Pas de vacances pour Jean-Claude Juncker

Article publié le 4 août 2014
Article publié le 4 août 2014

Intronisé par les députés européens le 16 juillet 2014, Jean-Claude Juncker savait que ces vacances seraient écourtées pour mettre en place la future Commission européenne. Mais savait-il que les chefs d’Etats et de gouvernements lui savonneraient encore un peu plus la planche ? 

Président de la Commission et président du Parlement européen, check ! Mais les autres ? La valse des postes européens continue et devrait durer jusqu’à l’automne, mais celle-ci a du plomb dans l’aile. En effet, le 17 juillet, les chefs d’Etats et de gouvernements se sont réunis à Bruxelles pour s'attaquer à l'attribution des futurs postes de président du Conseil européen et du Haut-représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. On avait espéré deux noms sortant de ces négociations, mais à la place, on a assisté à un beau cafouillage et aucun de ces deux postes clefs n’ont été attribués. Cette incertitude complique encore un peu plus la composition du futur collège des commissaires.

Funambulisme

Il faut avouer que la tâche n’était pas aisée. Nommer les personnes en charge de mettre de l’huile dans les rouages européens pour les prochaines années a toujours été une épreuve. En somme, pour être « unis dans la diversité » avec vingt-huit Etats clairement en compétition, il faudra faire un travail de funambuliste et de longue haleine.

En effet, tout est une question d’équilibre. Entre l’Ouest et l’Est d’abord, même si, à l'heure actuelle, aucun des postes clefs n'est occupé ou promis à un candidat de l’Est. La répartition selon la couleur politique représente également une difficulté. Si en 2009, presque l’ensemble des pays avaient à leur tête des gouvernements de droite ou de centre-droit, la situation a évolué en 2014. La France et l’Italie ont donné leur voix à la gauche, une coalition entre la gauche et la droite s'est mise en place en Allemagne, et c'est David Cameron, très critique à l'égard de l'Union européenne qui est à la tête du Royaume-Uni. Ainsi, réussir à trouver des noms qui mettent tout le monde d'accord peut s’avérer complexe. Et on ne vous parle pas des questions d'égo et d'affinités entre chacuns ...

La parité s’invite dans le débat

La parité constitue le casse-tête du moment. A l’heure où nous écrivons, si on sait que le futur Haut représentant aux affaires étrangères sera une femme et sociale-démocrate (probablement l’italienne Federica Mogherini), seuls la Suède et la République Tchèque ont choisi une représentante pour leurs pays.

Si la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, la Bulgarie, la Slovénie et le Portugal doivent aussi présenter des candidates, atteindre dix commissaires femmes sera très difficile pour Juncker. Sachant qu'il y avait neuf femmes dans l’équipe de José Manuel Barroso (dernier président de la Commission, ndlr), ce serait un échec à « féminiser l’institution ». Ainsi, certains Etats pourraient être contraint de revoir leurs nominations.

Le Conseil européen, garderie à journaliste ?

Le Conseil européen du 17 juin, c’était comme un mauvais remake d’un songe d’une nuit d’été. Dès l’arrivée des premiers Chefs d’Etats, le message est brouillon et confus. On fait preuve de peu d'optimisme pour arriver à un compromis au sujet du Président du Conseil (celui qui coordonne justement les 28 chefs d’Etats et de gouvernements) et de le/la « monsieur/madame Europe-International » censé(e) représenté(e) la voix de l’Union européenne hors de ses frontières.

Le « dîner » commence en retard et déjà on sent qu'un nouveau Conseil devra se tenir fin août. Rendez-vous donc le samedi 30 août, voici ce qu’il faut retenir. C'est au cours de la nuit que l’information devient officielle, ce après de six heures de « poireautage » et de tournage de pouces en salle de presse.

Deux short lists sont plus ou moins publiées. Quatre Premiers ministres en exercice seraient en lices pour le poste de Président du Conseil : Thorning-Shmidt (Danemark), Kenny (Irlande), Tusk (Pologne) et Rutte (Pays-Bas). Côté Haut représentant en plus de l'actuelle ministre des affaires étrangères italienne on compte l'actuelle commissaire bulgare Georgieva et le polonais Sikorski.

Un nouvel exécutif pour Halloween ?

Les parlementaires ne sont pas restés sans réponses suite à la non-décision du Conseil européen. L’approbation de la Commission dépendra de la politique générale de la Commission Juncker, de la compétence des commissaires sur leurs sujets mais aussi de la parité. « Avec le peu de candidates [actuellement - nda], la Commission ne recevrait pas la majorité au Parlement européen »  a notamment déclaré le président de l'hémicyle, Martin Schultz, à la veille du Conseil européen. D’ores et déjà il est certain que les auditions parlementaires des commissaires promettent d'être sportives. Affaires à suivre ! 

Ce retard dans l’installation de la future commission fait une victime collatérale, Matteo Renzi. Alors que l’Italie est actuellement aux manettes du Conseil de l’Union européenne (elle est donc en charge de la coordination entre les différentes capitales), une transition tardive entre l’ancien et le nouvel exécutif européen ralentit la « réorientation » de l’Union européenne que le Président du Conseil italien appelle de ses vœux. 

Tout ça pour dire que Jean-Claude Juncker passera probablement ses vacances au téléphone. Bon courage ?