Pas encore de résolution européenne à la crise des réfugiés 

Article publié le 20 février 2016
Article publié le 20 février 2016

Lors de Sommet européen du 18 et 19 février 2016 entre les différents chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne à Bruxelles, il n’était pas seulement question du Brexit. La crise des réfugiés constituait également un thème prépondérant.

La salle est encore vide. La prochaine conférence de presse se fait attendre. Si l’on en croit l’odeur, les chefs de gouvernement sont encore à table.

Merkel l’avait annoncé, elle abordait le débat avec la nette intention d’aboutir à un accord entre les 28 États membres. Cela risque encore de durer. 

Mes yeux fatigués divaguent vers le mur sur lequel sont projetés les termes de « Conseil européen », traduits dans les 28 langues de l’Union. L’Europe « unie dans la diversité », idée quelque peu dévoyée aujourd’hui. La presse est remplie d'articles sur le débat en cours d’un potentiel Brexit pendant que des foules entières se pressent aux frontières de l’Europe et remplissent les camps de réfugiés. 

La crise des réfugiés reléguée en arrière-plan ? 

Le « focus » du sommet était cette fois-ci très clair : Brexit, Brexit...et une gorgée de crise migratoire au programme.

Un journaliste demande comment cette crise va être abordée. Le président du Parlement formule une réponse très claire : « Si tous les États membres de l’Union européenne participaient volontairement ou juridiquement contraints, au partage des réfugiés, il n’y aurait pas de crise ». Martin Schulz déclare également qu’il s’agit bien d’une « crise » des réfugiés car « un grand nombre de pays agit comme s’ils n’étaient pas concernés par la gestion de cette arrivée en masse de personnes réfugiées fuyant la terreur, la guerre civile ou la persécution ».

Selon le président, il est véritablement cynique que des pays ayant contribué à cette « crise » par leur comportement, reprochent à l’Europe ses défaillances en terme de gestion de crise. 

Pour lui, « si tous s’y mettaient, la répartition sur la base de critères précis serait un succès. Si encore nous enregistrions correctement les personnes dans les différents "hotspots". Si nous nous concentrions sur les migrants venant de Syrie, d’Irak et de territoires où règne une situation violente et brutale, nous pourrions appréhender cette crise à tous les points de vue ». Ses mots font écho au célèbre « Wir schaffen das » (Nous y arriverons) de Merkel.

Peut-être est-il simplement nécessaire d’avoir foi en notre capacité à trouver une solution commune et consensuelle. Schulz l’affirme ensuite : « L’UE a la force que ses États membres veulent bien lui accorder ! ». Lorsque les États ne sont pas prêts à assumer leurs responsabilités, l’Union en souffre. 

Laissez parler les chiffres

Alors que, par sa prise de position, le président insiste surtout sur les personnes et leurs souffrances, d’autres préfèrent se concentrer sur les chiffres. Selon le chancelier fédéral Werner Faymann, il est impensable, imprévisible et non conforme à la Convention de Dublin, que l’Autriche accueille les demandeurs d’asile de toute l’Europe.

Mais est-il encore pertinent de se référer au « système de Dublin », n’est-t-il pas déjà tombé en désuétude depuis plusieurs mois ? 

Faymann fait référence à des sommes, des chiffres, censés représentés des personnes accueillies en Autriche dans le cadre de la crise des réfugiés. Mais il est pourtant difficile de déceler dans ses propos les être humains qui se cachent derrière ces nombres. Finalement, il ajoute toutefois que les arrivées ne pouvant être enrayées par la fermeture des frontières doivent être gérées par le biais d’une répartition européenne, et que c’est une priorité absolue. 

Les conclusions d’une longue nuit 

Angela Merkel a présenté tard dans la nuit les résultats sur lesquels les 28 pourraient s’accorder. Le but principal est désormais l’endiguement de l'afflux migratoire et la réduction de l’immigration illégale. Ces objectifs devraient être atteints grâce au Plan d’Action commun EU-Turquie. Mais en raison des récentes attaques terroristes en Turquie, il faudra attendre un nouveau sommet européen en mars prochain.

L’urgence se fait pourtant sentir à de nombreux points de vue : un aspect est déjà certain, l’Autriche va réduire son contingent d’accueil de manière drastique et d’autres pays ferment complètement leurs frontières. Quant à l'urgence de la crise, Merkel déclare qu’en raison de l’arrivée du printemps, « le nombre de réfugiés risque encore d’augmenter ». Mais si l’Union doit rester solidaire jusqu’au bout, Merkel aussi veut assurer son futur et doit maintenant prendre une décision. 

L’intervention de l’OTAN pour sécuriser les frontières extérieures peut constituer un changement significatif. De plus, la collaboration entre les services de surveillance côtière turcs et Frontex doit être accrue. Dans un second temps, la potentielle inclusion légale de la Turquie au sein des Etats membres de l’UE sur la base du volontarisme « sera prise en considération ». Les questions de transport ne sont pas évoquées, il s’agit seulement de préserver Schengen. Selon Merkel, les premiers résultats sont attendus pour le mois de mars et seront à nouveau évalués à ce moment-là. Elle promet : « Pour cela, nous avons besoin de temps, et nous le prendrons ».

Le temps apparaît comme un facteur déterminant et la lassitude est à prévoir. Les débats seront longs jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé. C’est pourtant une nécessité : il faut trouver un accord commun. Mais les prochains jours, ce sont les débats sur un potentiels Brexit qui restent en suspens.