Où en est la social-démocratie grecque et européenne?

Article publié le 27 mars 2008
Publié par la communauté
Article publié le 27 mars 2008
Inspirée à la fois par les résultats des élections municipales françaises et par les mouvements sociaux d’une ampleur énorme qui agitent la Grèce ces dernières semaines, ainsi que par la tenue récente du 8e congrès du parti socialiste grec (PASOK), la rédaction du journal To Vima présente dans son édition en ligne de la semaine du 17 au 23 mars un dossier intitulé : “Les problèmes du
centre-gauche” (voir article) et (voir reportage). Le dossier se veut une analyse de la place des partis socio-démocrates en Europe et une comparaison avec la situation particulière grecque. Les personnalités convoquées pour faire part de leurs analyses (Richardos Someritis, Antonis Liakos, Yannis Loulis et Andréas Pantazopoulos, tous analystes politiques ou professeurs d’université) étudient, chacun à leur façon, comment se définissent les partis socio-démocrates en Europe, quelle est leur situation, quelles sont les causes de leur déclin auprès des électorats de leurs pays respectifs et quelles options pourraient leur permettre de renaître, pour évoquer enfin les perspectives pour la Grèce, secouée par des grèves et des manifestations qui sont autant de marques d’opposition aux réformes du système de protection sociale proposées par le gouvernement de Costas Caramanlis du parti Nea Dimokratia (droite libérale).

Pour commencer, tous les auteurs s’accordent à dire que les partis socio-démocrates d’Europe connaissent une désaffection générale, sans cependant détailler les situations. Deux questions se posent alors: comment l’action de ce type de partis s’est définie par le passé et se définit encore aujourd’hui, et comment peuvent-ils revenir au pouvoir? Dans une perspective historique, on revient dans ces articles sur les trois phases de son évolution: d’abord à la base de la création des institutions liées au développement de l’industrialisation (législation sociale et développement du syndicalisme), les partis socio-démocrates ont après la guerre appuyé toutes les initiatives qui allaient dans le sens d’un Etat-providence, afin d’assurer développement économique et démocratie. Enfin, incorporés à des coalitions de forces politiques à la recherche d’une gouvernance progressiste, ils ont survécu après le passage à l’économie mondialisée. On souligne aussi que leur action s’est toujours caractérisée par la recherche d’une forme d’égalité dans la société, ce qui a été réalisé là encore par une attitude interventionniste de l’Etat. Dans le même ordre d’idées, c’est en perdant son caractère “social” que la social-démocratie a perdu ses électeurs, selon Antonis Liakos.

Pour Yannis Loulis, les derniers représentants au pouvoir de cette social-démocratie ont été Bill Clinton et Tony Blair. Même si l’exemple américain dépasse le cadre européen, le rapprochement est intéressant puisqu’il met en lumière les points communs de leurs politiques, en particulier une ouverture à l’économie de marché et le recours au pragmatisme plutôt qu’à l’idéologie. Seul un retour à ce principe de pragmatisme pourrait redonner force aux partis socio-démocrates selon cet analyste politique; paradoxalement, c’est en adoptant ce principe illustré par les deux noms cités plus haut que les partis de centre-droite ont regagné un électorat qui délaisse alors une gauche trop tentée par un retour, cette fois, à l’idéologie. Or la “pureté dogmatique” n’est pas ce qui séduit la majorité de l’électorat. En revanche, ce qui manque aux partis socio-démocrates, c’est une vision de la société qui frappe l’imaginaire des électeurs, et provoque un phénomène d’identification. C’est ici Antonis Liakos qui rappelle qu’actuellement, ce sont les mouvements radicaux antiglobalisation et antimondialistes qui parviennent à exprimer les sentiments des nouvelles générations qui “si elles ne savent pas ce qu’elles veulent, savent ce qu’elles ne veulent pas”. De même, analysant les tendances des électeurs, Andréas Pantazopoulos indique que, dans nos sociétés actuelles, les individus les plus fragilisés se tournent vers des pôles plus ou moins extrêmes. Pour élargir ce propos à l’ensemble de l’Europe, signalons ici qu’un article du Monde témoigne de cette tendance: “Les sociaux-démocrates danois, en déclin, sont ‘cannibalisés’ par la gauche radicale” titre le journal en page 10 de son édition du mercredi 26 mars 2008. Or, l’un des arguments avancés par un dirigeant de cette gauche radicale danoise pour expliquer le déclin des socio-démocrates est le manque de développement de l’Etat-providence.

