Oubliez le romantisme – achetez un lit.

Article publié le 4 mars 2008
Publié par la communauté
Article publié le 4 mars 2008
Berlin est la terre sainte des éternels indécis.L’ironique expression  ‘Lebensabschnittsgefährte’ résume bien le problème. Cette merveilleuse et intraduisible description de votre être cher – signifiant ‘compagnon pour une part de votre vie’– sied à Berlin comme un gant.
Oubliez le romantisme : c’est la ville des relations du 21ème siècle, effrontément non-engagées, constamment changeantes et prises dans la fièvre de l’instant.

par Anna Patton (traduction: Sergio Marx)

Avec son célèbre rapport libéré au sexe – des fêtes fétichistes aux clubs échangistes en passant par un musée gay et un musée érotique – Berlin ne correspond pas vraiment au stéréotype du puritanisme prussien. Ainsi les Berlinois remplacent, recyclent, mettent à jour leurs ‘compagnons’ en un clin d’œil, tout comme la ville tombe amoureuse des toutes dernières modes pour aussitôt les oublier. Pas étonnant qu’autant d’habitants s’identifièrent à l’excentrique ‘Musée des amours brisés’ (Museum of Broken Relationships), une exposition itinérante croate, qui lors de son arrêt à Berlin en 2007 rencontra un grand succès.

Cet état d’esprit de vivre complètement dans le présent ne s’applique pas uniquement aux relations amoureuses. Il semble s’être généralisé à la façon dont les gens vivent et travaillent. Les longues années dédiées aux études : l’âge moyen de l’obtention du diplôme en Allemagne étant de 28 ans, ainsi que le taux de chômage élevé à Berlin font de l’idée de ‘s’installer’ un lointain projet pour ces futurs trentenaires. Et même si vous êtes prêt à vous enraciner ici, il n’y a qu’une petite tradition d’achat immobilier en Allemagne – à des années-lumière de l’obsession londonienne de parier sur l’avenir en investissant. Vous êtes bien plus susceptible de louer pendant des années avant de seulement penser à l’hypothèque. Choisir de s’installer à Berlin est alors irrévocable juste pour la durée de votre contrat de location. Encore un prétexte pour repousser ces décisions qui changent la vie.

Je pensais pourtant être inhabituellement décidée lorsque j’achetai mon lit en arrivant à Berlin. Cela semblait montrer ma conviction; après tout, un meuble d’un mètre quarante de large ne serait pas aussi facile à transporter que mes sacs à dos si jamais je me décidais à bouger. Il me faudra donc rester dans le coin pendant un moment. Mais il semble après tout que je n’étais pas aussi décidée que ça. Car comme un ami me le fit remarquer, ces lits d’un mètre quarante de large, entre lit-simple et lit-double, sont précisément pour ceux qui ne peuvent pas se décider à être en couple ou célibataire. Il semble que j’ai déjà été touché par la mentalité berlinoise de ne se compromettre en rien.