Paroles, paroles

Article publié le 29 mars 2009
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Article publié le 29 mars 2009
Session du Parlement européen à Strasbourg, 24 mars 2009 Par Julie Beckrich et Yulia Kochneva
brown-gordon.jpgGordon Brown dans sa tournée internationale pour annoncer les grandes lignes du sommet de G20, qui se tiendra à Londres le 2 avril prochain, a fait escale au Parlement européen lors de la session plénière à Strasbourg. Dans la présentation de ses solutions pour sortir de la crise financière et économique, le Premier ministre britannique a insisté sur le rôle prééminent que l’Europe avait à jouer pour instiller à l’économie mondiale les valeurs d’honnêteté, de responsabilité et d’équité, qui sont « l’ADN de l’Union Européenne ». Ces grandes déclarations ont été fortement applaudies par l’ensemble de l’Assemblée, mais seront-elles pour autant suivies de faits?

Les « DO’s and DON’T’s » de Gordon Brown

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Gordon Brown avait travaillé le dossier « comment sortir de la crise ? » : le ton était franc, les causes déterminées, les responsables désignés, les solutions, apparemment toutes trouvées. Le mode d’emploi était à peu près celui-là : Pour sortir le monde de la crise financière et économique, il faut d’abord, rejeter toute forme de nationalisme et de protectionnisme, véritables « politiques de la défaite, de la retraite et de la crainte ». Ensuite, bannir les paradis fiscaux et adopter un système bancaire plus réglementé : « Nos réglementations devront s'appliquer à toutes les banques, partout, à tout moment, et ne laisser aucune place pour des banquiers fantômes ni pour ceux qui refusent de payer leurs impôts ». Puis, être franc dans la démarche ; ainsi pas de récompenses pour les excédents, pas de transmission de risques sans responsabilité, et des normes de transparence généralisées.

Easy as ABC, isn’t it? …

What about now Mr Brown?

Equité, durabilité, coopération… Gordon Brown a servi une sortie de crise sauce développement durable. Les trois ingrédients traditionnels y étaient :

Pour le volet social, Gordon Brown a insisté sur la nécessité de coopérer. Ainsi, les pays plus pauvres ne seront pas être laissés de côté. La relance économique devra « créer de nouvelles opportunités pour tous » et le nouveau partenariat économique mondial permettra à chaque pays d’en tirer les bénéfices.

L’économie que l’on s’apprête à transformer devra être une économie globale sur le chemin d'une croissance durable grâce à un FMI renforcé, une réforme du système bancaire et un soutien aux chômeurs plus soutenu.

Enfin, la croissance devra être durable et « à faible teneur en carbone » : la boucle est bouclée avec le volet environnemental.

La recette a plu. Résultat : un Parlement debout qui applaudit des deux mains. Mais vite, la raison l’emporte sur le discours passionné et le doute pointe : ces belles paroles seront-elles suivies d’actes ?

Faites ce que je dis mais pas ce que je fais

Les hésitations historiques de la Grande Bretagne par rapport à l’Europe semblaient d’une autre époque à entendre le discours pro-européen engagé de Gordon Brown : « Je me tiens devant vous fier d'être britannique et fier d'être européen, représentant un pays qui ne se considère pas comme une île éloignée du continent mais comme un pays au centre de l'Europe ». Londres future capitale de l’Europe ? On aurait tout vu…

Quoi qu’il en soit, de telles déclarations ne pourront pas rester lettres mortes et les parlementaires européens n’ont pas manqué d’engager le Premier ministre britannique sur des terrains glissants. « Seriez-vous en train d’annoncer l’entrée du Royaume-Uni dans la zone euro ? » a interrogé avec une touche d’ironie Mme Frassoni (Verts). Plus péremptoire encore le leader centriste Graham Watson a affirmé : « Le moment est venu de se joindre aux autres… La Grande Bretagne a tout intérêt à intégrer la zone euro, qui sortira renforcée de la récession ».

Les députés européens, bien qu’ayant accueilli positivement le discours, restent sceptiques quant à ce que Gordon Brown est véritablement disposé à faire. Pour être crédible et gagner en « autorité morale », Gordon Brown devra mettre à exécution sa recette miracle et accompagner ses paroles d’actes.

(Photo: Reuters)