Pacifisme + anti-américanisme = politique extérieure ?

Article publié le 7 septembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 7 septembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La politique étrangère est une patate chaude pour les coalitions de centre-gauche européennes, tiraillées entre fidélité atlantique et européiste, responsabilités et idéaux, interventions militaires et rhétorique pacifiste.

align="left">

Que se passerait-il si une nouvelle attaque d’Al-Qaeda de grande envergure frappait un pays européen gouverné par le centre-gauche ? Sa position pacifiste concernant la crise irakienne évoluerait-elle si un massacre fauchait des victimes sur son territoire ? Un scénario sûrement pas impossible, mais que les leaders de la gauche européenne voudraient absolument conjurer, puisque la gauche ne redoute rien plus que la guerre.

Pacifistes le jour, va-t-en guerre la nuit

En période campagne électorale, le pacifisme -arme dont la gauche détient le monopole- semble bénéficier aux partis socialistes : exemple éclairant, la réélection inespérée de Gerhard Schröder en Allemagne en 2002 en pleine crise irakienne. Une fois au gouvernement, cependant, le thème de la guerre et de la paix se transforme en une mine vagabonde en mesure de faire exploser n'importe quelle coalition de centre-gauche. D'Alema et le même Schröder en savent quelque chose à propos du conflit au Kosovo en 1999. Pour comprendre combien les dynamiques sont mouvantes, la Ligue du Nord, qui a ensuite appuyé l'intervention en Irak de 2003, s’était à l’époque rangée du côté de Milosevic et contre l'intervention de l’OTAN, pendant que le « pacifiste » D'Alema, alors au pouvoir, approuvait les bombardements sur Belgrade.

Durant les campagnes électorales, on le sait, il se fait beaucoup de promesses. Mais quand vient le temps de la « vraie » politique étrangère, une approche similaire de la part de la droite et de la gauche serait souhaitable. Pourtant c’est le contraire qui arrive : la politique étrangère semble toujours plus influencée par l'appartenance politique plutôt que par la ligne du pays. Ainsi, avec Prodi au pouvoir à Rome et Zapatero à Madrid, nous aurions eu un scénario radicalement différent pendant une bonne partie de la crise irakienne.

Réformistes contre maximalistes

Spéculations mises à part, dès l'instant où une coalition de centre-gauche se trouve face à une guerre, éclate l'éternelle querelle entre réformistes et maximalistes : à l'intérieur des principaux partis, on observe de grandes déchirures, un courant du parti ou d’éminents électrons libres se sentant trahis, abandonnés, pendant que les partis les plus à gauche s’érigent en ultimes gardiens de la tradition pacifiste ; une crise de gouvernement latente accompagne les gouvernements en guerre, comme celui de Blair, encore en selle par miracle. Une histoire vieille comme la social-démocratie, mais toujours plus actuelle, aujourd'hui : la Guerre Froide est finie et avec une OTAN qui a perdu sa raison d’être, il devient toujours plus difficile d’expliquer aux électeurs qui ont le pacifisme chevillé au corps, les raisons d'une intervention militaire, même pour une guerre juste. Pour Schröder encore, il n’a plus resté qu’à évoquer Auschwitz pour justifier la première participation de l’Allemagne à une guerre depuis 1945 -et qui plus est sans mandat de l’ONU- au Kosovo.

L’anti-américanisme, un populisme de gauche

À vrai dire, plus que le pacifisme, c’est l'antiaméricanisme qui semble rallier le plus de partisans intransigeants. Malgré ses nobles buts et ses justes batailles, il s’est presque toujours trouvé coloré bien au-delà de l’arc-en-ciel. Il n’est ainsi jamais venu à l’esprit de personne de manifester contre un dictateur africain, la Corée du Nord ou la Chine. Giuliano Amato, personnage en vue du socialisme européen, a défini l'antiaméricanisme comme « une forme particulière du pacifisme qui entre en jeu uniquement lorsque les Etats-Unis sont à l’oeuvre ». L'antiaméricanisme fait partie d'un certain populisme de gauche et ainsi, sondages à la main, la tentation de jouer cette carte est toujours grande. Mais pacifisme et antiaméricanisme suffisent-ils à définir une politique étrangère ?

Avec la rhétorique pacifiste, la gauche a masqué le vrai débat qui ne se situe pas tant entre guerre et paix, mais fondamentalement entre multilatéralisme et unilatéralisme, une opposition qui élargit toujours l’océan qui sépare l’Europe des Etats-Unis.

L'unique façon de sortir de la crise qui berce les politiques étrangères de la gauche européenne consiste à développer un projet multilatéral cohérent, promouvoir une réforme de l'ONU, et travailler à une politique extérieure européenne, qui ne soit pas envers et contre tout anti-américaine. Et ce dans l'espoir que, avec l'élection de Kerry, Washington revienne au multilatéralisme tel qu’il se pratiquait sous Clinton. La gauche ne devra pas tomber dans la tentation du populisme, des slogans simplistes comme « retrait immédiat des troupes » non accompagnés de quelque plan alternatif, et des manœuvres électorales. Comme le fit Schröder qui, dans un excès de pacifisme, alla jusqu’à affirmer qu'il ne participerait à aucune aventure en Irak, même en cas de résolution de l’ONU, trahissant ainsi le multilatéralisme allemand traditionnel.

Et si les Etats-Unis intervenaient au Soudan, la main de l'oncle Sam tenterait-elle de s’emparer de l'Afrique ou d'arrêter un génocide ? Souhaitons que cela ne dépendra pas d'un sondage, mais de la conscience des politiciens socialistes.