Pâques version tchèque : coups de fouet et coup de schnaps

Article publié le 20 avril 2011
Article publié le 20 avril 2011
À Pâques, les Tchèques peuvent fouetter leurs femmes avec des rameaux tressés. Mais cette tradition, surtout respectée en campagne, n’a rien à voir avec de la violence : les hommes se rendent de voisines en proches pour leur assener des coups de fouet sur les jambes, car les jeunes branches de saule tressées leur transmettent force et vitalité.
C’est du moins ce que dit la coutume – pas appréciée de toutes.

En République Tchèque, lors du week-end de Pâques, un essaim d’hommes grouille autour des saules. Qu’ils soient jeunes ou vieux, tous coupent des jeunes branches souples qu’ils ramènent chez eux en bottes. Dans la ville de Zlaté Hory au nord de la Moravie, Miroslav Adamek n’échappe pas à la règle et se met au travail. Aussi loin qu’il se souvienne, cet homme de 66 printemps n’a jamais connu Pâques sans les branches de saule tressées. Avec son fils Mirek (44 ans), il s’assied sur un banc devant sa maison et commence à entremêler 8 rameaux pour, 20 minutes plus tard, obtenir un fouet.

Le « lundi des fouets »

Ceux-ci seront utilisés le lundi de Pâques, connu en République Tchèque sous le nom de « lundi des fouets ». Ce jour-là, Miroslav Adamek, son fils Mirek et son frère Franta rendent visite aux proches, aux voisines et aux connaissances. On démarre de chez soi : les hommes pourchassent épouses et filles à travers la maison et le jardin. La fille de Mirek, Kamila, y a déjà laissé une robe, déchirée par un ami d’école qui voulait l’empêcher de lui échapper : « Pour la tradition et pour les enfants, j’y participe aussi », déclare-t-elle, aujourd’hui mère de deux enfants, « mais, personnellement, je ne trouve pas cette coutume particulièrement amusante. »

Une femme tchèque mariée à un Allemand regrette le traditionnel "lundi des fouets"En Allemagne, sa tante Anna Pojezdalova ne tient pas le même discours. Chaque année après Pâques, son visage vieillit un peu plus, tout ça parce que personne n’accepte de lui administrer sa cure de jouvence annuelle. Les Allemands seraient à blâmer : « En tant qu’homme digne de ce nom, à Pâques, tu dois me fouetter. », supplie-t-elle chaque année son mari, d’origine allemande. Malheureusement, elle attend toujours les « coups » de son mari ! Roland est un pacifiste, il ne frappe pas les femmes – pas même pendant Pâques. Par sa requête, Anna Pojezdalova ne souhaite pas satisfaire une sorte de pulsion masochiste mais bien faire honneur à la tradition archaïque : « Je trouve ça drôle de se faire pourchasser avec un bâton. Cela fait tout simplement partie des fêtes de Pâques tchèques. »

« Le but n’est pas de rouer les femmes de coups », confirme Eva Rypalova, membre de l’Office nationale de la culture tchèque, à Straznice. « Les légers coups administrés sont censés transmettre la force et le vitalité des jeunes branches de saule à la personne atteinte », explique-t-elle. L’origine de cette coutume qui date d’avant l’ère chrétienne n’est pas vraiment claire. Par ailleurs, on peut rencontrer des variantes régionales : « En Moravie et en Slovaquie, les hommes aspergent ensuite les femmes de parfum et d’eau glacée », déclare Eva Rypalova. Toutefois, c’est essentiellement en campagne que l’on s’adonne à cette pratique pascale. « Ce jour là, dans les grandes villes, les familles se rendent visite, ajoute Rypalova. Parfois, les hommes viennent avec des fouets, mais la plupart du temps, ils ne les ont pas fabriqués eux-mêmes : ils les ont achetés. »

Après le fouet, le schnaps aux prunes

Miroslav Adamek ne peut pas concevoir Pâques sans son fouet tressé à la main : « Car ça rend femmes et jeunes filles plus belles et plus jeunes. » Bien sûr, il se garde bien de préciser que l’important pour les hommes n’est pas tant de ravigoter les bonnes femmes, mais plutôt de profiter de la récompense qui suit ! En effet, alors que les hommes « donnent un coup de jeune » aux femmes, ils récitent un chant de Pâques dans lequel ils demandent une récompense. Pour les coups de fouets assénés, les enfants reçoivent généralement des œufs de poule colorés ou des sucreries. Les jeunes reçoivent de l’argent, et les plus vieux un verre de Slivovitz, du schnaps aux prunes local, et tous peuvent manger des pains garnis ou des pâtisseries. Chez le voisin, il y aura de la liqueur au jaune d’œuf. Ou du vin. Ou un digestif. Et dans l’après-midi, on croisera les hommes titubant à travers tout le village.

Miroslav Adamek a déjà testé d’autres cures de jeunesse sur les femmes de sa famille : il y a quelques années, il a tiré sa femme, sa fille et sa nièce de leur sommeil pour les plonger dans une baignoire remplie d’eau glacée. « Ca purifie et rend belle », certifie Miroslav Adamek. Toutes les femmes ne sont pas convaincues pour autant : sa nièce ne s’est plus jamais montrée à Pâques – elle préfère rester en ville.

L’auteur de cet article, Barbara Breuer, est membre du réseau des correspondants d’Europe de l’Est n-ost.

Photos : ©Barbara Breuer/n-ost