Palerme-Bruxelles : Le voyage en Erasmus des "mineurs non-accompagnés"

Article publié le 7 septembre 2015
Article publié le 7 septembre 2015

Ils ont suivi des cours gratuits d'italien à Palerme, ville qui les a accueillis et dans laquelle ils vivent depuis des années. Puis, en juillet, ils sont partis à Bruxelles avec Erasmus+. Ils sont tous des "mineurs non-accompagnés" immigrés en Italie.  

Voici le récit de ce voyage solitaire à bord des bateaux de la Méditerrannée que ces jeunes ont sur leurs épaules depuis que leurs parents les ont laissés en Afrique subsaharienne avec un seul objectif en vue : devenir des citoyens européens.

"Il faut du courage pour s'en aller", dit E. Yusupha. Il avait déjà trouvé, il y a trois ans de cela, la force pour quitter sa propre maison et affronter la furie de la mer. Resté seul avec sa mère déjà à l'âge de 9 ans, il n'en avait que 17 quand il a abandonné son pays, la Gambie, à l'aide d'un bateau afin de se construire un nouveau futur. Il a sa passion pour la musique dans le sang : sa mère était chanteuse et son père, avant de le laisser orphelin, fabriquait des instruments de musique.

"L"UE offre d'importantes opportunités et je veux les exploiter"

"Je vis en Italie depuis trois ans, j'ai eu le B.E.P.C. et en septembre j'intègrerai l'école hôtelière. Après avoir connu le Communauté Européenne et visité Bruxelles, je sais que de nouvelles opportunités s'offrrent à moi. Si après le diplôme je ne réussis pas à trouver de travail ici, je pourrai me déplacer". Voici les rêves de Yusupha, tout juste rentré à Palerme de Bruxelles. Il a passé trois semaines dans la ville du Parlement Européen avec trois autres "mineurs non-accompagnés" accueillis en Sicile et qui, comme lui, assistent aux cours gratuits de l'Ecole de langue italienne pour les étrangers à l'Université de Palerme. Le temps de la sélection pour participer au projet d'échange européen Erasmus+ est arrivé pour eux.

"Je veux devenir un chef cuisinier ici, en Europe," affirme-t-il franchement, "et j'ai déjà appris à préparer des plats tipiques siciliens et de l'Italie : anelletti au four, la parmigiana, pâtes au saumon et au thon". Seulement, quelques fois, l'on sent la nostalgie de chez lui et c'est alors qu'il se met aux fourneaux afin de recréer les saveurs et les odeurs de sa terre. "Grâce au projet Erasmus+, j'ai découvert ce que je pouvais faire comme travail," continue Yusupha. "Mes amis et moi connaissons beaucoup d'endroits dans lesquels chercher du travail mais, à Bruxelles, ils nous ont expliqué que l'UE offrait également d'importantes opportunités de par un site web spécial et je veux les exploiter".

Yusupha n'est jamais allé à l'école dans son pays. Il ne savait ni lire, ni écrire avant de mettre les pieds sur le sol italien. Ensuite, grâce aux cours de l'Ecole de langue italienne, il a commencé à prendre une feuille et un stylo. Sur ses feuilles blanches, avec ses mains noires, il a appris à écrire son nom. Après six mois d'exercices et d'étude, il a également eu accès à l'examen CILE (pour la Certifiation d'Italien comme Langue Etrangère) de l'Université pour les étrangers de Sienne, dont l'Ecole de Palerme est un siège d'examen reconnu. Le passage de l'examen lui permettra de s'insérer pleinement dans le monde du travail et, pour en trouver un, le jeune homme peut aussi compter sur ses connaissances en anglais, plus qu'indispensables pour communiquer avec les autres jeunes du projet Erasmus, provenants du Pakistan, Ghana, Bulgarie, France, Portugal, Roumanie, Ukraine, Mexique et Etats-Unis.

"Le français est une langue magnifique et je veux l'apprendre"

Lamin, né il y a 19 ans au Sénégal, a aussi visité Bruxelles. Dans son pays, il a laissé sa mère, qui avait depuis peu perdu son travail au sein d'un magasin de vêtements, alors que son père était tailleur. Contrairement à Yusupha, avant de traverser la Méditerrannée, il a pu étudier. Il allait à l'école mais refusait d'apprendre le français, c'est pour cette raison qu'il sera transféré en Gambie, pays de ses grands-parents maternels, où il suivait des leçons d'anglais en classe. "Cependant, aujourd'hui, après l'expérience à Bruxelles, j'ai découvert que le français était également une très belle langue et je veux commencer à l'apprendre le plus vite possible".

La Grâce de la langue transalpine pourrait obtenir son laissez-passer pour aller de l'avant et se réaliser. "Je suis ici, en Sicile, depuis trois ans et je vis au sein d'une communauté mais je n'ai pas de travail et je ne peux continuer ainsi. Jusqu'à aujourd'hui, j'ai étudié dans le but de décrocher le B.E.P.C.. Maintenant, cela suffit, je dois travailler", explique-t-il. "Pour cette raison, au départ, je ne voulais pas aller à Bruxelles, je pensais que passer trois semaines dans une autre ville en interrompant ma recherche de travail serait une perte de temps". Cependant, cela s'est passé différemment : "Avant de partir, je ne connaissais pas l'UE, je ne savais pas ce que c'était ni comment cela fonctionnait et, surtout, je ne savais pas qu'il y avait tant d'autres réalités dans lesquelles chercher un travail mais aussi qu'il existait un portail dédié spécialement à nous, les jeunes, qui voulons vivre en Europe".

Maintenant, il ont tous une grande envie de faire, de partir et de travailler. Cependant, ils continuent à rencontrer d'autres jeunes qui ont participé à l'échange avec eux. "Nous retournerons dans leurs pays pour trouver du travail, ainsi, nous pourrons visiter tellement d'autres villes européennes", déclarent Yusupha et Lamin, qui sont devenus des amis proches. Sur leurs smartphones, ils commencent à comparer les photos prises à Bruxelles, en souvenir des bons moments passés au-delà de la formation. Des instants immortalisés aussi bien en classe qu'à l'extérieur, au sein de la capitale belge, ou encore à la découverte d'Amsterdam. Au milieu de ces photos, il y a un selfie pris avec Cécile Kyenge, député européenne et ancienne ministre italienne de l'intégration, elle aussi née dans un autre pays : le Congo.

"Bruxelles est une belle ville. Si je ne trouve pas de travail, j'irai là-bas. Qui sait, peut-être que je m'inscrirais à l'université". Yusupha a encore tant d'autres rêves à suivre et à tenter de réaliser. "Et dans la vie, nous avons besoin de courage. Le courage de partir et de créer ce que nous souhaitons".