nouvelles tendances du design contemporain ? » Le 14ème Pavillon des Arts et du Design qui se tenait à Paris du 24 au 28 mars, devait y répondre. Après une virée dans ce marché international des arts du design, la question qui nous taraude devient « qu'est-ce-que le design et a-t-il de l'avenir ? »

« Form fellows function » , la célèbre formule nous éclaire sur le design de la fin du XIXème et de la première moitié du XXème siècle.

Le Pavillon des Arts et du DesignLes définitions sur le design sont claires: tout ce qui a une apparence a aussi un design. Ce terme est né à la fin du XIXè. La révolution industrielle et la consommation de masse ont entraîné l'invention d'un compromis entre les ateliers artistiques et les usines. L'idée du Bauhaus, l'une des premières écoles de design, encore très influente aujourd'hui, était la création d'objets fonctionnels, bon marché et esthétiques, afin que les classes sociales les plus défavorisées aient également accès au beau et au luxe le plus récent. Avec une réserve à tout cela : l'esthétique est déterminée par la fonctionnalité est non le contraire (de sorte qu'un fauteuil serve avant tout à s'asseoir et que les tentatives de le déplacer ne soient pas un sport quotidien). Ce principe différencie le design de l'art. La foire parisienne a montré à quel point cette frontière peut être ténue.

Fonctionnel... pour 14.500€

Sur les stands des années 80, qui rassemblent la crème des marchands d'art et de design, on peut aussi bien trouver des bijoux et des tableaux anciens que des essais de tous formats montrant les possibilités de Photoshop ou bien encore une lampe en forme de cerveau. Au cours des 5 jours, les organisateurs attendaient environ 45 000 visiteurs. Entre les stands d'art africain, de peinture contemporaine et d'art décoratif du XXème siècle, quelques stands de design.

 L'un des premiers : celui de la galerie londonienne Carpenters Workshop Gallery. Un buffet gris foncé attire le regard (le buffet Nouvelle Zélande) car il se détache de l'esthétique dominante du stand, plutôt claire. Une construction simple et brute, voire très brute. Le meuble donne même l'impression de ne pas être terminé. D'un côté, des plaques en acier, oblongues et compactes; de l'autre, les mêmes plaques qui se tordent dans tous les sens. Comme si Vicent Dubourg, l'auteur du projet, voulait montrer un stade de la création du meuble. Outre le buffet, un autre de ses projets, toujours dans la même esthétique de déconstruction : des étagères en métal qui semblent avoir subi une petite explosion au milieu de la construction. Sur un petit écriteau, un grand prix : 14 500 euros (plus la TVA)... Objet de design ou œuvre d'art ? « C'est du design, car chacun de ces objets est fonctionnel », répond Loïc Le Gaillard, responsable du stand parisien. Et si le meuble n'est qu'à moitié fonctionnel, comme le buffet Nouvelle Zélande ? « Notre galerie cherche à lier les meubles à la sculpture. Je n'essaierais pas de définir une frontière nette ».

À quelques pas, une explosion de couleurs attire mon attention. Dans l'offre de la galerie française Perimeter, des fauteuils... en gomme colorée. Des spirales de gomme reliées entre elles par du feutre et pressées les unes contre les autres constituent le siège et le dossier. Est-ce que c'est stable ? Difficile à dire, devant chaque pièce, un écriteau nous met en garde : « Ne pas toucher, SVP ». « Les créateurs de ces fauteuils sont des designers brésiliens qui voulaient que leur projet respire la joie de vivre, caractéristique de leur patrie », explique Nicolas Chwat, le directeur de la galerie. Existe-t-il une esthétique représentative des projets européens ? « Il n'y a pas de design européen. Les modèles se distinguent plutôt par pays », répond-t-il, interrompant de temps à autre son discours d'un implorant « please, don't touch » lancé à l'attention des visiteurs. Ce stand serait-il déjà un musée ?

« Le design, c'est l'art de la vie »

« Ne vous prenez pas la tête avec de telles questions, c'est vraiment simple. Le design, c'est l'art de la vie », tente de convaincre Matthieu de Prémont, directeur de la galerie Spectra qui présente au Pavillon des Arts et du Design (PAD) une collection de meubles en verre acrylique. Le meuble le plus en vue du stand? Blue Planet, une étagère qui pend, en forme d'hémisphère. Visuellement, l'étagère n'occupe pas beaucoup de place (elle est transparente !), mais elle fournit quand même de nombreux casiers. Fonctionnelle et esthétique. Un bémol : sa production est limitée à 8 exemplaires, chacun valant 14 000 euros. Des biens de consommation aux biens de luxe, est-ce ainsi que va évoluer le design du XXIème siècle ?

« Le design du XXIème siècle ? Ça n'existe pas. Excepté peut-être Ikéa. Voilà un design contemporain, fonctionnel, bon marché et esthétique ». Marc-Antoine Patissier lève ainsi le doute. Il est directeur de HP Le Studio et présente au PAD le travail de créateurs italiens inspirés par l'art japonais. « Dans le véritable design, il s'agit de renoncer au superflu pour atteindre la nature de l'objet. Les meubles exposés ici sont des avant-projets, ils semblent tous crier "Regardez-moi !". Et pourtant, on ne pourrait pas vivre dans un appartement où chaque objet attirerait l'attention ».

 Design artistique et statique

Huit exemplaires, 14.000 pièce...Mais les transactions qui ont lieu sur les salons et les foires de design ne se font pas en fonction de la rareté des objets. Ni les modèles criards ni les prix exorbitants ne freinent les acheteurs. « Je n'ai rien contre les objets qui ne servent à rien, dit Patricia, rencontrée sur l'un des stands. Je pense que dans les salons, nous avons affaire au design artistique et cette union me plaît », ajoute-t-elle.

Le design des années 50, toujours d'actualitéD'où vient cet intérêt pour le « design artistique » ? « Autrefois, les sculptures ornaient les appartements. Aujourd'hui, on n'en achète plus, ce sont des objets pour les institutions : les musées, les entreprises. À la place, les gens veulent maintenant avoir des meubles originaux », explique Andrew Ducanson de Modernity, une galerie de design scandinave. Dans un petit box, de grands noms : Gio Ponti, Gerrit Rietveld, Verner Panton... Des formes épurées, des alliages simples de matériaux, des fauteuils qui servent à s'asseoir... Toutes les années 1930, 1950 et 1960. Assurément, depuis un bon nombre d'années, ce design-là tourne en rond.

 Photos: © PAD