« Pardon pour notre premier ministre » : ou l'histoire d'un gouvernement, quelques panneaux et l'opinion publique hongroise

Article publié le 23 juin 2015
Article publié le 23 juin 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Depuis une semaine, ont fait leur apprition en Hongrie des scandales liés au sondage national sur le terrorisme et l'immigration. Mais les hongrois on riposté tout de suite à cet épisode de racisme, et nous n'en sommes pas peu fiers.

Récemment le gouvernement a pensé d’afficher dans les rues du pays différents panneaux avec des messages contres les immigrés et les « terroristes », qui aux yeux du gouvernement hongrois sont une même et unique chose. L’épisode a rassemblé les hongrois qui ont répondu immédiatement avec tout leur esprit de résistance et leur infinie créativité.

Voici les panneaux originaux:

« Si vous venez en Hongrie, vous ne pouvez pas prendre le travail des hongrois ! ». Un avertissement aux touristes et aux immigrants (et aux terroristes biensur !), un panneau exposé peu après la frontière. Heureusement qu’il est écrit en hongrois et qu’aucun étranger ne risque de comprendre le contenu des messages sans Google Translate, qui traduit très approximativement : « Si vous venez en Hongrie, les hongrois ne peuvent pas prendre votre travail ». C’est d’autant plus grave pour les immigrés qui vivent déjà en Hongrie depuis des années et comprennent le sens de ces messages. Heureusement en une nuit, plusieurs associations, groupes et citoyens ont effacé voire modifié ce qu’il y avait d’écrit sur ces panneaux, en transformant les messages désagréables en jolies phrases. Parmi les protagonistes de cette réponse : Együtt, un des principaux partis de centre gauche.

Le gouvernement a réagi tout de suite et la police a du monter la garde devant les panneaux. Cela n’a pas arrêté les hongrois : une initiative encore meilleur est issue du Parti du Chien Hongrois à deux têtes, un parti parodique qui existe depuis 2006 et qui est connu pour ses initiatives qui vont de la street art aux campagnes électorale rigolotes, comme en 2006, lorsqu’ils se présentèrent avec un programme qui prévoyait la gratuité de la bière et la vie éternelle pour tous.

Les plaisanteries organisées per le parti ne se limitent pas à une dimension ludique. Pour répondre à l’intolérance du gouvernement, ils ont lancé une campagne de crowdfunding pour imprimer des panneaux de riposte à ceux du gouvernement. L’humour hongrois a de nouveau gagné contre le racisme du gouvernement, en effet, quelques jours plus tard, le parti a récolté assez d’argent (en deux heures, 2 million d’euros), pour réaliser leur projet de dispatcher 150 panneaux avec des phrases de ce type : « Venez travailler en Hongrie, nous travaillons déjà tous en Angleterre », ou bien « Désolés de notre premier ministre. »

Particulièrement intéressant que selon le gouvernement, la campagne d’affichage leur aurait couté 300 millions de florins, à savoir 1 million d’euros, alors que le cout des panneaux du Parti du Chien à deux têtes ait été bien moindre.

 La lutte contre ces interventions du gouvernement ne s’arrête pas, de nouvelles affiches apparaissent constamment avec des messages positifs et des modifications des anciens. Dommage que la carte en ligne qui avait enregistré la position des panneaux à l’origine et de ceux modifiés ne soit pas assez rapidement mise à jour. Après le scandale des impôts sur internet qui a mobilisé plus de hongrois que n’importe quelle initiative et celui contre les lois du gouvernement Orbán, finalement on a pu se rendre compte que le peuple hongrois savait se mobiliser aussi pour des choses plus importantes.