Paroles d’agriculteurs

Article publié le 9 août 2009
Publié par la communauté
Article publié le 9 août 2009
Après nos pérégrinations polonaises, nous voilà en Gironde, un département a très forte diversité agricole et où les avis sur la PAC sont multiples. Petit aperçu de nos rencontres... « L’artisanat c’est l’avenir » Nous nous sommes rendues sur la ferme de la Toison douce, élevage de chèvres Angora.
Avec seulement 130 animaux, elle fait tout de même partie des 10 plus grosses exploitations productrices de laine Mohair sur la centaine qui existe en France. La propriétaire nous confie que la situation s’est détériorée et que la dernière usine française avec laquelle elle travaillait vient de se délocaliser en Afrique du sud. Elle a pensé un instant à la suivre, mais a finalement préféré travailler avec une usine italienne. Elle est pessimiste quant à l’avenir de cette filière, mais fait quand même partie des gens qui résistent et qui veulent y croire. Elle répète à de nombreuses reprises « quand on a la volonté, on peut y arriver ».

Selon elle, il faudrait faire attention à ne pas abandonner les filières françaises en France, car dans tous les cas, quand les prix des transports seront trop élevés et que les échanges deviendront impossibles, il sera indispensable de les recréer. Le risque est alors de perdre un savoir-faire et d’être obligé de le réapprendre à l’étranger.

Elle agit dans ce sens en tenant son petit magasin présent sur la ferme, où elle vend sa laine et les créations de ses associés. Pour elle, c’est ça le vrai commerce équitable : valoriser une production locale en faisant vivre les artisans français. Certains consommateurs sont prêts à acheter plus cher une qualité originale. Un bel ensemble, même cher que l’on garde toute sa vie, vaut mieux que dix à petits prix qui ne dureront que quelques mois. L’artisanat redevient ainsi à la mode et il est un facteur de développement rural indéniable tant au niveau économique que social. La PAC a donc un rôle a joué pour développer les filières, comme celle de la laine, qui permettent l'existence des artisans.

« Aujourd’hui toutes les productions sont en crise et c’est ça qui est nouveau ! »

Nous voici sur une exploitation dont l’association des productions est peu commune. En effet, les agriculteurs élèvent des Limousines pour la viande et produisent du maïs semence et du vin. Les propriétaires nous font très vite part de leur avis sur la politique agricole européenne.

La PAC actuelle ne permet aucune visibilité car les prix de vente des productions  sont imprévisibles. Avant, les prix étaient stables. Maintenant, les fluctuations sont aberrantes. La PAC ne permet plus de garantir des prix conséquents aux agriculteurs. Sur les trois productions des propriétaires chez qui nous nous trouvons, le maïs semence est la moins problématique car le prix de vente est fixé de manière contractuelle avant que la culture ne débute. Par contre, pour le vin, la situation est catastrophique. Elle empire depuis 20 ans même si la PAC a essayé de sauver la filière en proposant des distillations de crise et des primes à l’arrachage pour éviter la surproduction.

Globalement, toutes les filières sont en crise. L’UE laisse faire la libre concurrence et abandonne ses agriculteurs. Pour l’instant, il n’y a que les producteurs qui en payent les frais, mais tout le monde sera touché tôt ou tard. Les pays à faibles coûts de productions seront ceux qui s’en sortiront le mieux. Selon le propriétaire de l'exploitation, pour sortir de la crise, l’UE devrait s’imposer davantage face aux américains à l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Par exemple, il lui apparaît inadmissible que le lobbying, ancrée dans la culture américaine, ait autant d’influence en Europe. Les avis divergent au sein de l’Union et dans l’état actuel des choses, il est difficile de trouver un consensus entre les pays membres ce qui n’aide pas l’UE à s’imposer au sein de l’OMC.

 «  Je n’abandonnerai pas l’exploitation de mon père… »

Nous sommes à table avec deux agriculteurs, le père et le fils. Ils sont producteurs de tabac et sont très sceptiques vis-à-vis de la PAC. Les doutes sont chaque année plus importants : en 2010, les primes directes seront encore diminuées alors qu’elles sont indispensables. Comment le fils, qui reprend la gestion de l’exploitation, peut vivre alors qu’il produit à perte ? Cela paraît difficile, mais il reste confiant car il sait que les gens auront toujours besoin de manger donc  l’agriculture ne disparaîtra pas. Il faudra juste prendre la production qui rapporte le plus, quitte à changer totalement leur mode de fonctionnement. S’il faut passer en bio, le fils n’hésitera pas longtemps.

Le marché mondial étant instable, le père s’était déjà tourné vers un commerce plus local. Une coopérative récupère une petite partie de leur tabac et valorise ainsi la production de tout le Sud Ouest. Un système similaire existe également en Alsace. Même si ces alternatives sont marginales, la filière tabac s’organise et se prépare à affronter des temps difficiles. Une chose est sûre : le fils n’envisage pas d’abandonner le travail acharné de toute une vie.