Paris se plie en 104 pour la culture

Article publié le 6 novembre 2008
Article publié le 6 novembre 2008
Retour sur l’ouverture d’un espace culturel - de quartier et européen  - qui a de l’ambition.Ouvert depuis le 11 octobre, le nouveau centre culturel parisien, l’espace CentQuatre (ou 104, comme le numéro de la rue Curial où il trône), est colossal. A tous les niveaux.
Colossal par sa structure d’abord : un ancien service municipal des pompes funèbres de 39 000 m2, de dix-huit ateliers d’artistes, deux salles de spectacle et un espace de répétition. Visiter le centre le soir est une expérience surprenante, voire terrifiante : froid, spacieux, et presque vide, l’espace CentQuatre garde encore un peu de son passé mortuaire. Passé qui est exploité par les artistes en résidences et qui est une problématique importante du centre : publication de livres-œuvres d’arts sur l’histoire du lieu (sous les doux titres de « Viande froide » et « Paris dernier voyage »), ou encore présentation d’un faux magasin de souvenirs où des mugs et t-shirts sont ironiquement détournés avec des photos de cercueils… Colossal, le CentQuatre l’est encore par l’argent mis en jeu : les travaux de rénovation, qui ont duré trois ans  ont coûté 100 millions d’euros. Sans compter le budget annuel du centre : 12 millions d’euros, dont 8 sont pris en charge par la ville, ne manquant pas ainsi de provoquer la polémique. Si l’éternelle question du coût de l’art semble surannée, on peut au moins se demander : qu’apporte de nouveau le CentQuatre ?

Une ouverture nouvelle

L'aspect colossal de l'espace CentQuatre ne tient pas qu'à son apparence mais aussi à son projet vaste et ambitieux. Le CentQuatre se pense comme un laboratoire artistique où l'on recherche et innove : il accueille des artistes du monde entier, en résidences plus ou moins longues (un mois à un an) qui investissent un des ateliers du centre et créent sous les yeux des visiteurs curieux. Ces projets doivent mêler des arts trop longtemps cloisonnés : danse, théâtre, arts visuels et plastiques, mais aussi design, cirque, paysagisme ! Ce développement des arts et leur rencontre se double d’une extension spatiale et culturelle : en effet le CentQuatre se veut « un lieu dédié au monde » (dixit le maire de Paris, Bertrand Delanoë). Par l’accueil d’artistes internationaux mais aussi par son implication dans des projets transversaux. Le centre est en partenariat avec Radialsystem V (à Berlin) , Zone Attive (à Rome) et Matadero (à Madrid), qui ont pour points communs d’être des centres culturels européens basés sur des friches rénovées (anciens transformateurs électriques, abattoirs) auxquelles ils attachent un souci de transmission mais aussi d’innovation artistique et de croisement des disciplines. Enfin, le CentQuatre étend son ambition au delà de l’Europe et aux artistes déjà accomplis : parmi ses projets, une collaboration avec les élèves du California Institute of Arts (CALARTS) qui pourront présenter leurs productions et en débattre.

Une provocation ?

Mais à force de voir grand, le CentQuatre ne reste-il pas aveugle à ce qu’il y a sous son nez ? Parce que visiter le centre, c’est aussi faire face à un des arrondissement et quartier les plus défavorisés de la capitale et cet entassement de bourgeois-bohèmes dans ce monstre architectural et culturel ressemble presque à de la provocation. Les concepteurs du projet et la ville n’ont pas voulu oublier les habitants du quartiers : salle de répétition louable à prix symbolique, personnel d’encadrement engagés dans le quartier,… Reste à espérer que cela suffise et que cet ambitieux décloisonnement des arts et des frontières ne se fassent pas au détriment du décloisonnement social… Pour plus d’informations et consulter le calendrier des évènements :

Le 104

Crédit photo :

Bookenligne/FlickR

Alice Lemaire

Quelques photos du 104 par Grégoire REMY.

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