Passage en Cisjordanie - Franck Saurel (ùmido)

Article publié le 16 août 2007
Publié par la communauté
Article publié le 16 août 2007
Très chers amis, Première journée en Palestine...pardon en Cisjordanie. Je dois faire attention aux "termes" utilisés dans cet écrit. Ce voyage est surprenant dans ses rencontres, parfois décourageant dans les injustices commises...

et une situation qui s'envenime, mais l'espoir joue encore des siennes, "des irréductibles résistent encore et toujours" et dans les deux camps défendant le droit international et les droits de l'homme. Ils ne sont pas grand-chose dans cette machine bien huilée qui est une guerre de la peur et de la manipulation, mais ils sont de plus en plus nombreux. "Ils" m'ont menti sur les bons et les méchants, sur les cow-boys et les indiens, l'axe du mal, l'islam et la société judéo-chrétienne. Je suis en colère de ne pas avoir ouvert les yeux sur ces mensonges et les conséquences dans cette partie du monde sont une tragédie. La peur m'aveugle et l'ignorance m'emprisonne dans une cage dorée...bref, c'est dur.

Une jeune femme israélienne m'assurait que la Palestine (essayez de la trouver sur une carte du monde), était libre...La peur et l'ignorance. Je suis parti de Jérusalem aujourd'hui en direction de Bethléem pour me rendre ensuite vers Jénine qui se trouve au nord de la Cisjordanie. Nous sommes plusieurs à traverser une frontière qui n'aurait jamais dû exister, pour aller dans un pays qui n'existe pas sur les cartes et un mur qui ne devrait pas être là où il est. En France c'est incompréhensible, ici c'est une réalité. Jénine se trouve à 100 kilomètres de Bethléem, nous avons mis 5 heures pour arriver à destination...Nous aurions pu arriver plus tôt, mais il faut emprunter la route des colons israéliens interdite à la plupart des Palestiniens. Ces routes sont droites, bien entretenues, barbelées et électrifiées. Des murs hauts de 10-15 mètres entourent les colonies qui s'étalent, pour les plus grandes, sur une dizaine de kilomètres...La terre est une question essentielle. Des camps armés israéliens sont accolés aux colonies afin de protéger les colons qui sont pourtant armés. Sur les routes "palestiniennes", l'armée israelienne installe des "check points" afin de contrôler la circulation, avec un passage pour les Israéliens et un passage pour les Palestiniens...Comment? les plaques d'immatriculation vertes (cisjordaniennes) d'un côté, les jaunes (israéliennes) de l'autre. Tout ceci est ILLEGAL SUR LE PLAN DU DROIT INTERNATIONAL, et l'argument qui vient justifier cette occupation c'est....LA SECURITE D'Israël. L'ONU sait tout ce qu'il se passe. Le chauffeur de taxi nous raconte des anecdotes, nous passons sur un rond-point et il nous montre un olivier âgé de 200 ans. Un arbre fantastique dans ses formes, ses couleurs et ses symboles. Il nous explique qu'un mur sera construit ici afin de séparer la colonie du reste du monde. La route n'éxistera plus, il faudra faire un détour encore plus long pour circuler dans le pays. L'olivier ne sera pas détruit, il sera déplacé...dans le futur espace israélien "sécurisé".

Je sais, mon discours se politise mais c'est dur d'assister à ça, alors que je n'ai même pas rencontré un Palestinien. Comment vont-ils me voir? Ces conditions sont tellements étouffantes que je m'interroge sur mon engagement et leur perception de l'Occident....La peur et l'ignorance. Demain, je commencerai mes cours de capoeira , je rencontrerai le directeur du théâtre de Jénine et de jeunes adolescents et enfants avec qui je vais vivre quelque temps....mais peut-être pas, je verrai bien. N'AYEZ PAS PEUR, LA CURIOSITE N'EST PAS UN VILAIN DEFAUT.

Je vous embrasse.

Franck Saurel (ùmido)