Paula Beer : la nouvelle Romy Schneider du ciné allemand

Article publié le 3 octobre 2016
Article publié le 3 octobre 2016

À 21 ans, l'actrice allemande Paula Beer tourne déja avec l'un des réalisateurs européens les plus en vue de l'histoire du cinéma contemporain. Son rôle dans Frantz de François Ozon lui a d'ailleurs permis de décrocher le prix Marcello Mastroianni du Meilleur Espoir à Venise. Portrait.

Le 10 septembre dernier, Paula Beer fait son apparition depuis une limousine noire, et, sûre d'elle, chemine tranquillement vers le tapis rouge du 73ème Festival International du Film de Venise. Une jambe élégamment placée devant l'autre, elle arbore un sourire naturel qui rappelle un peu celui de Laëtitia Casta dans ses jeunes années, tandis qu'une horde de photographes internationaux l'alpague : « Paula, one more time ! ». Juste derrière elle vient, en bonne compagnie, son partenaire à l'écran, l'acteur français Pierre Niney. Quelques heures plus tard, Paula Beer est appelée sur la scène. Visiblement très émue, elle remercie le jury, les collègues, mais surtout sa « Maman ». La jeune allemande de 21 ans vient de remporter le prix 2016 du Meilleur Espoir, pour le rôle d'Anna, dans le film Frantz, réalisé par François Ozon.

Cela n'est pas la première fois que Paula Beer est récompensée au cinéma. En Allemagne, elle est déja une star depuis longtemps, et a déja remporté le prix du Film Bavarois. Mais nous découvrons maintenant un talent qui franchit les frontières du pays. À Venise, cette année, elle partage la scène avec Emma Stone (à l'affiche dans La La Land, ndlr), également récompensée. Avant elle, le fameux prix avait été décerné à des actrices hollywoodiennes telles que Jennifer Lawrence ou Mila Kunis.

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« Les plus beaux cernes depuis Romy Schneider »

Après l'Italie, c'est la France qui chante les louanges de la jeune femme, originaire de Mayence, à l'occasion du lancement du film Frantz au début du mois. La presse française n'a pas mâché ses mots, et n'a pas hésité à comparer la jeune femme à Romy Schneider, dans ses jeunes années. « Les plus beaux cernes depuis Romy », tweete même un fan, en référence à « la beauté fatiguée » de l'ancienne star allemande. Le parallèle est loin d'effrayer Paula Beer, qui maîtrise maintenant parfaitement le français, et qui a passé plusieurs mois en France après le tournage : « Romy Schneider est une formidable actrice - je trouve extrêmement flatteur le fait qu'on me compare à elle, c'est un vrai compliment ».

Le film de François Ozon (SitcomHuit Femmes, Potiche, Jeune et jolie...), co-production franco-allemande, est sorti le 7 septembre dernier dans les salles françaises. Il met en scène - en noir et blanc - Anna (jouée par Paula Beer, ndlr), une jeune allemande vivant dans un petit village après la Première Guerre mondiale. Chaque jour, Anna visite la tombe de Frantz, son fiancé tombé à la guerre, jusqu'au jour où le jeune Français Adrien (Pierre Niney) bouleverse pêle-mêle le monde de Anna, la vie du village de Quedlinburg, jusqu'à l'esthétique noir et blanc de la réalisation, par ses incursions colorées bien soignées. 

Mais un jour, sans prévenir, Adrien disparait. « Ce n'est pas votre fils qui me hante, mais Frantz », dit Anna à la mère d'Adrien, à qui elle rend visite à Paris après sa disparition, résumant en une phrase l'ensemble des péripéties du film. 

Bande-annonce de Frantz.

Pour le casting de Frantz, Paula Beer ne s'est pas trop tracassée. Même si en Allemagne, on laisse habituellement une ou deux semaines de préparation, elle n'a pris pour Ozon, qu'une journée. « Je me suis concentrée sur l'apprentissage du texte », explique-t-elle. Mais jouer dans une autre langue que la sienne s'est révélé tout à fait différent, et inédit pour la jeune actrice. « On est moins libre, les émotions ne se transmettent pas aussi facilement avec une langue étrangère. Au début, c'était bizarre, mais au final, ça m'a aussi donné une très grande liberté, qui peut paraître paradoxale. Car parler dans une langue étrangère, cela présente aussi l'avantage de tout découvrir pour la première fois, et de ne pas réfléchir aux mots, ou par exemple à l'accent de la langue utilisée en 1919. »

Des drames et une dispute

Beer a convaincu le Jury du prix Marcello Mastroianni avec son jeu subtil, élégant, et tout en retenue, qui n'a rien enlevé à la force du rôle d'Anna. Dans le passé, Paula Beer a joué une orpheline (Poll, 2010), une princesse (Ludwig II., 2012), Luzi, la fille d'une veuve autrichienne (Das finstre Tal, 2014), et et une jeune fille mentalement perturbée (4 Könige, 2015). Elle se laisse inspirer pour son travail par des modèles sombres, souvent nordiques : « Tilda Swinton m'impressionne beaucoup par son art. Mais d'autres aussi, comme Björk, Mads Mikkelsen, Nick Cave, Jim Jarmusch. Ce sont quelques uns des gens que je trouve formidables ».

Fille d'un couple d'artistes, elle touche très tôt à la comédie, grâce aux cours de théâtre de son école Montessori. « Je suis montée sur une scène pour la première fois à 8 ans. J'étais toute excitée, j'avais peur d'avoir le trac sur scène. Et puis quand je me suis retrouvée face au public, je ne voulais plus redescendre », se rappelle-t-elle. À l'âge de 14 ans, elle est approchée par un agent à l'école, qui lui propose de participer à un casting, pour le drame historique de Chris Kraus, Poll, en 2010. C'est le début du succès. Paula Beer a déja tourné dans le nouveau film Werk ohne Autor, du réalisateur oscarisé Florian Henkel von Donnersmarck (La vie des autres), qui sortira en 2017. Dans ce thriller psychologique tiré de l'histoire contemporaine allemande, Beer joue Ellie, l'amour de jeunesse du jeune artiste Kurt Barnert, qui a fui l'Allemagne de l'Est pour l'Ouest, et tente de se reconstruire un passé. Paula avait tourné à l'origine dans le drame historique Diplomatie (2014, avec Niels Arelstrup et André Dussollier, ndlr), mais ses scènes ont été coupées au montage par le réalisateur Volker Schlöndorff, qui, aujourd'hui, doit s'en mordre les doigts. Car Paula Beer s'est lancée depuis longtemps, doucement mais sûrement, à la conquête des grands écrans d'Europe.