"Parasites" de Marius von Mayenburg

Article publié le 6 mars 2012
Article publié le 6 mars 2012
Par Maxime Rolland-Calligaro Photo Cici Olsson Du parasite le Larousse donne la définition suivante : organisme qui vit ou se développe aux dépens de celui qui l'héberge. Tout est dit. On ne pouvait trouver titre plus à propos pour cette pièce absolument noire de Marius von Mayenburg.

Une pièce noire au propre comme au figuré puisque les « parasites » de la pièce se meuvent dans un espace scénique jonché d’immondices, de détritus et de sacs en polyéthylène transformant la petite salle du théâtre national en véritable décharge publique.

Des personnages à la fois bourreaux et victimes

La pièce s’ouvre sur les premières notes au piano de ‘Jane. B’, les parasites sont là, face au public, inertes. Frederik et Petrik sont les premiers à s’animer et ils annoncent d’emblée la couleur. Elle, enceinte jusqu’au dent, menace de se suicider oppressée qu’elle est par la « chose » qu’elle porte en elle, qui la détruit et la déforme; lui l’ignore, la dénigre, au mieux l’insulte. Viennent ensuite Ringo, un tétraplégique que le handicap a rendu aigre et imbuvable, et sa compagne, Betsi, jeune femme tout en jambe et en sourire qui affiche une bonne humeur frisant la névrose hystérique. Enfin, Multscher, un vieillard au physique et à l’accoutrement improbables, qui chante ses malheurs et sa mauvaise conscience – il est la cause de la tétraplégie susmentionnée- façon crooner sur le retour. Les liens de parenté et les accidents de vie font que les trois histoires s’entremêlent pour n’en former plus qu’une et, au fil du récit, s’installent les rapports parasitaires. Les personnages sont à la fois bourreaux et victimes, sangsues et porteurs, tous prisonniers de leurs rapports mais tous geôliers à leur façon.

C’est moche mais ça marche!

Ce tableau particulièrement noirci de l’âme humaine est bougrement bien interprété. Les acteurs récitent avec aisance des textes incroyablement crus, la gestuel de certains, par moment, glace le sang. Dans cette atmosphère sombre et pesante, on apprécie les répits que nous offre le touchant Monsieur Multscher qui à chaque tirade arrache malgré lui un sourire au spectateur ou encore les apparitions inattendues de personnages extérieurs qui viennent casser le récit le temps d’un sirtaki ou d’un monologue.

En définitive, une pièce que l’on peut difficilement qualifier d’agréable à regarder mais, sans l’ombre d’une hésitation, d’extrêmement intéressante à méditer, un spectacle qui remet au goût du jour le célèbre « l’enfer c’est les autres » en y ajoutant une odeur d’eaux-vannes. Bref, comme le scandait la réclame : les Parasites, c’est moche mais ça marche !