Paris zéro déchet : la révolution verte est-elle mûre ?

Article publié le 27 octobre 2016
Article publié le 27 octobre 2016

Avec la signature de l’Accord sur le Climat, Paris a fait du changement climatique son premier combat. Et ce, malgré son taux de recyclage qui avoisine les plus mauvais d’Europe. C’est la raison pour laquelle la mairie a lancé un ambitieux plan qui prévoit, en seulement quatre ans, de faire de la ville une des capitales « les plus vertes » au monde. Paris réussira-t-elle à montrer l’exemple ?

La mairesse de Paris, Anne Hidalgo opère un véritable tournant écologique depuis son élection en avril 2014. Ou, du moins, c’est ce qu’elle affirme à ses 2 millions d'administrés (12 millions en englobant la zone urbaine). Après avoir accueilli un Accord sur le climat « historique » en décembre dernier, son équipe a démarré une campagne pour faire de Paris une ville « zéro déchet » d’ici 2020.

Faire le tri

Le pari est loin d’être gagné. Selon les dires de Léon Garaix, conseiller adjoint de Mao Peninou, lui-même conseiller municipal en charge du traitement des déchets, les Parisiens produisent 5 millions de tonnes de déchets par an. La grande majorité de ses déchets se traitent en incinérateur alors que, sur les 80% de déchets brûlés, la moitié sont des produits recyclables. « Notre premier objectif est d’agir pour que la moitié de ces 80% termine dans les conteneurs jaune et blanc » - les deux destinés au recyclage selon le code couleur de la ville - nous précise Léon Garaix.

Comment atteindre ce but ? Le plan prévoit sur les 4 prochaines années l’augmentation du nombre de conteneurs et la mise en place d’une « grande compagne de communication », qui explique aux citoyens comment séparer les ordures, y compris –et c’est une grande première - les matières organiques. « L’idée est de réduire de moitié le contenu de la poubelle verte [la principale] et que [le reste] aille dans les conteneurs jaune ou blanc », soutient Léon Garaix. Cette augmentation du pourcentage de recyclage comprendrait « entre 15 et 20% de résidus biologiques » récoltés grâce à un système de ramassage des ordures de porte à porte. La mairie à l’intention de mettre en place ce système de récolte de déchets avant la fin de l’année 2016, pour pouvoir fabriquer deux composts dans la capitale, dans les 2e et 12e arrondissements. 

Selon le collectif écolo, 3R, les ingrédients du programme de la mairie constituent « un vrai pas en avant », bien que les membres attendent toujours de savoir comment il va se mettre en place. « Si on n’explique pas aux gens les erreurs probables à éviter, comme par exemple jeter un sac en plastique à la poubelle, il y a peu de chance pour qu’ils séparent le reste correctement », lance Anne Connan, membre de 3R. « À Francfort, il existait une récolte des matières organiques de porte à porte mais qui s’effectuait seulement une fois par semaine, c’est devenu une véritable infection. Les gens ont fini par ne plus faire le tri. Il est important de prêter attention à la mise en place de cette idée. »

« Une véritable révolution »

L’association souligne le succès rencontré par ce genre d’initiatives depuis plusieurs années dans des villes comme San Francisco ou Milan et va même jusqu’à recommander le système d’amende mis en place dans la capitale lombardaise. « S’il y a une poubelle non conforme [à la réglementation], les services municipaux se mettent à la recherche du propriétaire, qu’ils trouvent la plupart du temps, et règlent le problème avec lui. Si l’incident se répète une ou deux fois, ils lui mettent une amende », explique Anne Connan.

Un succès que reconnaît sans peine Léon Garaix, qui rêve d’égaler les résultats de Milan : « Milan qui avait [un taux de recyclage] très mauvais, semblable à celui de Paris, s’est lancé dans le recyclage des déchets [organiques] et ça a provoqué une augmentation de recyclage pour toutes les autres catégories », signale-t-il. « En quelques années, la ville est passée de 20% à 50% de recyclage, une véritable révolution. Voilà notre objectif », affirme le conseiller municipal.

Bien que le collectif 3R soit satisfait du chemin parcouru, tant que le plan écologique ne sera pas entré en vigueur, les écologistes resteront prudents. Anne Connan rappelle d’ailleurs que ce projet ne concernerait que les particuliers et même si cela constituerait une énorme avancée, « les déchets organiques ne représentent que 25% des détritus d’une poubelle ». Elle souligne ainsi le poids des grands producteurs (marchés, écoles, hôpitaux, cantines d’entreprises) dont le traitement des déchets est régi par une loi de 2009 qui prévoyait déjà à l’époque la mise en place d’un recyclage progressif.

« Le problème de la récolte en porte à porte, c’est qu’elle nécessite une organisation précise », précise l’activiste. « De plus, les poubelles de déchets organiques doivent être laver à part », ce à quoi elle ajoute qu’il serait même préférable de séparer les résidus « secs » des résidus « humides » puisqu’ils ne nécessitent pas la même fréquence de ramassage.

Pour faire face à ces problèmes, la mairesse de Paris souhaite promouvoir le « recyclage volontaire » avec l’installation de conteneurs dans la rue et de colonnes « Trilib » où l’on peut recycler verre, papier, plastique et habits. À ce jour, la ville possède seulement des conteneurs pour le verre et les habits, mais assez peu au total.

