Paris : le combat continue

Article publié le 8 juin 2016
Article publié le 8 juin 2016

À Paris comme dans toute la France, les manifestations prennent toujours plus d’ampleur. L’origine de tout ça ? La loi Travail. La violence augmente aussi bien du côté des manifestants que de celui des forces de l’ordre, toujours plus exaspérées. François Hollande maintient sa position. Et on ne voit pas la fin du bras de fer avec la rue. Reportage.

En dépit de la météo, Paris brûle. Depuis des semaines désormais, la loi Travail de la ministre du Travail Myriam El Khomri met le feu aux poudres. Le projet de libéralisation du marché du travail mettrait à mal la supériorité des conventions collectives nationales en faisant donc primer les accords d’entreprises. C’est une balle dans le cœur de la République française, toujours attachée au fait d’être un État centralisé. Ce véritable changement de perspective a déclenché la réaction explosive de la gauche la plus radicale et des jeunes sur les places et dans les rues. Ces derniers revendiquent le fait d'agir pour défendre leur futur. Un futur que l’État semble ne plus vouloir protéger. Mais ce n’est pas tout : la violence et l’atmosphère d’affrontement se sont répercutées sur d’autres manifestations qui se déroulent désormais dans toute la France.

À cela, il faut ajouter les grèves : les trains sont à l’arrêt et les avions restent à terre, les déchets s’accumulent dans les rues, les raffineries de pétrole sont bloquées et les stations essence sont vides. Et tout ceci seulement à quelques jours de l’Euro de foot,  avec la crise des réfugiés qui semble repartir de plus belle (notamment avec l’arrivée de la belle saison) et la Seine qui a décidé de faire des caprices. Dit autrement, c’est une véritable tempête qui s'abat sur le président François Hollande et le premier ministre Manuel Valls. Alors que près de 70 % des Français déclarent vouloir le retrait de la réforme du travail, François Hollande a déclaré qu’il ne céderait pas et qu’il compte aller jusqu’au bout avec le texte. Hier, le chef de l'État a lui-même appelé à arrêter la grève en citant une phrase célèbre de l'ancien patron du Parti Communiste Français, Maurice Thorez, avant que Manuel Valls ne renchérisse. Mais les travailleurs et les manifestants restent inflexibles, provoquant un rapport de force dont on n’entrevoit pas la fin.

Des précédents existent

Mais des précédents ayant réussi existent des deux côtés. En 1995, Alain Juppé à l’époque premier ministre sous la présidence de Jacques Chirac, a décidé de faire passer en force un projet de réforme de la sécurité sociale. Résultat ? Trois semaines de grèves à outrance, la France complètement paralysée et 2 millions de personnes étaient descendues dans les rues pour manifester. Et c’est finalement la rue qui a gagné : le projet de loi a été retiré. En revanche, en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la loi contestée concernait le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite de 60 à 62 ans. Nonobstant des incendies pendant 8 jours et 1 200 000 manifestants dans les rues, le texte est entré en vigueur. Bien qu’ils ne soient pas du même bord politique que le gouvernement qui les a précédés, le tandem Hollande-Valls espère la même issue.

Même combat en Italie ?

La loi El Khomri serait-elle une réplique du Jobs Act (la version italienne de la réforme du travail, ndlr) ? Si on regarde le contenu-même de la loi, la réponse est oui : les travailleurs sont moins protégés et les contrats sont moins contraignants pour les employeurs. L’objectifs étant de « fluidifier » le marché du travail à l’entrée (mais aussi à la sortie). Mais les similitudes s’arrêtent là. Matteo Renzi, le premier ministre italien a joué la carte des « réformes douloureuses » au début de son mandat, c'est à dire au plus fort de sa popularité et en comptant sur les années à venir pour encaisser le coup et regagner en popularité. La réforme française arrive en revanche au pire moment possible : les attaques terroristes du 11 janvier et du 13 novembre 2015 sont encore présentes dans les esprits, l’Euro 2016 est plus qu’imminent et les élections présidentielles sont organisées dans moins d’un an. Comme si ça ne suffisait pas, la popularité d’Hollande est à son plus bas niveau historique. Au cours de son mandat, le président français a beaucoup fait face aux critiques concernant son manque de légitimité. Tout porte donc à croire que sa seule possibilité est de sauver les meubles et de tenir bon.

Il faut espérer que tout ceci n’alimentera pas un incendie qui peut facilement devenir incontrôlable : la violence et l’exaspération semblent être à leur paroxysme aussi bien du côté des manifestants qui déchargent à présent leur colère dans d’autres manifestations (comme la manifestation antifasciste du samedi 4 juin), que de celui des forces de l’ordre.

Mais avec les évènements à venir, il n’y a pas de quoi être rassuré. La prochaine grande manifestation est prévue le 14 juin à Paris. Nous verrons si le feu réussira-t-il à être maîtrisé.