Parkour : l'art du déplacement urbain

Article publié le 10 mars 2010
Article publié le 10 mars 2010
Federico, appelé « le chat », est un biologiste italien. Mais sa véritable passion est toute autre: le parkour, ou l'art du déplacement. Une discipline qui permet à l'homme de connaître son corps et ses limites. Le « chat » nous accompagne à la découverte de cette discipline fascinante, mais en nous conseillant de nous méfier des compétitions internationales.

Federico, alias « le Chat », m'écrit du Laos, un des objectifs de son voyage, en fait une expédition dans le Sud-est asiatique avec pour compagnon de route son méticuleux kit de survie et son physique. « Le corps, m'explique-t-il, est le seul instrument et la seule défense que nous ayons ». Le « chat » est officiellement biologiste, et « traceur » par passion (ndlr : pratiquant le parkour) , qui va se mesurer avec les espaces (ville, banlieues, campagne et maintenant même la jungle). Il a découvert cette discipline il y a cinq ans, lorsqu'il avait vingt ans : ça lui a fait l'effet d'une « explosion mentale » !

 L'art du déplacement

Le parkour est par définition « l'art de devenir maître du déplacement » : on connaît son corps, ses propres limites, pour ensuite en accroître ses capacités, devenir fluide dans le mouvement et retrouver son « âme animale ». Pour commencer on a besoin d'un budget minimum: une paire de chaussures de course à pied (certains audacieux préfèrent pieds nus) et un espace. Le parkour naît dans les banlieues des villes, mais on peut toujours dessiner des parcours n'importe où, suivant ses propres goûts et surtout en fonction des circonstances, variables que le traceur exploite pour varier et renouveler ses mouvements, si possible sans jamais répéter la même séquence. En revanche le travail physique est plus exigeant: exercices de conditionnement, méthode naturelle d'Hébert, sessions de technique pure. Sans aller jusqu'à l'hédonisme des fitness clubs, renforcer le corps est essentiel, mais l'objectif est toujours de se déplacer, en situations concrètes et réelles, dans lesquelles on se retrouve par hasard ou qu'on recherche volontairement. Il n'y a pas de règles prédéterminées, l'improvisation est essentielle car l'espace change et se confronte à son tour avec le traceur. Dans les environnements urbains, savoir de se déplacer d'une façon fluide rend le Chat plus sûr, plus libre dans chaque situation.

Parkour à Londres Au-delà de l'éthique des pionniers de la discipline, chacun a la sienne. Le Chat n'a aucun doute sur la manière de faire du parkour une expression de soi: « je recherche une autre manière de vivre les choses, je revendique le droit d'être responsable de mes actions, de vivre mon environnement de façon personnelle. J'affirme mon droit à m'améliorer autant qu'il m'en est possible ». Quand je l'aiguillonne sur le thème de l'exhibitionnisme, il me dit simplement qu'il voudrait que celui qui le regarde ne s'arrête pas sur ses acrobaties, mais plutôt qu'il trouve l'inspiration pour interagir d'une façon nouvelle avec l'environnement, pour se déplacer dans les espaces qui lui sont ouverts en traçant sa propre trajectoire. C'est pour cela qu'il n'est pas un grand fan des compétitions internationales, que les fondateurs du parkour n'ont jamais officiellement reconnu. Les rencontres de « free running » lui paraissent des compétitions d'hommes qui vont couronner le mâle dominant. Même si en tant que biologiste évolutionniste, il accepte la compétition, mais n'aime sa mise en scène. Il préfère considérer ses déplacements sur la base de l'utilité, comme les animaux : une proie qui fuit le prédateur, la recherche du parcours le plus rapide pour une migration. La beauté vient après : d'abord on doit apprendre à tomber, à amortir les chocs, à s'accrocher sur les parois.

Recherche de vie alternative

Photo : Federico gato Mazzoleni/flickrIl existe des cours de parkour dans différentes parties du monde, ou plutôt des « laboratoires », mais il est sceptique sur leur valeur. Il faut travailler sur sa propre résistance, pas seulement physique, mais aussi mentale. Il faut rechercher des voies alternatives, éventuellement en observant comment se déplacent les animaux: le Chat a essayé récemment de faire la taupe en se déplaçant à quatre pattes sur des parcours semi-inondés. L'éclectisme est une autre ressource indispensable pour un sport qui ne connaît pas les scores ni les pistes à suivre, sachant que tous les êtres vivants, de toutes les époques et de toutes les conditions ont besoin de se déplacer. En Italie la scène du parkour est un peu stagnante, peut-être par méfiance, ou peut-être à cause de la « footballmania » qui laisse peu de place à d'autres sports. Elle est certainement plus active dans les pays scandinaves, où le Chat a pu rencontrer des traceurs provenant de toute l'Europe. Durant ses voyages, il essaie toujours de contacter un traceur local, quelqu'un qui connaît bien l'espace avec lequel le Chat doit se mesurer: à Bangkok, il a déjà un contact, qui l'aidera à étudier comment se déplacer. Les informations passent par Internet. les trucs et secrets s'échangent sur les forum et par mail. Il faut connaître le type de surface à laquelle on a affaire, imaginer le type de mouvements qu'on fera, mais surtout se sentir prêt à faire parler son corps avec l'environnement. Le Chat n'a pas nécessairement sept vies, mais a la curiosité suffisante pour choisir tout seul les parcours à suivre, des ongles près à s'agripper et à se défendre et un métabolisme versatile qui sait doser les énergies. En somme, il est équipé pour se déplacer au mieux dans cette vie et cherche toujours à retomber bien solidement sur ses pattes.

Photo : LexnGer/flickr, JB London/flickr, gkamin/flickr, Federico gato Mazzoleni/flickr; videofetzthecat/Youtube