Paradis fiscal : une expression qui repose sur du sable

Article publié le 14 avril 2016
Article publié le 14 avril 2016

L’océan, l’eau cristalline, et des comptes pas vraiment transparents : ces endroits sont souvent appelés des « paradis fiscaux ». Comment ces oasis extraterritoriales sont-elles qualifiées dans les autres langues, et d’où vient l’utilisation de l'expression ? D'une erreur, vraisemblablement.

La mer bleue, des plages immaculées et un cocktail sous les palmiers. Jusqu’au 3 avril dernier, lorsqu’on parlait du Panama, on pensait à une carte postale. Mais la publication des Panama Papers a changé la donne et on associe désormais ce pays, aux paradis fiscaux éparpillés un peu partout à travers le globe. L’imposition fiscale est y réduite ou parfois nulle, le secret bancaire et les quelques formalités comptables font que certains pays deviennent de véritables refuges financiers pour les sociétés offshore.

Un cas d'Euro English

L’expression « paradis fiscal » a, elle aussi, une origine étrange, due à des phénomènes d’emprunt lexical et à une probable erreur phonétique. Si on consulte la IATE, la base de données terminologique multilingue de l’Union européenne, les langues néolatines, germaniques et slaves partagent toutes l’idée de « paradis » : « paradiso fiscale » en italien, « paraìso tributario » ou « fiscal » en espagnol, « Steuerparadies » en allemand et « raj potadatkowy » en polonais. 

En anglais il existe deux termes : « tax haven » qui est la définition la plus courante pour les personnes dont l’anglais est la langue maternelle. L’alternative est « fiscal paradise », est en revanche un peu trop académique pour un Anglais. Cette expression serait en fait un exemple parfait d’Euro English : une expression qui n’est pas « autochtone » mais qui a néanmoins été adoptée par les Européens qui babillent l’anglais en tant que langue étrangère, et qui empruntent souvent directement les structures lexicales de leurs langues maternelle. Si on vérifie les occurrences de tax haven et de fiscal paradise dans les publications en anglais, la fréquence d’utilisation de la première expression est bien plus importante que la seconde. Cela semble donc confirmer la thèse de l'Euro English.

via Google Books Ngram Viewer

Retour aux origines

Alors, quel lien y-a-t-il entre tax haven et paradis fiscal ? Il proviendrait d’une erreur phonétique. D’après la linguiste Licia Corbolante, les termes « haven » (refuge, havre) et « heaven » (paradis) peuvent être pris pour des homophones par un étranger. Mais absolument pas par un anglais. Cette erreur s’est répandue dans les autres langues par le biais du français qui aurait exporté et consolidé l’utilisation de « paradis fiscal ».

Mais revenons-en aux origines. Si tax haven remonte aux années 50, l'existence des sociétés offshore est beaucoup plus ancienne. Dès la fin du XIXème siècle, des parties des États-Unis et quelques îles britanniques favorisaient déjà le secret financier. Bref, des refuges (haven) et des ports (havres) où mettre en lieu sûrs ses affaires.