« On avance avec beacoup de retard »

Pour autant, l’association n’abandonne pas son attitude revendicatrice et reste sceptique sur l'objectif de 50% de recyclage affiché par la mairie de Paris. Pour eux, le changement doit être plus radical et aller jusqu’à éliminer le traitement par incinération.

« La politique d’incinération a beaucoup bloqué le recyclage. Nous possédons un taux de recyclage ridicule, au même niveau que Marseille, de seulement 10% selon Syctom (l’agence métropolitaine de déchets domestiques, ndlr) » se lamente Anne Connan, avant de lâcher : « On avance avec beaucoup de retard ». En parallèle à la rénovation de l’incinérateur d’Ivry (dans le sud de Paris), contre laquelle l’association se bat depuis plus d’un an, les écologistes proposent un programme alternatif : le Plan B’om.

« C’est destiné à toute la population et c’est un exemple qui montre que nous n’avons pas besoin de reconstruire une station d’incinération si nous mettons en place d’autres moyens simples qui ont fait leur preuve en France et à l’étranger, explique-t-elle. Ce n’est pas un plan zéro déchet, c’est un plan raisonnable. On ne peut pas passer de 10% à 65% de taux de recyclage en dix ans en région parisienne (comme le prévoit la loi de transition énergétique, ndlr), notre plan est d’atteindre les 35%, un chiffre pas si mauvais et qui reste réalisable. »

Anne Connan admet que le lancement de ce programme représenterait un investissement important… Qui se récupérerait très vite sur le long terme : « Au début, il faut faire un investissement pour l’achat de nouveaux camions, la distribution des conteneurs et l’harmonisation des différents ramassages d’ordures. Mais ensuite, très vite, la courbe s’inverse et tout revient très peu cher ». Dans les grandes lignes, le plan est estimé à quelques 200 millions d’euros, un coût bien plus économique que celui de la rénovation de la station d’incinération d’Ivry qui s’élèverait, selon Anne Connan, à 500 millions d’euros.

Quand on le questionne à ce sujet, Léon Garaix nous rétorque que le programme pensé par Anne Hidalgo est en train d’en finir avec les incinérateurs, même s’il ne manque pas de préciser que favorisant le recyclage, la quantité incinérée devrait être bien moins importante une fois le programme mis en place.

La lutte contre la rénovation de l’incinérateur d’Ivry est une guerre qui se mène sur plusieurs fronts et à ce jour, les écologistes ont un léger avantage. Lors de la dernière réunion du Conseil municipal d’Ivry, le 20 octobre dernier, les conseillers ont voté contre la reconstruction et demandé la mise en œuvre d’un projet alternatif qui « exclurait l’incinération et s’engagerait clairement dans une gestion efficace et écologique des ressources que constituent les déchets », comme il est écrit dans le communiqué distribué par le collectif 3R. « Ce vote pourrait marquer un réel tournant dans les débats sur le projet de reconstruction qui courent depuis plus de 10 ans », s’enthousiasme Anne Connan qui félicite le vote des conseillers.

Le changement commence dans la rue

Mais le tournant écologique ne s’organise pas seulement dans les bureaux, bien au contraire. Il se construit aussi dans la rue, à travers un engagement quotidien. Comme celui que fomente un groupe d’habitants du 13e arrondissement, dans le sud de Paris, en ouvrant, en juin 2015, le premier espace de traitement de compost dont la gestion est répartie entre les voisins du quartier.

Cependant, ouvrir le pavillon n’a pas été facile nous raconte Isabelle Moréteau, une des bénévoles qui gère le lieu. L’idée initiale était d’établir un ramassage de porte à porte mais pour des questions légales, il était trop compliqué de le mettre en place. D’où l’idée d’ouvrir un centre de volontaires. Aujourd’hui, il se récolte ici pas loin d’1,5 tonne de déchets par mois, transportés par les simples bras de quelque 200 bénévoles.

« Nous sommes victimes de nôtre succès », lance Isabelle avec un grand sourire tout en gardant un œil sur ses deux fils habitués du pavillon, pour qui ça ne pose aucun problème d’aller jeter des bananes pourries et autres légumes rabougris. « On s’est très vite rendu compte que les gens avaient envie d’apporter leur aide. On n’était pas seuls. Le fait que les gens viennent et s’impliquent, c’est très agréable. »

L’association J’aime le Vert qui gère un projet semblable à Alfortville dans l’est de Paris, s’est chargée de parrainer le projet les deux premières années. « Dans moins d’un an, il y aura une association ici (dans le 13e arrondissement) qui aura le contrôle du projet de façon pérenne », indique Damien Hubron, président de J’aime le Vert.

Le pavillon a coûté 8 000 euros et a été financé en partie par l’agence Syctom, la mairie de Paris, divers fonds de la région et une campagne de micro-mécénat. « On a d'abord voulu le réaliser dans un centre de rétention mais le montage était très cher. Du coup, ils nous ont quand même donné les pièces et on on s’y est mis tous ensemble et on l’a construit en un jour, en juin 2015 », se rappelle Isabelle, aux anges.

Aujourd’hui, après un an de fonctionnement, le lieu fait office de centre de réunion, accueille d’autres activités de conscience collective et semble avoir véritablement ravivé la vie associative du quartier. Tout ceci n’est pas seulement le fruit d’un travail collectif, de longs mois de collecte de signatures ou de manifestations devant le maire, c’est aussi et surtout la preuve qu’avec un peu de détermination et l’aide de tous, une société propre et respectueuse de l’environnement est possible.

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Cet article a été rédigé par la rédaction de La Parisienne de cafébabel.