Ovules congelés, la révolution selon Facebook et Apple

Article publié le 17 novembre 2014
Article publié le 17 novembre 2014

Facebook et Apple ont annoncé vouloir offrir la possibilité à leurs employées de sexe féminin de congeler leurs ovules. Une pratique qui pourrait devenir monnaie courante dans les hautes sphères de l'entreprise, alors que les politiques en faveur de la maternité et les places en crèches se font rares. Mais cette technologie est-elle vraiment une nouveauté ? Bienvenue dans le futur.

Tout le monde connaît l'histoire de la cigogne - le gentil oiseau qui vous emmène d'un endroit inconnu, comme par exemple un joli nuage, jusqu'à votre berceau. Les scientifiques savent ajourd'hui d'où vient  ladite cigogne. Elle pourrait bien sortir d'un laboratoire de fécondation in vitro où, en tant que bébé du 21e siècle, vous auriez été stocké dans de l'hydrogène liquide pour un laps de temps indéfini. Et si vous demandez à des gens autour de vous où est-ce qu'ils sont nés, ne vous attendez pas nécessairement à des réponses comme Paris ou Berlin, Le Labo est a pas mal de succès ces dernières années. Alors que la plupart des gens sont excités à propos de la sortie d'un nouvel iPhone, un nombre grandissant de personnes attend avec impatience la sortie de leur nouvelle progéniture. Un pseudo-accouchement.

Des ovules produits en masse

Alors que les techniques de procréation médicalement assistée se font de plus en plus efficaces, on pourrait se sentir obligés de les considérer comme la norme en terme de conception. La cryoconservation des ovocytes, autrement appelée congélation d'ovules, est une procédure qui consiste à prélever des ovules afin de les congeler et de les conserver. Lorsque la femme est prête à avoir un enfant, les ovules peuvent être fécondés puis transférés dans l'utérus. L'opération coûte en moyenne 16 000 euros. En moyenne, 60 à 100% des ovules sont intacts après la procédure de cryogénisation, le seul risque étant lié à la température de - 196°C qu'ils pourraient ne pas supporter. Bien que la première congélation d'ovules réussie ait été effectuée en 1986,  la Société américaine de médecine reproductive a cessé de considérer la procédure comme expérimentale il y a seulement deux ans.

Trois types de patientes sont attirées par la congélation des ovocytes : les femmes à qui on a diagnostiqué un cancer et qui n'ont pas encore commencé leur chimiothérapie ou radiothérapie, celles qui suivent un traitement avec procréation médicalement assistée et pour qui la congélation embryonnaire n'est pas envisageable, et enfin les femmes qui veulent attendre pour avoir un enfant, pour raisons médicales ou personnelles, sans pour autant mettre en péril leur capacité à en avoir. Si certaines cliniques n'assistent que les patientes cancéreuses ou ayant des difficultés à procréer, la plupart n'émettent aucune restriction vis à vis de la procédure. Les motivations personnelles pourraient bien devenir le facteur principal dans les prochaines années, les procédés naturels ayant tendance à être remplacés par des série de procédures en éprouvette. Les femmes sont-elles prêtes à abandonner les naissances « naturelles » au profit d'une production en masse d'ovules ? La réponse est peut être oui, mais les intérêts des entreprises et les envies de carrière pourraient bien peser plus lourd dans la balance que le désir, personnel, d'avoir un enfant.

Nature contre technologie

Un proverbe dit qu'une femme n'est jamais prête à avoir un enfant ou à mourir. Certaines entreprises semblent promptes à faire durer le plaisir en affirmant que les femmes sont les premières à réclamer la congélation de leurs ovules, comme l'a si bien dit Facebook. Et dans le monde du travail, avoir un enfant pourrait bien devenir un évènement parfaitement organisé, avec en toile de fond des guerres de compétences entre entreprises et des affrontements entre individus pour la carrière la plus brillante.

Victoria Todorova, une journaliste spécialisé dans les problèmes liés à la reproduction, explique que la congélation des ovocytes peut donner la chance à une femme qui a des problèmes de santé de devenir mère. « Les risques sont liés à la stimulation hormonale des ovaires qu'il faut entreprendre avant le prélèvement et la congélation des ovules.  Quand cette dernière est trop importante et que les compétences du médecin en la matière ne sont pas suffisantes, on peut avoir à faire à un syndrome d'hyperstimulation qui peut être très dangereux, surtout pour les femmes ayant des ovaires polykystiques. Chaque patient doit pouvoir réfléchir à ces risques, bien qu'ils soient minimes, et les accepter ou non. L'impact de la procédure n'est pas la même si la patiente a besoin de congeler ses ovules afin d'avoir un enfant ou si elle le fait simplement pour son confort futur », explique-t-elle.

La journaliste parle aussi des abus que l'industrie des ovules pourrait engendrer. « Si le cadre législatif n'est pas assez rigide, il y aura des abus. Les ovules congelés d'un donneur pourraient par exemple être divisés et utilisés pour deux receveurs différents, ou même plus. En Bulgarie, la liste des femmes qui attendent un don d'ovule est très longue, les hôpitaux pourraient se faire beaucoup d'argent grâce à ça. Un autre aspect qui tient plus de l'éthique, et qui est sans doute illégal, est le fait qu'une femme peut donner des ovules jusqu'à trois fois en Bulgarie », ajoute Victoria.

Maternité à tout prix ?

Quels que soient les avantages potentiels de la procédure, elle comporte des risques pour la santé. L'industrie bionique ne peut pas pallier à tous les mécanismes naturels. Selon une étude de l'Association américaine de médecine reproductive, les femmes ont 30% de plus de chance de tomber enceinte si elles ont 25 ans ou moins au moment de la congélation de leurs ovules. Qui plus est, la couverture fournie par l'entreprise ne couvrira que deux prélèvements alors même que les chances de réussite augmentent si la patiente effectue plus de trois prélèvements, au prix de 8 000 euros l'un. En 2010, la majorité des femmes ayant eu recours à une congélation de leurs ovocytes était âgée entre 35 et 37 ans.

« La plupart du temps, elles ont peur de ne pas avoir assez d'ovules viables après 35 ans - selon les statistiques, le nombre d'ovules diminuent après cet âge, parfois de manière radicale. Même si les ovules sont congelés en avance, une grossesse n'est jamais garantie. Les chances sont meilleures si on est jeune et qu'on essaie d'avoir un enfant par voie naturelle », conclut Victoria. Les femmes pourront-elles mettre leurs envies de bébés entre parenthèses au profit de perspectives de carrière plus intéressantes ? Seul le temps le dira.