Parler clair sur l'Europe: les journalistes espagnols essaient d'oublier les "déficits", "quota-parts" et autres "traités"

Article publié le 29 octobre 2010
Article publié le 29 octobre 2010
De Laura Ribes Les correspondants qui travaillent à Bruxelles de façon permanente ont un vrai défi : donner de la couleur à la grisaille des sujets européens et les rendre accessibles au public. Les journalistes doivent chercher des formules ingénieuses pour rendre attirantes des nouvelles qui se révèlent souvent très techniques.
Le sommet du Conseil Européen est le cadre parfait pour découvrir sur place les techniques que ces médiateurs installés dans la capitale européenne utilisent au quotidien.

Le bâtiment Justus Lipsius du Conseil Européen est durant ces jours de sommet un véritable parc d'attractions pour une journaliste débutante. Les salles de presse fourmillent d'activité, les gens sont à l'affût près des salles de briefing et, à la caféteria, on voit des cercles où les informations circulent aussi efficacement que dans la salle de conférences principale.

Le sujet le plus discuté est le retrait du droit de vote des Etats membres trop laxistes au Conseil : « Il s'agit d'une question facile à comprendre et nous, les journalistes, tendons à choisir ce genre d'idées », explique Raquel, rédactrice de la Agència Catalana de Notícies. Il faut éviter tout ce qui provoque l'allergie du public, dit un autre journaliste espagnol tout-terrain, Albert, qui travaille pour le journal de la Catalogne Avui, pour la station radio RAC1 et aussi pour l'Agence Catalane de Presse. Albert essaie de raconter les nouvelles sur l'Europe comme s'il parlait à sa grand-mère: « Au lieu d'utiliser l'expression Etats membres déficitaires je fais référence aux pays qui sont en rouge ». Albert se passe souvent de certains concepts très connus dans l’argot journalistique lorsque ceux ci le sont moins pour le grand public. On doit faire l’effort d’expliquer, par exemple, que la reforme des quota-parts est la révision du droit de vote proportionnel aux contributions de chaque État membre. On doit faire attention même avec des mots très assimilés comme « traité ». C’est important de toujours les contextualiser.

Journalists Rompuy 2« On construit aussi des caricatures, des petites pièces de théâtre », avoue Albert. Ainsi, on obtient des gros titres genre « Merkel passe un savon à la Grèce », « Sarkozy fait la gueule à Vivian Reding »... Mirenxu, correspondante de la télévision espagnole Intereconomia, croit aussi à ce style: « Pour faire passer le message au grand public, on doit faire des comparaisons, donner des exemples, même nous aider des expressions familières »

Xabi, un autre spécialiste sur l’Europe qui couvre le sommet européen pour la chaîne télé du Pays Basque Euskal Telebista (ETB), nous rappelle quelques normes de base de l’écriture journalistique. D’abord, les meilleures histoires sont les plus courtes, notamment dans la radio et la télévision, alors il faut être bref et concis, on ne doit jamais ennuyer. Ensuite, il est recommandable de laisser d’un côté les mots trop spécialisés. Et, autant que possible, on détaille les antécédents d'un événement.

On croise enfin un media en espagnol entièrement consacré à l’Union Européenne, aquieuropa.com, dont la rédaction est basée Bruxelles. Même un media spécialisé lutte pour avoir des titres "sexy". Mireia, une des membres de cette rédaction, se souvient d’un bon exemple : "Pourquoi dire que l’Union Européenne a approuvé un budget pour embaucher des agents de sécurité quand on pourrait sortir 'Bruxelles cherche des armoires à glace'?"