Comment les partis socialistes et socio-démocrates peuvent-ils alors retrouver une vigueur qui les replace aux postes importants des gouvernements européens? Ici, les articles retrouvent des enjeux nationaux urgents: la Grèce a été paralysée la semaine dernière par des grèves nombreuses qui touchent un grand nombre de secteurs d’activités suite aux réformes annoncées par le gouvernement concernant le système de protection sociale: écoles fermées, stations-essence fermées, lignes de métro, de bus urbains et de trains perturbées, palais de justice fermés, contrôleurs aériens en grève, de même que employés de banque, médecins, et coupures d’électricité dues à la grève menée également au sein de l’entreprise de production et distribution d’électricité en Grèce… On peut alors s’interroger sur l’attitude du parti socialiste (PASOK), dans l’opposition. Réuni en congrès à la mi-mars, il doit affronter des sondages peu encourageants (un peu moins de la moitié de ses électeurs estime qu’il ne sera pas prêt à gouverner dans les prochains mois) et qui parallèlement attestent de la progression des intentions de vote en faveur de la gauche radicale (SYRIZA). (Le PASOK aurait d’ailleurs récemment tendu une main vers le parti radical de gauche SYRIZA, lequel semble pourtant divisé sur la réponse à donner à une telle proposition d’alliance (voir article)). A l’issue du congrès, son actuel président Giorgos Papandréou a insisté sur la priorité du parti à être “aux côtés des citoyens et des travailleurs” (voir article), c’est-à-dire à la fois dans les manifestations de rue mais aussi à l’Assemblée nationale où le PASOK doit avoir, selon lui, “une attitude combattive dans les discussions liées au projet de loi sur la protection sociale”. Il veut constituer une force d’opposition politique et a également décidé la création d’un nouveau conseil politique dont il a exclu que puissent y participer des personnalités ayant occupé par le passé des fonctions de ministre ou secrétaire d’état – déclenchant en cela la grogne des cadres du parti.

Mais des voix nombreuses se font entendre contre la présence même de Papandréou à la tête du parti socio-démocrate grec. Constatant la baisse phénoménale du nombre de participants aux élections internes du parti entre 2004 et 2007 (d’un peu plus de 1 million d’électeurs en 2004 à 150 000 en 2007), Kostas Chrysogonos, professeur à l’université de Thessalonique, accuse directement dans le journal Ethnos (voir article) : “Le problème du PASOK porte un nom: Yorgos Papandréou est un piètre orateur (…), manque de façon générale d’une personnalité de chef”. Et suit un appel à un changement de tête aux rênes du parti. Richardos Someritis pense lui aussi que le parti socialiste grec souffre d’un manque de dirigeants à la hauteur, et il utilise alors l’exemple français: “Rappelons que les socialistes, en France, s’ils n’ont pas de chef, ont des cadres nombreux et sérieux. Est-ce la même chose ici? Non, en tout cas pas si l’on s’en tient aux dirigeants les plus en vue. Et malheureusement, le système interdit la promotion des ‘anonymes’”. Il souligne aussi la confiance des socialistes français dans un avenir meilleur; optimisme qui, d’après lui, manque à leurs camarades grecs. Et il apporte la preuve en ajoutant que si, en France, le mécontentement des électeurs face à la politique au président Nicolas Sarkozy s’est traduit par une victoire, quoique non triomphale, du parti socialiste, en Grèce en revanche, si les électeurs insatisfaits devaient s’exprimer par les urnes en ce moment, ils se tourneraient plutôt vers la gauche radicale.